Pov.Tom
Je pose le pied sur le quai et sens mes muscles s'étirer enfin librement. Ah que ça fait du bien. En même temps, passer dix heures dans un train, ça fatigue n'est-ce pas ? Mes deux valises roulent derrière moi, manquant par la même occasion de me déboîter les épaules tant elles sont lourdes. Je n'aurais jamais du emmener toute ma penderie avec moi. Surtout pour une durée de séjour aussi restreinte. Des passagers me bousculent, le soleil tape fort. J'ai mal au crâne. Des cris résonnent, près de moi deux jeunes filles se tombent dans les bras. Elles sont touchantes. C'est pas pour moi que quelqu'un ferait autant de grabuge...
Le sol brillant sous le soleil me brûle les yeux et je les cligne plusieurs fois avant d'avoir une vision nette. Une main se pose soudain sur mon épaule et je sursaute.
« Bonjour Tom, tu as fait bon voyage ? »
Ca, c'était mon père. Il me débarasse des mes valises avant de me serrer dans ses bras. Etreinte que je lui rends avec beaucoup de retenue. Je n'aime pas les démonstrations affectives. Encore moins en public. Encore moins avec mon père.
« Oui oui. J'suis juste lessivé. »
Il me sourit et je me sens mal à l'aise. Je dois passer les vacances d'été seul avec lui, et je devine déjà la difficulté de la cohabitation. Mes parents étant divorcés depuis mes 7 ans, j'en ai 17 faîtes le calcul, et ma mère ayant obtenu ma garde exclusive, je n'ai pas passé énormément de temps avec mon paternel. Quelques week end tous les trois mois, quelques jours de vacances au hasard... Il est directeur d'une agence de manequin, et c'est à croire que ses relations et son fils sont toujours passées après tout le reste. Ce n'est pas que je m'en plaigne, au contraire même dirais-je, mais maintenant que je me retrouve coincer pendant deux mois avec un quasi étranger, je regrette de ne pas avoir passer plus de temps avec lui, histoire de savoir comment me comporter. Ou bien de ne pas avoir pu échapper à ces vacances obligatoires. Mais passons. Que je le veuille ou non, je suis bloqué.
Nous marchons vers sa voiture flambante garée bien en évidence sur le parking. Aussi loin que je me souvienne, mon père a toujours adoré afficher le luxe dont il dispose. Il balance mes valises dans le coffre et s'installe à ma droite.
« Ta ceinture Tom s'il te plaît. »
Je soupire et obéis. Ca va être joyeux, je le sens.
« Alors, depuis la dernière fois ? L'école cette année ? »
Je manque d'éclater de rire. C'est comme s'il parlait à un ami qu'il aurait pas vu depuis deux mois.
« Ouai pas mal. J'ai raté mon BAC de peu, mais sinon rien de bien intéressant. »
Il blêmit.
« Ah. »
Et plus un mot ne passe la barrière de ses lèvres jusqu'à ce qu'il se gare sur un parking privé.
« On est arrivés. J'ai fait construire cette maison depuis l'été dernier pour pouvoir y passer du temps avec toi... »
Je dois l'avouer, sur ce coup-là, je suis soufflé. C'est splendide ! La maison semble se tenir sur trois étages et le jardin de devant est déjà immense. Tout ça pour moi ?
Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas pourquoi il a fait tout ça pour moi. Pendant dix ans, je n'ai été qu'une distraction pour lui, alors pourquoi se donnerait-il tant de mal tout à coup ?
« Waouh ! C'est superbe ! »
Il sourit.
« J'espère bien que ça te plaît. Parce que... écoute Tom j'ai discuté assez longuement avec ta mère. Elle est débordée en ce moment avec son projet humanitaire, et nous avons décidé qu'il serait mieux pour toi de venir habiter avec moi... pour un bon moment. »
Mes yeux s'écarquillent et mon souffle se coupe. Pardonnez-moi, mais j'ai mal entendu. N'est-ce pas ? Je rêve. Non mais, il se prend pour qui ? Mes mains tremblent et deviennent moites. Mes jambes tremblent elles aussi et je me retiens de toutes mes forces de m'enfuir en courant. Et je ne sais même pas pourquoi.
« Quoi ? T'es pas sérieux là ! »
Pour qui est-ce qu'il se prend exactement ? Je bouillonne littéralement. Et ma mère qui ne m'a même pas prévenu ! Ils croient qu'ils peuvent chambouler ma vie comme ça et que je vais rester là sans bouger ? C'est une blague ?
Il ferme les yeux et inspire profondément. Eh ouai, ça va pas se passer comme ça papa.
« Si. Et même si nous savions que tu allais protester un peu... »
« Un peu ? J'ai l'air de protester un peu là ? »
Il soupire.
« Ecoute, nous n'agissons que dans ton intérêt alors ne sois pas... »
« Dans mon intérêt ? », je hurle presque, « Dans mon intérêt ? Tu t'fous d'moi c'est ça ? Vous décidez après dix ans de m'envoyer vivre avec toi, alors que j'ai passé moins d'un mois en tout avec toi qui était trop pris par ton travail pour pouvoir t'occuper de moi, et là d'un coup tu veux m'avoir en permanence ? Tu te moques de qui papa ? Putain, mais vous auriez pu m'en parler au moins ! »
« Nous redoutions ta réaction. »
Il semble dépasser par ma révolte.
« Oh c'est vrai ? Et je suis à la hauteur ? Il est hors de question que je reste vivre avec toi. Tu m'entends ? HORS DE QUESTION ! »
Je hurle pour de bon ces mots à la figure avant de me diriger vers le portail, et de claquer la porte dans un bruit assourdissant. Je m'en vais. Je ne sais pas où. Mais une chose est sûre, je ne passerai pas ma vie avec lui.
Quels égoïstes. De quel droit ils ont fait ça putain ? Je sors mon portable et appelle ma mère. Messagerie. Génial. Je crache mon venin contre la boîte vocale et balance le téléphone dans l'herbe bordant la route. Au moins comme ça, je ne serai pas dérangé. Je marche lentement, il ne me courira pas après. Du moins, pas tout de suite. Il doit sûrement penser que ce n'est qu'une petite crise et que je reviendrai sagement pour m'excuser. Seulement s'il me connaissait il saurait que je suis on ne peut plus sérieux. Jamais je n'y retournerai. Jamais.
Un bon quart d'heure passe et j'arrive enfin en ville. Les voitures, la pollution, que ça fait du bien. Bon d'accord j'exagère. Mais retrouver la civilisation signifie que je vais pouvoir me tirer d'ici. Rapidement. Enfin.
Je traverse la place et entend des bribes de conversations. J'ai toujours adoré écouter les conversations des passants dans la rue. Elles sont tellement... ridicules. Un jour, j'en ai surpris deux à discuter de maïs. Enfin...
« Hum pas mal hein ? »
Deux types derrière moi me détaillent de la tête aux pieds. Ola. Tranquille à ce que je vois. Mais je n'ai pas le temps de leur dire d'aller se faire voir. J'aperçois un panneau m'indiquant la gare et fonce dans sa direction. J'ai juste eu le temps de voir un grand brun maquillé avec un éventail, son accoylte par contre, aucune idée. Dieu merci je ne remettrai plus jamais les pieds ici.
J'arrive rapidement à la gare et cherche les horaires pour Berlin. Je vais retourner chez ma mère. Tant pis si elle ne peut pas trop s'occuper de moi. Je suis assez grand pour me prendre en charge merde ! Et je l'ferai certainement mieux que mon père. Je me rends sur le quai et vois deux contrôleurs venir vers moi.
Putain, il manquait plus que ça. Oui, parce que dans ma précipitation je n'ai rien pris avec moi. Ni carte d'identité, ni argent, rien... Quel imbécile fini.
« Bonjour Monsieur. Votre billet s'il vous plaît ? »
Eh merde. Je ne rougis pas et me contiens. J'ai toujours été doué pour mentir.
« Oui bien sûr. Mon père est encore au guichet, 'y a une queue monstre. Je cherchais le quai en fait. »
Ils acquiescent, n'y voyant que du feu, et s'éloignent. Je gémis de colère. Je n'peux plus prendre le train avec ces deux-là. S'ils me chopent, retour à la case départ. Chez mon paternel adoré. Très peu pour moi, merci. Je fourre les mains dans les poches de mon baggy et shoote un caillou. Putain, ça m'énerve mais à un point ! Je me retrouve donc à la rue, sans papiers, dans une ville que je connais ni d'Eve ni d'Adam. Mais tout va bien à part ça. Le seul point positif de toute cette histoire est que je suis débarassé de mon père pour de bon. Merci mon Dieu.
Je sors de la gare en traînant les pieds. Je n'ai pas la mondre idée d'où aller. Peut-être un endroit où dormir ce soir ? Un coup d'oeil à ma montre, il est 15h34. Ce qui me laisse environ six heures avant de réellement commencer à m'inquièter.
******
Il est 18h47, et je suis toujours à la rue. Et perdu. Et sans un sou. En conclusion, je suis dans une galère profonde. Je suis retourné sur la place de tout à l'heure, qui est désormais déserte à l'exception de quelques passants qui la traversent rapidement. Je suis assis depuis deux bonnes heures sur le même banc. Et au secours, je m'ennuie à mourir.
Fin Pov. Tom
Pov. Bill
« Allez viens j'te dis ! Mais ouai c'est deux invit's pour le concert de ce soir. Allez viens j'te dis ! Sérieux ? Tu saoûles ! Allez... Ouai c'est ça. Salut. »
Je raccroche rageusement. Avec qui je vais aller à ce fichu concert si personne ne m'y accompagne ? Je vais pas y aller tout seul quand même ! Je replace mes cheveux derrière ma nuque et accélère le pas. Je dois absolument trouver quelqu'un à amener à ce concert avant... une heure. Ouain bah je crois que c'est mort.
Oh. Ou pas finalement. Tiens qui vois-je ? Le garçon aux dreads de tout à l'heure ! Georg serait vert s'il savait ça. Mais je crois que je vais garder ce petit secret rien qur pour moi cette fois. Il a vraiment l'air de s'ennuyer ferme.
Je m'approche discrètement. Pas mal. Pas mal du tout. Terriblement mignon je dirais même. Il est perdu dans ses pensées et ainsi ne me voit pas m'asseoir à côté de lui. Je crois que je vais tenter ma chance.
« Bah alors t'es d'retour ? »
Il sursaute comme un dingue et pose sur moi un regard affolé. Je souris. Il est craquant décidément ce mec.
« Hey douc'ment j'voulais pas t'faire peur ! Bon tu viens ? On va rater l'concert si on reste ici ! »
Il ouvre la bouche mais aucun son ne s'en échappe. J'éclate de rire. Il ressemble à un poisson-lune comme ça, c'est hilarant.
« J'vais pas t'bouffer hein. Regarde, deux invit's ! »
Il ne répond toujours pas. J'crois que j'l'ai choqué pour un bon moment là.
« Allez viens ! »
Je le tire par la manche et ses pieds suivent le mouvement. Eh bah, il a pas l'air très réactif.
« Mais t'es qui ? »
Oh il parle. Et il a une voix sexy en plus. Chaude, un peu écorchée. Comme j'aime. Il me plaît bien lui. Je suis un tombeur. Filles. Garçons. Tous passent par ma chambre d'étudiant en lettres. Tous. Et il ne fera pas exception à la règle.
Je me retourne et lui souris, dragueur.
« Bill. Et toi ? »
« Tom. Bon ton concert c'est du quoi ? J'vais faire tâche habiller comme ça moi si c'est du rock hein ! »
« Nan t'inquiète. C'est du jazz. »
Il écarquille les yeux et je m'étrangle de rire. J'ai une tête à écouter du jazz moi ?
Je presse le pas, le tirant toujours par la manche même s'il avance désormais à mon allure. Je n'sais pas pourquoi il a décidé de me suivre, mais je suis content de moi.
On arrive rapidement devant la salle de concert et ses yeux s'agrandissent à nouveau. Il va finir par se pèter un vaisseau c'est pas possible. Je le pousse dans la queue. Je sens qu'on va bien s'amuser, même s'il est toujours très méfiant.
********
Mon Dieu ! Quelle soirée ! Quelle nuit je devrais dire ! Grâce au concert, incroyable je dois dire, Tom s'est totalement détendu. Juste après nous sommes allés en boîte et nous voilà sortis. Il est 5h15. Mon Dieu. Heureusement que c'est les vacances hein. Déjà parce que je n'aurais pas donné cher de ma peausi le doyen nous avait surpris et puis parce que, moi, j'ai besoin d'un certain nombre d'heures de sommeil... J'ai décidé de ramener Tom dans mon mini-studio. J'allais pas le laisser dehors quand même ! Non non, ce n'est pas du tout histoire de fourrer ma langue dans la bouche de ce beau blond et le prendre sauvagement sur mon lit. Jamais de la vie. Voyons.
Il entre le premier et va s'affaler directement sur le fauteuil près de la fenêtre, les yeux fermés, respirant irrgéulièrement. Je m'approche de lui, balance ma veste sur le lit, et m'asseois sur ses genoux.
Il sursaute et me dévisage, complètement perdu. Je pose mes lèvres dans son cou et ma langue se promène joyeusement sur sa peau pendant quelques secondes avant qu'il ne réagisse.
Il me repousse, me faisant attérir au sol. Le con, j'ai les fesses endolories maintenant.
« Putain mais tu fous quoi ? »
« Ca s'voit pas ? 'Fin, t'as pas senti plutôt ? »
Il hausse les sourcils.
« Me dis pas que tu l'avais pas vu v'nir ! »
Il est perdu. Et mon assurance féroce perd peu à peu de sa puissance. Je commence à me demander s'il ne m'avait vraiment pas soupçonné depuis le début de soirée. Pendant tout le concert et la boîte je suis resté collé à lui, dansant contre lui... Il ne peut pas ne pas avoir compris ce que je préparais depuis le début. Ce n'est pas possible. Non.
Il se lève et va près de la fenêtre. Je ne comprends même pas sa réaction. Okay j'ai essayé de lui sauter dessus. Okay il m'a repoussé. C'est bon y a pas à épiloguer là d'sus toute la nuit. Je me relève et pose ma main sur son épaule. Il tressaille mais ne s'écarte pas. Je soupire de soulagement. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne veux vraiment pas qu'il soit en colère après moi.
« J'suis désolé. »
Je dois avoir l'air d'une carpe. Il s'excuse ? C'est le monde à l'envers ! Enfin...
« Pour ? »
« J'voulais pas... aussi violemment mais... j'suis pas... attiré par les mecs... enfin je sais pas trop mais... »
Oh. Il est vrai que... je n'avais pas vraiment envisagé cette possibilité quand mon postérieur a heurté le sol.
« C'est moi qui m'excuse. Allez on oublie ? »
Il me regarde, ahuri. Je souris.
« Bah quoi ? Tu m'as foutu un vent, t'es hétéro... On va pas en faire un fromage. »
Il me sourit faiblement. Je baille un grand coup et vais dans la salle de bains. Je suis monstrueux, j'ai jamais vu ça ! Des cernes gros comme des valises... il est temps que je me remette au compresses de camomille moi. Je me passe de l'eau sur le visage et inspire profondément. J'irai me doucher dans quelques heures, là je crois que je n'aurai même pas la force d'ouvrir ma bouteille de gel douche.
De retour dans la chambre, je remarque que Tom s'est endormi sur le fauteuil, sa casquette tombée à ses pieds. Je souris légèrement. Je ne sais même pas qui il est, je ne connais que son prénom, j'ai passé moins d'une journée à ses côtés, et pourtant je sens que... je m'endors.
********
Le soleil filtre à travers les rideaux que je ne me souviens pas avoir fermé. Quoique, la seule chose dont je me rappelle est un horrible mal de tête, un mal de fesses, et puis c'est le flou le plus complet.
J'ouvre les yeux et la lumière m'aveugle tellement que j'en ai la migraine. Ou bien est-ce la gueule de bois de la nuit dernière ? J'enfonce ma tête dans les oreillers moelleux. Ah ça fait du bien.
« Allez debout ! », crie une voix tout près de mon oreille.
Je me relève d'un bond, le tournis me prend instantannément et un bruit assourdissant résonne à mes oreilles. Putain, quel est le con qui... ah. Ouai. Tom. Je l'avais presque oublié lui. Il se tient fièrement debout près de mon lit, comme s'il avait gagné un pari stupide.
Ses yeux pétillent et son sourire dégage une candeur qui me fascine de longues secondes. J'ai l'impression de le voir pour la première fois. Je l'ai trouvé mignon la première fois que je l'ai vu, mais là, à peine réveillé et la lumière flashant sur lui, je trouve que mon jugement était bien en dessous de la réalité.
Il est... beau. Vraiment beau. Pas comme tous les garçons qui ont des nez droits, des yeux en amandes et des bouches pulpeuses, comme tous ceux que je me suis... tapé. Si leur beauté ne se lisait uniquement sur leurs traits, et bien que celle de Tom se distingue aussi en ce point, je ne sais mais... il a quelque chose de différent. J'aimerais bien mettre le doigt dessus d'ailleurs... Peut-être est-ce... Ses yeux ? Brun profond qui m'envoient des décharges électriques partout à travers le corps à l'instant où il m'observe. Ou bien son sourire ? Grand et magnifique, dégageant une malice évidente et inspirant à la confiance. Ou bien encore sa voix ? Chaude, douce, comme la caresse du vent qui se pose sur les bras.
Je secoue la tête et éclate de rire. Si quelqu'un m'avait entendu penser à cet instant, il aurait pu me faire chanter avec ça toute ma vie.
Il n'empêche... que Tom est vraiment attirant. Qu'il ne sait pas quelles sont ses préférences. Et que comme un con je me suis laissé séduire. A sens unique.
« Hey oh ! Te rendors pas ! J'crois que j'ai besoin de ton aide... »
Ah ?
« Hum okay okay, mais ferme les rideaux et arrête de crier. S'il. Te. Plaît. »
Je fais pitié. Ma voix est nasillarde et on dirait que je suis à l'article de la mort.
« Ouai ouai. Allez magne. »
********
Deux heures plus tard je suis fin prêt. Bah quoi ? Ca prend du temps de se laver et brusher les cheveux. De se maquiller et de trouver les bons bijoux. Mais surtout, surtout de trouver la bonne tenue pour la journée. Alors, c'est normal que je sois aussi long.
Je ressors de la salle de bains et remarque que Tom s'est encore endormi dans le fauteuil. Nan mais oh, c'était si difficile de m'attendre si peu de temps ? Non mais.
« Debout !! »
Je hurle à mon tour dans son oreille, en profitant pour laisser mon nez caresser sa joue juste avant qu'il ne se redresse. Et en plus il a la peau douce.
« Hein ? Ah euh ouai. Euh... on fait quoi ? »
Je retiens comme je peux mon fou rire dû à son expression et parviens à dire :
« Petit déjeuner. Je meurs de faim. »
« Euh... j't'expliquerai mais j'ai pas un rond... »
« T'inquiète pas. Allez j'ai faim ! »
Il se lève et nous sortons, prenant bien soin de fermer à double tour. Je connais les pensionnaires du campus, déjà que je vois arriver d'ici les commérages, manquerait plus qu'ils essaient de s'introduire dans ma chambre comme ils s'amusent à le faire quelques fois.
Je l'attrape par le bras et nous traversons le campus rapidement. Il n'y a pas trop de monde. Peu d'étudiants n'ont pas encore déserté ce magnifique endroit pour des lieux plus exotiques. J'ai faim. Et la faim me fait dire des absurdités monumentales. Jugez par vous-même ce que je raconte en ce moment...
Je reporte mon attention sur Tom et le détaille tandis qu'il observe les alentours.
Putain, j'ai craqué. Mais vraiment craqué. Enfin bon... Il a l'air d'avoir des problèmes et je ne peux décemment pas le laisser tout seul. Déjà commencer par être son ami et... Et rien Bill.
J'ai faim.
« Alors, dis-moi, il t'arrive quoi ? Parce que vu la façon dont t'as débarqué hier sur la place, ça s'voit que t'es pas d'ici. »
Je souris. Sourire auquel il répond avec un haussement d'épaules.
« Ah tant que ça ? »
« Ouaip ! Allez raconte-moi tout. », dis-je sur le ton de la connivence.
Nous arrivons au café auquel je me rends généralement quand je n'ai pas le temps de me faire à manger moi-même. Ce qui revient à... très souvent. Notre festin commandé, nous nous asseyons au fond et son regard se perd à nouveau sur les vitres. Il plisse le nez, affichant une moue hésitante adorable.
Je lui souris sincèrement. Je veux vraiment qu'il se confie à moi. Après tout, il ne connaît que moi aussi et je ne veux pas qu'il aille errer tout seul sans idée d'où aller ou même qu'il aille chez quelqu'un d'autre. Je ne sais pas pourquoi, mais un sentiment de possessivité aigu me pince tout à coup alors que je pense à tout ça. Mes doigts se crispent sur la table et c'est ce moment qu'il choisit pour prendre la parole.
« En fait tu vois. J'vais commencer par le commencement hein. Je suis pas d'ici. Je suis même pas d'All'magne à la base. Enfin, je suis né en All'magne mais j'ai grandi en Ethiopie. Mes parents ont divorcé à mes sept ans et je suis parti vivre avec ma mère qui travaille dans l'humanitaire, et du coup j'ai du voir mon père moins de trente jours en dix ans. Je suis arrivé hier, dix heures de train, complètement épuisé et courbaturé. Mon père passe me chercher à la gare. J'savais que ça allait pas être simple ces deux mois. Enfin, à la base c'était deux mois. Et là on arrive chez lui, il me dit qu'il a fait construire une maison pour nous deux, et qu'avec ma mère ils ont décidé que je resterai vivre avec lui pour une durée indéterminée. Mais j'suis pas con, s'il a fait construire une maison c'est pas histoire de quelques mois, mais plutôt d'plusieurs années... »
Ses yeux brillent de rage. Wow. Eh bah... lui aussi a des problèmes familiaux à ce que je vois. Et dans son genre, ils sont pas mal non plus. Je tends ma main vers la sienne et me rétracte avant que nos peaux ne se touchent. Je me contente de lui lancer un regard débordant de compassion.
Il ne peut plus s'arrêter. Il se vide complètement.
« Encore s'ils m'en avaient parlé ! J'aurais dit non, ça c'est clair, mais j'me s'rait p'têtre pas enfui comme ça ! Mon père s'est jamais occupé d'moi ! Jamais. Sa vie c'était sa carrière et un point c'est tout, et je vois pas en quoi et surtout pourquoi ça aurait brusquement changé. Il s'est découvert une conscience ou son instinct paternel a r'fait surface d'un coup ? C'est la meilleure sérieux ! »
Il est coupé par la serveuse qui nous apporte notre petit-déjeuner. Mon estomac bondit à la vue de tout ça mais je me retiens. Il est bouleversé à un point que je n'aurais jamais imaginé. Il en veut énormément à son père, et ça je le comprends totalement, mais il n'aurait peut-être pas dû s'enfuir... Je me décide enfin à lui répondre.
« Tu sais... Je te connais pas vraiment et surtout j'connais pas ton père mais t'aurais p'têtre pas du t'tirer comme ça... J'suis sûr qu'il doit s'inquièter comme un dingue et... 'fin j'sais c'que c'est d'avoir un parent absent en permanence mais... il a fait un geste lui... alors même si pour toi ça te paraît une éternité trop tard... il a fait un geste. Et puis tu vas faire quoi ? Tu veux r'joindre ta mère en Ethiopie ? Ben bonne chance pour trouver et l'fric et pour t'faire un pass'port parce que je suppose que tu n'as rien pris dans ta fuite ? Tu sais même pas où dormir j'ai raison ? T'es dans la merde Tom. »
Euh... j'étais pas censé lui remonter le moral ? Ou du mons lui dire que la situation n'était pas si désespérée qu'elle ne paraissait ? Bravo Bill. Il attrape un croissant, mord violemment dedans et me jette un regard... non pas haineux, mais rempli de peurs. Mon coeur se serre. J'ai toujours eu horreur de voir les personnes, de mon entourages proche ou non, souffrir.
« Je sais merci. Mais tu veux que je fasse quoi d'autre ? J'peux pas r'tourner chez mon père et j'ai aucune solution pour rejoindre ma mère. Putain j'aurais jamais du rev'nir dans c'pays d'merde. »
« Hey oh ! C'pays d'merde comme tu dis j'y habite. Alors un peu d'respect hein ! »
Mes yeux miment une menace et un petit sourire se dessine sur ses si jolies lèvres.
« Aah ! Voilà, tu m'souris. J'aime mieux ça. Mon Dieu je suis affamé. »
Je me saisis brusquement d'un croissant à mon tour et le dévore sous ses yeux amusés.
« Bah quoi ? Chai faim. »
C'était sexy ça Bill.
Fin Pov. Bill
Pov. Tom
Bill m'a invité à rester chez lui deux trois jours, histoire de réussir à reprendre mes esprits, et de réfléchir sérieusement à ce que je vais faire. Je ne sais même pas pourquoi il a décidé de m'aider, après tout on ne se connaît que depuis hier, et en moins de vingt-quatre heures, il a réussi à me bourrer la gueule en boîte, et à me sauter dessus sur le fauteuil de sa chambre. J'aimerais vraiment rester méfiant comme je l'ai été au départ. Mais il ne me facilite pas vraiment la tâche. Il plaisante sans cesse, essayant par tous les moyens de me faire oublier mes soucis quelques minutes. Il fait de grands projets d'évasion du pays irréels, là aussi essayant de me faire rire.
Et de toute manière... je n'ai nulle part où aller. Il a raison sur ce point. Je suis à la rue, sans un rond en poches. Mon père doit être furieux que ses plans ne se soient pas déroulés comme il le souhaitait. Et ma mère... il est clair que je lui en veux moins qu'à mon père, mais elle m'a trahi quand même. Elle aurait pu, non elle aurait du, m'en parler. Je ressasse ma mauvaise humeur jusqu'à l'appartement de Bill.
« Allez ! Va prendre une douche, tu pues. »
Je dois avoué que je suis choqué. Mes yeux s'agrandissent et je me tourne vers lui, abasourdi.
« Nan mais oh ! »
« Je rigolais imbécile ! Allez file ça va te faire du bien. Mais passe pas des siècles non plus, les factures elles seront pas pour toi à la fin du mois. J'ai beau être interne, j'ai des frais. », dit-il dédaigneusement en s'allongeant sur son lit, son tee-shit se relevant et laissant voir un tatouage en forme d'étoile. Joli. »
Je file sous la douche. Je cogite toujours autant et plus le temps passe, moins je ne peux m'empêcher de penser à ce qui serait arrivé si j'étais rester chez mon père... au moins pour discuter de la situation ? Et puis ma colère reprend le dessus. Mais non. Je dois réussir à y voir clair. Je ne vais pas rester chez Bill plus de quelques jours. Déjà parce que ce serait intolérable et que, contrairement à mon père, j'ai une conscience. Et ensuite parce que ça serait dangereux. Pour lui comme pour moi. Je lui ai menti cette nuit en lui disant que je n'étais pas totalement sûr de mes attirances envers un genre particulier, pour pouvoir le repousser, prétextant le garçon perdu. La vérité étant que je suis homosexuel, et que l'effet que Bill a sur moi depuis qu'il m'a abordé sur le banc s'emplifie à chaque minute et que je ne suis pas sûr de pouvoir me contrôler si je passe trop de temps près de lui.
Et mieux vaut ne rien commencer, ou même tenter si c'est pour partir quelques jours plus tard. Et surtout, je ne crois pas que nous ayons le même point de vue sur les relations. Le fait qu'il m'ait sauté dessus la nuit dernière me prouve bien qu'il est frivole. Qu'il sort avec n'importe qui. Et ce n'est pas ce que je cherche.
Alors, autant laisser tomber.
Je sors de la douche, et m'enveloppe dans une serviette, avant de sortir en frissonant, la température de la pièce quelque peu inférieure à celle de la salle de bains encore pleine de vapeur. Oups. Je crois que j'ai un peu abusé sur l'eau chaude.
Bill est toujours allongé sur son lit. Je crois qu'il s'est endormi. Il est vraiment attirant, ainsi offert, les yeux fermés.
Je m'accroupis près de son visage et le détaille de plus près. Son souffle régulier butte sur mes lèvres et mes yeux se ferment d'eux-mêmes. Je sais que je ne devrais pas mais...
« Bill t'es là ? Ouvre c'est moi ! »
Je sursaute comme un malade et m'écarte brusquement. Bill se réveille aussi vite et regarde vers la porte.
« Quoi ? »
« C'est Georg abruti ! Ouvre ! »
Il ne semble pas remarquer mes joues rougies et la main posée sur mon coeur, tentant désespérément de le calmer. Je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé s'il m'avait surpris dans cette position. Ou pire, si « Georg » ne m'avait pas interrompu.
Bill se lève et chancèle jusqu'à la porte qu'il ouvre, laissant entrer un garçon de carrure imposante. Pas mal lui aussi.
« Ben t'en as mis du temps ! Tu f'sais quoi ? Et c'est qui lui ? »
Bill soupire et lève les yeux au ciel.
« Je dormais et tu m'as gentiment réveillé ! Et lui comme tu dis, c'est Tom, un ami à moi. »
Georg me détaille méticuleusement et je réalise que je suis toujours accroupi en serviette. Super première impression.
« Ah d'accord ! Et il fait quoi ? »
Bill me tend une main que je saisis volontiers pour me relever.
« Et si tu lui demandais toi-même ? Tu m'as tiré d'mes beaux rêves tu voudrais pas non plus que j'te donne des explications ? »
« Tais-toi. Bon ben... salut Tom. J'm'appelle Georg. »
« Salut. »
Un silence pesant s'installe. Bill me détaille, le regard voilé. Georg fixe la fenêtre. Et moi, je commence à avoir froid.
« Bill dis-moi. J'voudrais pas abuser mais... tu sais pas où j'pourrais trouver des fringues ? Parce que c'est pas qu'j'ai froid et que les autres sont crades mais... »
« Huuum... ah si je sais ! Georg tu penses que la lav'rie est fermée ? »
« J'pense qu'elle est encore ouverte une semaine pourquoi ? »
Le joli brun se tourne vers moi et m'explique malicieusement :
« Comme la plupart des élèves habitent ici et qu'ils n'ont pas tous le temps de faire leur lessive chez eux le week-end ou que leurs mères n'ont pas que ça à faire, au choix sur place ou à emporter, bref. Donc, ils laissent leurs fringues à laver, et je sais que pas mal ont été oubliées avant leur départ en vacances la semaine dernière. On peut toujours aller voir si on t'trouve pas un truc ? »
« Et si y a pas de baggy ? »
« Tu te trimballes en serviette dans toute la ville. Ou tu restes nu chez moi. Ce qui, entre nous, ne me déplairait pas, mais là n'est pas le sujet. »
Il est incroyable. Il ne se prend jamais au sérieux. Georg par contre nous jette un regard étrange. Comme... gêné. Ou jaloux.
« Bon okay. Mais j'vais m'balader comme ça que combien ? Elle est loin votre lav'rie ? »
« Y en a une par bâtiment, donc en bas. Tu penses pouvoir survivre ? »
Georg se racle la gorge.
« On y va ? »
Bill le dévisage longuement. Je sais qu'il est normal que je comprenne rien à tout ça, mais ça m'énerve un peu de me retrouver en serviette, devant deux mecs que je connais pas ou à peine, en train de communiquer silencieusement par le regard.
« Ouai. », je réponds finalement.
********
Ca fait maintenant deux jours que je m'incruste chez Bill et je commence vraiment à avoir mauvaise conscience. Il passe tout son temps avec moi, et je sens que Georg ne l'accepte pas. En même temps, un inconnu qui débarque de nulle part et qui passe sa vie avec votre meilleur ami, je peux comprendre que ça le gène un peu. En d'autres termes, il me prend pour un squatteur.
Bill et moi sommes allongés sur son lit. Encore. Nous n'avons pas beaucoup bougé de la journée en fait, à rester étaler comme des loques et à nous désaltèrer, la chaleur étouffante du dehors ne nous faisant pas vraiment envie. Nous avons beaucoup parlé. Moi de ma vie et lui de la sienne.
J'ai ainsi appris qu'il avait adopté et que son père adoptif, un chirurgien plastique de grande renommé, l'avait délaissé toute son enfance, le laissant à sa mère ou bien à la nourrice. Sa voix est teintée de tristesse, de regrets et surtout de colère quand il en parle. Il ne comprend pas pourquoi et comment, surtout après avoir adopté un enfant ce qui est quand même une grande décision, un parent peut complètement s'en désintéresser. Aujourd'hui il vit seul et rend de temps en temps visite à sa mère qui lui signe un chèque pour chaque trimestre.
Sympa.
Il me répète que je devrais retourner voir mon père et m'expliquer avec lui. Que m'enfuir ne réglera rien et qu'après la situation se compliquera encore plus. Et je pense qu'il a raison...
« Je vais aller voir mon père. »
Il se redresse brusquement et plante son regard dans le mien.
« Vrai ? »
« Vrai. Tu peux v'nir m'observer des buissons si tu veux. »
Nous éclatons de rire et il pose sa main sur la mienne. Je frissonne violemment et prie le Ciel qu'il n'ait rien senti. Mais à la façon dont il me sourit, je crois que c'est trop tard.
« Tu veux y aller quand ? »
« Maint'nant ? »
« Allez c'est parti ! Attends laisse-moi me changer avant. »
« Pourquoi ? »
« Tais-toi et attends-moi là. J'vais pas y aller en short quand même. »
Je soupire, las. Bill accorde plus d'importance à ses fringues qu'à n'importe quoi d'autre. C'est dingue. Il aurait fait une super fille. J'attends une trentaine de minutes avant qu'il ne se décide à ressortir, un jean et un tee-shirt sur le dos.
« Comment ça s'fait que tu mettes aussi longtemps à choisir tes fringues ? »
« Ca s'appelle la coordination Tom. Tu comprendrais si tu savais t'habiller. »
Je ne relève même pas. Je la sentais venir des kilomètres à la ronde celle-là.
Il passe devant moi, tourne sur lui-même et me demande :
« Alors Chéri de quoi j'ai l'air ? »
« De rien. Allez on y va. »
********
Je vois enfin la maison se dessiner au bout de l'immense route déserte. Ça doit bien faire une heure que nous sommes partis. En fait je n'ai pas arrêté de faire marcher arrière et Bill de me retenir par le col, m'étranglant toujours plus à chaque fois. Tout ça nous a pas mal ralentis.
Je sais que je ne peux plus faire marche arrière. Je ne sais juste pas quoi dire à mon père. Je n'ai aucune idée de comment cette discusstion va se terminer. Est-ce que je vais rester avec lui ? Est-ce que je vais retourner avec ma mère ? Une chose est sûre cependant, je ne m'enfuirai plus. Bill m'a convaincu de tenter de m'expliquer pour de bon avec mon père et je ne le décevrai pas.
« Nerveux ? »
« Un peu. J'flippe complet en fait. »
Je ne remarque que ma main tremble qu'à l'instant où Bill s'en saisit pour la serrer dans la sienne. J'apprécie le contact de nos peaux, et une chaleur plus qu'agréable se propage tout le long de mon bras pour finir par réchauffer tout mon être. Je ferme les yeux et respire à fond. J'ai peur. Mais rien que le fait de sentir Bill à mes côtés me redonne confiance en moi.
Je tourne la tête vers lui et le remercie d'un regard. Il accentue la pression de sa main et s'arrête. Je fais de même, surpris.
« Tu vas y arriver Tom. Et au pire, j'suis là. J't'aiderai à trouver une solution. Pis mon studio est pas si mal hein ? »
Ses yeux brillent, je suis vraiment ému de le sentir s'inquièter autant pour moi. Nous nous sommes vraiment attachés l'un à l'autre en deux jours en fin de compte... Sans réellement le vouloir ou le sentir. En partageant une ou deux conversations sur nos vies respectives. En riant pour rien... Je crois que s'il me proposait de rester avec lui si tout se passait mal avec mon père tout à l'heure j'hésiterais fortement avant de refuser sa proposition.
« Oui... Merci Bill. Merci et... »
Il m'attire dans ses bras, coupant ma phrase, ce qui est plutôt une bonne chose, en vue du flot de babillages que je m'apprêtais à déballer. Je sens son nez souffler sur ma nuque et je ferme les yeux. Je suis si bien dans ses bras. Je le serre fort contre moi. Très fort, agrippant son tee-shirt et fourrageant mon visage dans ses cheveux qui sentent si bon.
Oh non je ne veux pas le quitter.
Notre étreinte dure plusieurs minutes, et je sens les battements de mon coeur affolé se calmer peu à peu qu'il me murmure des mots incompréhensibles à l'oreille. Je ne veux pas quitter ses bras. Comme s'il avait crée un bouclier autour de nous et que rien ne pouvait nous atteindre.
Je ne veux pas.
Et pourtant si ça tourne mal avec mon paternel et que je suis obligé de quitter la ville ? Aussi incroyable que cela puisse paraître et j'en suis moi-même le premier étonné, je n'arrive pas à m'imaginer quitter Bill. Pour l'instant. Tout cours. Je ne sais pas ce que je ressens exactement pour lui. Je sais seulement que ça a été rapide, brutal, et plus intense que toute autre chose auparavant. Et c'est suffisant pour refuser de le laisser non ?
Je ne peux pas.
Je tremble un peu et il desserre ses bras, encadrant mon visage de ses mains.
« T'en fais pas Tom. Tout va bien s'passer. Si tu y mets du tien et que tu réussis à trouver un compromis, tu verras. Tout ira bien. »Ses yeux sont remplis de confiance et mon coeur s'emballe.
« Oui... », je souffle.
Il me sourit et reprend ma main avant de se diriger à nouveau vers la maison.
« Putain c'est là qu'il habite ? Eh bah ! Si on avait fait construire ça pour moi... ! »
Je ris. Je sais qu'il essaie de dédramatiser la situation en sortant des anneries. Et ça fait du bien.
« Ouai. Bah on verra si tu peux v'nir hein. »
« Tu veux dire que... tu veux rester ? »
« Je vais essayer en tout cas... Peut-être qu'il est temps que je me rapproche de mon père et que je tente le coup avec lui... »
... et que je suis peut-être en train de tomber amoureux de toi.
Je me secoue et prend air déterminé.
« Allez, à nous deux papa ! »
Bill m'applaudit et sautille sur ses pieds. Je pouffe, m'avance vers lui, et sans rien laisser prévoir, je pose ma bouche contre sa joue. Baiser bref, comme une plume. Sa peau est douce.
« A toute à l'heure ? »
Je le supplie du regard, espèrant vraiment qu'il m'attende. Aux deux sens du terme, je crois.
« Bien sûr. Je crois les doigts pour toi. Mieux je vais m'asseoir en lotus et prier pour toi. »
Il se pose au sol et s'installe en position de yoga. J'éclate franchement de rire. Il est incroyable.
J'ouvre le portail et pénètre dans la propriété. Aucune alarme ne sonne. Il ne manquerait plus que la police ne débarque.
J'ouvre la lourde porte et entre. Un silence de mort règne et je me sens presque coupable de faire crisser mes chaussures sur le parquet brillant. Personne dans l'entrée.
J'avance et découvre des pièces plus somptueuses les unes que les autres. Il n'a vraiment pas fait les choses à moitié, c'est le moins que l'on puisse dire. J'emprunte un escalier menant à l'étage et entend une voix provenir d'une pièce fermée.
Je tremble et mes mains deviennent moites. Je ne sais plus. Je ne suis plus sûr de rien. Essayer de parler avec mon père est-elle une aussi bonne idée qu'elle le paraissait au départ ? Vais-je réussir à rester calme ? Si je décide de rester, la vie ici est-elle réellement faite pour moi ?
Je ferme les yeux et voit passer l'image de Bill sous mes paupières tremblotante. Bill et son sourire. Bill et son eye-liner sur lequel il se défoule quand il n'est pas content du résultat de son maquillage. Bill...
Je souris et pousse la porte sans frapper.
J'ai à peine le temps de distinguer des feuilles avec ma photo dessus que je me sens étouffé par les bras de mon père.
« Tom... »
********
Je referme la porte derrière moi, un sourire aux lèvres. Je me sens lèger. Extrèmement bien. Tout s'est arrangé à une vitesse déconcertante. Comme si toute cette situation n'avait pas lieu d'être. J'observe le ciel bleu. Pas un nuage à l'horizon. Un peu comme cet instant. Tout est parfait. Enfin presque. Il faut encore que j'annonce à Bill que je m'installe chez mon père... définitivement. J'ai envie de jouer un peu, de voir quelle serait sa réaction si je lui annonçais que je comptais repartir. Je vais bien m'amuser, je le sens. Sadique moi ? Jamais.
« Tom ! Putain t'en as mis du temps ! »
Je baisse les yeux, essayant vraiment de rentrer dans mon personnage et à en juger par sa réaction, je dois être bon comédien.
« C'est quoi cette tête Tom ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous vous êtes engueulés ? Putain mais Tom réponds-moi !!! »
Il crie comme un déjanté et je me contiens aussi bien que je peux. Son émotion me... comment dire ? Le voir paniqué sur la simple impression que je pourrais repartir me donne juste envie de me jeter dans es bras, de l'embrasser et de lui promettre de ne jamais le quitter.
Mais c'est trop tôt. Enfin, je crois.
Au lieu de ça je relève la tête et dit d'une voix neutre :
« J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi Bill. »
Tellement cliché. Mais les gens réagissent toujours de la même manière.
« La bonne. Pour avoir une petite dose de joie à l'entente de la mauvaise. Putain Tom dis-moi ! »
Il attrape mon tee-shirt et le tord nerveusement. J'adore ça putain.
« J'ai réussi à parler avec mon père, sans qu'aucun de nous deux n'élève la voix... »
« Tu t'fous d'moi ? C'est ça ta bonne nouvelle ? Eh bah elle est pourrie ! »
J'éclate de rire. C'est nerveux j'y peux rien.
« Allez annonce la mauvaise. Tom me dis pas que tu t'en vas... S'il te plaît t'en vas pas... »
Il a l'air si vulnérable... Je le prends tendrement dans mes bras et le serre le plus fort possible. J'inspire à fond son odeur et me laisse planner quelques secondes, oubliant l'état dans lequel il se trouve. Il doit prendre cette étreinte comme un câlin de réconfort en vu de ce que je vais lui dire et se raidit. Je le sens trembler contre moi.
« Hey pleure pas ! »
« Je pleure pas. Pas encore. Alors achève-moi... »
Sa voix est humide et je souris. Je n'aurai pas résister très longtemps face à ce brun.
« Tu vas devoir me supporter un peu plus longtemps Bill. Désolé pour toi... »
Mon coeur s'emballe alors qu'il tremble de plus en plus. Lui annoncer rend tout tellement plus réel ! Je le serre à l'étouffer et il me rend la pareil avec vigueur. Je suis si bien...
« J'te déteste ! J'te déteste sérieux ! »
« Han ! Moi qui croyais qu'tu m'aimais bien ! J'peux changer d'avis si tu veux et dire à mon père que je viens plus vivre avec lui si tu veux ! »
« Vivre ? », répète-t-il les yeux ronds.
« Bah ouai vivre. »
Il pousse un hurlement strident et me saute dessus. S'il savait à quel point sa réaction me comble...
J'aime savoir qu'il s'est vraiment inquièté. Oh oui.
Il se détache à nouveau de moi et me regarde dans les yeux. Ses yeux magnifiques qui me font fondre chaque fois que je les rencontre. Un doux silence s'installe entre nous. On se détaille. Aucun de noux deux ne bouge. On est proches. Vraiment proche. Mais pas un mouvement. Personne n'ose faire quoi que ce soit.
Ou n'ose faire le premier pas ?
Fin Pov. Tom
Pov. Bill
Il reste. Il reste ! Tom reste vivre ici ! Je suis tellement heureux ! J'ai vraiment cru devenir dingue quand il est sorti de chez lui l'air dévasté. Le con, il m'a bien eu. J'ai eu si peur qu'il ne décide de quitter la ville... Assis par terre à croiser les doigts et à me balancer comme un singe pendant plus d'une heure. J'aurais pu faire une crise cardiaque. Si si ! Promis ! Il reste. Mon Dieu.
Le plus étrange dans tout ça est peut-être l'intensité de mes émotions. C'est vrai quoi, je l'connais depuis avant hier, je sais que j'suis attiré par lui... mais ce que j'ai ressenti tout à l'heure en l'attendant, et encore après dans ses bras, relève de plus que de la simple attirance. Comme si mon monde se serait écroulé s'il était parti pour toujours. Je crois que je n'ai jamais rien épourvé d'aussi fort aussi rapidement. Non en fait, je n'ai jamais rien éprouvé d'aussi fort aussi rapidement. Et dire qu'au départ je voulais juste le sauter comme tous les autres...
Tom est un peu comme une perle rare. Peut-être même est-il celle que je cherche depuis longtemps ? Une chose est sûre, je ne suis pas prêt de le laisser partir. Il n'a pas le droit de me laisser, c'est tout.
Je me fais peur à penser de telles choses, mais je réalise que c'est vrai. Et ça me fait encore plus peur au final. Mon Dieu, aidez-moi.
« Tu m'écoutes Bill ? Bill ?! »
Je sursaute et griffe sa paume en détachant nos mains qu'il a lui-même liées. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je n'ai même pas remarqué que nous étions déjà arrivés devant chez moi.
« Euh non. Tu disais ? »
Il soupire et me sourit. Comment aurais-je fait pour me passer de ce sourire ? Je frissonne et essaie de me redonner consistance.
« Je disais, que si tu veux tu pourras passer quelques jours à la maison. Mon père tient à te rencontrer. »
« Mais pourquoi ? »
Je dois avouer que je suis plus qu'étonné.
« Il tient à et je le cite, rencontrer le garçon qui lui a ramené son fils. Je l'avais jamais vu aussi ému et grandiloquent mais bon. Enfin voilà il veut t'voir. Et comme tu t'extasiais devant ma maison eh bah tu pourras aussi la squatter maint'nant ! Elle est pas belle la vie ? »
Je lui souris de toutes mes dents.
« C'est vraiment génial que tu restes Tom. Vraiment. »
« Je sais je sais. Tu peux plus t'passer d'moi que veux-tu. »
« Pff, mais oui. J'vais pouvoir te faire visiter la ville et tout. Et Georg nous montrera tous les coins branchés où traînés quand tu t'fais chier. Pire fétard tu fais pas. »
« Eh bah voilà qui m'paraît être un super plan. »
« Ouai. »
« Bill ? »
« Oui ? »
« Moi aussi, j'suis vraiment content de rester. »
********
« Georg t'es où ? »
« Juste derrière toi abruti. »
Je sursaute et manque de frapper mon ami qui se tient à même pas deux mètres de moi.
« Ah bah on t'attendait plus ! »
« J'suis pas mal occupé ces derniers temps. V'nez on rentre j'vous expliquerai à l'intérieur. »
Ces derniers temps constituent les deux semaines qui se sont écoulées depuis l'installation définitive de Tom. Chaque fois que j'y repense, j'ai envie de crier ma joie. Ce soir, nous sortons tous les trois. Pizza. Tom et Georg s'apprécient énormément, peut-être même un peu trop face à mes yeux jaloux. Nous sortons plusieurs fois par semaines mais je dois dire que je préfère les moments seuls avec Tom.
Parfois je me demande pourquoi je ne tente rien avec lui. Je l'ai déjà surpris à me scruter plus longuement que nécessaire. J'ai déjà vu ses joues rougir après l'avoir embrassé ou l'avoir pris dans mes bras. Je sais que je ne lui suis pas indifférent. Je sais que je pourrais tenter une approche, ou même directement passer à l'action. Comme ça, d'un seul coup. Brusquement.
Mais peut-être est-ce là la raison qui me retient. Avec Tom, j'ai envie de prendre mon temps. De voir les choses évoluer. De laisser les choses se faire... J'aime ça. J'aime être avec lui. Tout le temps. J'aime le voir rire. J'aime sentir son regard sur mon corps. J'aime sentir ses bras autour de moi. J'aime parler avec lui. J'aime... Je sais que je suis en train de tomber amoureux. Et le pire dans tout ça, c'est que j'aime ça. Le pire, ou le meilleur. Ca dépendra de lui. Mais nous avons le temps non... ?
Georg et lui vont vers le bar en riant tandis que je m'asseois à une table, toujours plongé dans mes pensées. Je les observe et fronce les sourcils alors que je me rends compte de quelque chose que je n'avais jamais remarqué. Sois je me fais des idées, sois les regards que jette Georg à Tom sont vraiment... différents de ceux lancés à un simple ami. Il lui sourit malicieusement, ses yeux brillent, il a ses cheveux passés derrière l'oreille. Bordel. Comme j'ai fait pour pas m'en apercevoir ? Il passe son bras autour des épaules de Tom, et je vois rouge. Je me lève d'un bon avant que les choses ne dégénèrent pour de bon. J'arrive au bar d'un pas énergique, pousse légèrement Georg et m'exclame :
« Eh bah j'ai soif ! Vous foutez quoi ? »
Tom me sourit, je rougis. Je crois que je me suis fait grillé. Et il a l'air de bien apprécier ma petite crise de jalousie. Georg lui me lance un regard noir et me répond d'une voix glaciale :
« Rien on commandait, mais comme on savait pas c'que tu voulais... »
Je baisse les yeux. Il a vraiment l'air fâché. Mais merde il a pas à draguer Tom ! Je lui ai dit clairement que j'avais des sentiments pour lui. Entre amis, on est pas censé s'aider et non pas essayer de se voler les personnes qui nous intéressent ? Surtout que Georg est mon meilleur ami... alors pourquoi est-ce qu'il me fait ça ? Ca va pas se passer comme ça. Oh certainement pas.
J'attrape le bras de Tom et l'emmène avec moi à la table après avoir balancer un « Vodka pomme » au barman.
« C'était quoi ça avec Georg ? »
Il me dévisage longuement et je réalise soudainement que je n'ai aucun droit de lui demander ça. Nous n'sommes pas ensembles. Je n'ai fait aucun pas vers lui, je n'ai aucun droit de juger ce qu'il fait avec Georg, ou les autres. Et merde.
« Euh, il m'présentait au barman. Et toi c'est quoi ça ? Pourquoi tu réagis comme ça Bill ? »
Je détourne le regard et réfléchis à vive allure. J'ai saisi le sous entendu de sa question. Il me demande de le faire justement, ce pas vers lui. Il me demande de lui donner une bonne raison de ne pas se laisser draguer par Georg, ou par n'importe quel autre mec. Il me demande de lui dire ce que je ressens pour lui...
J'ai peur. J'hésite. Suis-je prêt ? Je ne me suis jamais engagé. Avec personne. Les relations les plus longues que j'ai connu ont durées deux voir trois nuits. Comme se projetter sur un futur lointain pour la première fois ? Je ne sais pas si je suis fait pour ça. J'ai peur.
« Je... Tom je... »
« Et voilà trois vodka pomme ! »
Tom soupire profondément et je donne un violent coup de pied dans la table. Il l'a fait exprès c'est pas possible !
« Vous en faîtes des têtes ! Allez buvez ! Ca vous f'ra du bien. »
Tom se saisit de son verre et l'avale d'un trait.
« Eh bah j'en connais qui ont la descente facile. »
« Ca va hein. », répond-il, taquin. Que j'aime son sourire...
« Je vous ai parlé du projet que j'ai pour les cours ? »
Et voilà Georg qui vient à nouveau tout gâcher. Il faut vraiment que j'ai une petite, ou grande discussion avec lui ça dépendra de sa résistance, au sujet de Tom et moi, et de Tom et lui. Et même de lui et moi tiens.
J'attrape mon verre et le vide à mon tour.
« Non mais vas y j't'en prie. »
Georg me sourit, narquois, avant de se lancer :
« Ben en fait, pour l'examen de fin d'année, on doit tourner un court métrage sur un sujet banal si j'puis dire. Et donc je me suis dit qu'on pourrait tourner ça sur la place principale. C'est l'histoire de deux amis d'enfance qui se retrouvent après de longues années de séparation, et qui tombent peu à peu amoureux au fur et à mesure de leurs retrouvailles. »
Tom applaudit gentiment.
« Eh bah ! Un film ! Et tu comptes demander à qui de jouer tes stars ? »
« Vu que je suis noté sur plusieurs critères, je dois jouer aussi. Du plus petite rôle au principal. J'ai écrit le scénario en choisissant un deux héros. »
Bien sûr.
« Et pour l'autre ? », je demande, impatient. Je sens la rage monter. Une bouffée de jalousie m'étouffe, alors que je devine sans mal à qui il a pensé. Je le connais par coeur.
« En fait, j'me suis dit, Tom puisque t'es nouveau en ville et que pratiquement personne ne te connais encore vraiment, que ce s'rait une bonne idée pour attirer les regards sur toi ! Enfin, si tu veux bien sûr. »
C'est l'excuse la plus pourrie que j'ai jamais entendu. Sérieux.
« Euh ouai. »
« Ouai ? », demande Georg, un immense sourire hypocrite sur les lèvres. Connard.
« Ouai. Qu'est-ce qui m'en empêche ? Et puis, j'ai toujours aimé être sous les projecteurs. »
Cette phrase m'est adressée. Je le sais. Et ça fait mal.
Fin Pov. Bill
********
Pov. Tom
Le tournage pour l'école de commence dans deux jours. Il s'étend sur une semaine je crois. Seules les petites scènes avec peu de texte ou bien des rôles mineurs ont été tournées. Demain nous tournons la scène principale du court métrage selong Georg. Celle où les deux amis s'avouent enfin leurs sentiments. Nous l'avons répétée des dizaines de fois, sous le regard de tous, aux aguets. Et surtout sous le regard furibond de Bill. Je dois avouer que le voir si jaloux me fait... plaisir. Ce n'est peut-être pas très fair play, mais j'en ai assez de jouer. Je lui ai tout de même fait assez clairement comprendre ce que je ressens, j'estime que c'est à son tour de faire un geste envers moi. Un mot... Rien qu'un mot et je suis à lui. Et je suis persuadé qu'il le sait. Pourtant il ne bouge pas. Pas un geste. Alors... tant pis ?
J'ai bien vu comme Georg se comporte avec moi. J'ai remarqué ses tentatives pour me séduire. Je ne suis pas aveugle tout de même. Et Bill non plus. Bill. Putain pourquoi chaque fois que je réfléchis à quelque chose, je transpose la situation en rapport avec Bill ? Tout le temps. Je pense tout le temps à lui. Chaque mouvement je me demande s'il me regarde. Chaque mot je me demande s'il m'entend. Chaque nuit je me demande s'il me voit dans ses rêves comme il fait partie des miens. Je l'ai dans la peau. Alors qu'il ne s'est rien passé et que je doute fort qu'il ne se passe quoique ce soit dans un futur proche.
Je suis allongé dans mon lit, le script dans la main. Dans la scène de demain, les deux amis ne s'embrassent pas. Georg a tenu à ne pas trop dépasser les limites du conventionnel. Mais je peux m'empêcher de me demander comment réagirait Bill en me voyant embrasser Georg. C'est vrai. Georg est beau, très séduisant même. Gentil, prévenant... Qu'est-ce qui me retiens alors ? Je soupire. C'est une bataille perdue d'avance. Je n'oublierai pas Bill de si tôt. Je ne peux pas. Je ne peux pas.
Putain.
J'en ai assez. Plus qu'assez de toute cette situation. De toutes ces hésitations qui nous bouffent tous les deux. Il faut que ça cesse. Seulement voilà, dire que l'on va faire une chosen et la réaliser sont malheureusement aussi dures que différentes.
J'éteinds ma lampe et ferme les yeux.
Demain est un autre jour. Demain, ça sera différent.
********
« Silence et action ! »
Voilà le jour tant attendu, ou tant redouté. Toute l'équipe est là, sauf Georg. Il est midi passé et il n'est toujours pas arrivé. Tout le monde commence à se faire du souci. Même Bill qui semblait lui en vouloir a les traits tirés par l'inquiètude.
« Mais qu'est-ce qu'il fout bordel ? C'est pas normal ! »
Je passe une main dans son dos et le caresse tendrement. Je ne peux pas m'en empêcher. Il est trop près.
« Calme-toi va ! Il s'est p'têtre pas l'vé c'matin ? »
« Tu rigoles ? C'est l'un des jours les plus importants d'sa vie et il se lèv'rait pas ? Non non c'est pas possible. Depuis qu'il est p'tit il parle que d'faire du cinéma. Il raterai un jour de tournage pour rien au monde. Y a un truc qui cloche. »
Il soupire et essaie de l'appeler. Portable. Fixe. Rien. La tension est palpable. Tout le monde commence à s'impatienter. Vite, une connerie. Un truc pour détendre l'atmosphère.
« Bah au pire, s'il vient pas, tu prends sa place ! »
Mais qu'est-ce qui me prend ? C'est pas vrai ! Je me surprends moi-même du taux d'imbécilité qui coule dans mes veines. Je viens de lui tendre une perche d'une longueur inimaginable putain.
« Hm ouai pourquoi pas ? »
Il se tourne vers la caméraman, et j'ai l'impression que mon coeur dégringole jusqu'au plus profond de mes entrailles. Une déception. Une énième déception.
Peut-être qu'au final, tout ça n'est qu'un jeu pour lui. Je savais qu'il ne mettait les mecs dans son lit que pour un soir et je me suis quand même fait avoir. Comme un débutant en plus. Quel imbécile je suis ! Il m'agace. Avec ses cheveux noirs et brillants là, dont il attrape une mèche pour la tourner entre ses doigts quand il est stressé. Avec ses mains qu'il agite quand il parle et qui masse si divinement bien malgré tout... Avec ses... Stop putain ! Il faut que je le sorte de ma tête. S'il ne veut pas bouger tant pis pour lui. Tant pis pour moi...
« PUTAIN GEORG MAIS TU ETAIS OU ?! »
Je me tourne brusquement et vois Bill sauter sur son ami. Tout le monde accourt vers lui et semble attendre de bonnes explications. Je m'approche à mon tour et attends.
Il porte sa main à sa gorge, la masse et déclare d'une voix à peine audible :
« J'pourrai... j'pourrai pas tourner. J'suis a... aphone. »
Il se racle douloureusement la gorge tandis qu'ils sont tous là à lui murmurer des « Désolé mon pauvre ami. » ou des « Mais comment t'as fait ton compte ? »
Le seul qui ne paraît pas trop compatissant c'est Bill. En apparence il fait le désolé, mais je connais son sourire mesquin. Il prépare quelque chose et... oh non. Pas ça. S'il vous plaît tout sauf ça.
« Et on va faire comment alors pour ton rôle ? On n'peut pas attendre que tu sois guéri, si ? »
Georg répond négativement et le sourire de Bill s'agrandit.
« Alors j'ai trouvé ! J'vais jouer à ta place ! J'le connais par coeur le texte à force de vous avoir vu répéter. C'est pas une idée géniale ? »
Oui. Non. Merde. Putain de merde ! Ca veut dire que je vais devoir déclarer mes sentiments à Bill devant tout le monde ? Non. Relax Tom. Tu vas devoir déclarer les sentiments de ton personnage à celui de Bill. En le regardant dans les yeux. En lui enlaçant la main. En le serrant contre moi.
Je vais pas y arriver. La tête me tourne. J'ai besoin d'eau, d'air... J'ai toujours été très réactif dans des situations compliquées et affolantes. Résultat je suis au bord du malaise à quelques minutes du tournage de ma scène avec Bill.
Au secours.
Il s'appproche de moi, me sourit et me dit d'une voix espiègle :
« Eh bah on dirait que c'est toi et moi maintenant. »
Ta gueule Bill. Il me dépasse et va s'asseoir sur le banc où nous sommes censés jouer notre scène. Cette scène où deux amis s'avouent leurs sentiments qu'ils ne peuvent plus contrôler. Mon ventre se contracte. Je ne me souviens de mon texte. J'ai tout oublié. Et il continue de me sourire... Je m'approche et m'asseois prudemment à sa droite. Ses yeux me transpercent et je lutte de toutes mes forces pour ne pas m'enfuir en courant et tout abandonner. J'ai chaud. Le soleil cogne fort. Trop fort. L'air me manque.
« Ca va Tom ? »
Je ne réponds pas et déglutis difficilement. Ma salive me brûle la gorge et je me demande comment je vais réussir à aligner deux mots. Ca semble tellement au dessus de mes forces.
« C'est le stress c'est ça ? T'inquiète de toute manière c'est moi qui en dit le plus. C't'andouille s'est vraiment donné le rôle principal. Tu veux de l'eau ? »
« Non. Ca va aller. Allez finissons-en. »
Il fronce les sourcils, surpris. Mon ton est froid, presque glacial. Je veux en finir le plus vite possible. Quitter ce banc et le sortir de ma tête. Tant pis si ça fait mal. Tant pis s'il ressent quoi que ce soit pour moi. Tant pis si je fais la plus grosse connerie de ma vie... Parce que je sais que je n'agis pas comme je le devrais. Je suis ce que me dit ma tête. Je n'écoute pas mon coeur. J'ai arrêté de le suivre depuis des années. Mais cette envie de me laisser aller n'a jamais été aussi présente que lorsque je suis près de lui. Et ça ne peut plus durer. Je ne peux plus le laisser avoir autant d'effets sur moi sans recevoir ne serait-ce qu'un infime signe de sa part.
« Okay...On est prêts ! »
Je ferme les yeux et me concentre aussi bien que je peux. Ce n'est que de la comédie. Ce n'est pas réel. Ce n'est pas vrai.
Mais je dois me rendre à l'évidence, je crève d'envie que ça le soit.
« Silence, moteur et action ! »
Nous nous tournons l'un vers l'autre. Comme dans le scénario. Il prend mes mains dans les siennes. Comme dans le scénario. Il plonge ses magnifiques yeux dans les miens. Comme dans le scénario. Et récite ces mots que j'ai si souvent rêvé d'entendre. Comme dans le scénario.
« Tu sais... j'ai jamais dit ça encore à quelqu'un et... mon Dieu tu vas me trouver ridicule mais... depuis que je suis revenu, c'est comme si je te rencontrais pour la première fois. Comme si... je découvrais un nouveau toi et que... et que des... sentiments sont... »
J'entends à peine ce qu'il dit. Il semble mal à l'aise. Complètement désorienté. Dérouté. Il hésite sur le texte et change des mots. Soudain il lache mes mains et se rapprochent encore plus de moi, faisant se toucher nos genoux et nos épaules. Mon coeur bat à cent à l'heure. Mais qu'est-ce qu'il fait ?
« J'en ai marre de jouer. »
Oh putain.
Tous les yeux sont braqués sur nous. Tous se demandent ce que nous trafiquons à changer la scène au beau milieu de son tournage.
« J'en ai marre de te voir tous les jours près de moi et de ne t'avoir seulement comme... ami. J'en ai assez de me cacher. Assez d'avoir peur de ce qui va se passer. Tu me hantes. Depuis la première fois que je t'ai vu, tu me hantes. Ton image me poursuit partout où je sois. Quand je dors... Tout le temps. Je n'arrive pas à me détacher de toi. Je n'en ai pas la force. »
Je ne suis plus en état de réfléchir à quoi que ce soit. Je ne comprends plus ce qui se passe. Je ne vois que ses yeux. Je n'entends que sa voix. Je ne sens que ses mains qui se joignent à nouveau aux miennes.
« Alors... pourquoi n'as-tu rien fait ? »
Ma voix tremble, chargée d'émotion. J'ai l'impression de toucher mon rêve du bout des doigts. Il serre mes mains fort et reprend, essayant au mieux de faire passer cette déclaration improvisée comme un moment écrit dans le script.
Oh et puis on s'en fout. Je me fous du script. Je me fous de ce film. Je me fous de Georg qui doit être en train de fulminer son sa chaise de réalisateur. Je me fous d'enfreindre le scénario. Je me fous de tous les regards posés sur nous. Je me fous de tout.
Parce qu'il est là. Juste en face de moi. A me murmurer ces mots que j'ai si longtemps attendu. Je pourrais en pleurer. Mes yeux me piquent et les siens sont tout aussi brillants.
Je ne sens plus mon coeur battre. Il s'est envolé. Et il attend seulement sa réponse pour revenir ou bien partir à jamais...
« Parce que... Parce que j'ai eu peur. Peur de ressentir tout ce que j'ai ressenti pour la première fois. Tu n'imagines pas à quel point c'est fort et... ça m'a foutu la trouille. Alors j'ai préféré ne rien te dire et continuer à agir en simple ami. Et c'était plus simple, au début. Mais je me suis vite rendu compte que je ne pouvais rien faire et que je ressentais beaucoup, beaucoup plus que de l'amitié ou de la simple attirance envers toi... »
Au fur et à mesure qu'il parle, je le vois se rapprocher. Consciemment ou non, je réalise que je fais la même chose. Nous sommes inéxorablement attirés l'un par l'autre. Je ne cherche même plus à me battre. A quoi bon ? Avec ce qu'il vient de gentiment me balancer devant des dizaines de personnes, comment lui résister ? Même dans mes nombreux rêves ce n'était pas aussi intense. Tout devient réel. Tellement réel...
Sa bouche se rapproche peu à peu de la mienne. Encore quelques centimètres et...
« Je voudrais juste que... »
Je reviens au texte. Essayant de garder un semblant de lien avec la réalité.
« Tais-toi. », dit-il en posant ses mains sur mes épaules.
Il comble l'espace entre nous et ses lèvres pressent les miennes. Putain. Enfin. Je reçois des milliers de décharges électriques. Je tremble. Je ferme les yeux. Je réponds à son baiser et enserre sa taille pour le rapprocher encore plus. Nous restons quelques secondes comme ça. Simplement. Lèvres contre lèvres.
Puis je sens ses mains montées sur ma joues et son corps passé sur mes genoux alors qu'il saisit ma lèvre supérieur entre les siennes. C'est doux. C'est bon. C'est électrisant. Ca a un goût de paradis. Et j'attends ça depuis si longtemps... Je vis un rêve éveillé. J'en suis sûr. Rien de tout ça ne peut être réel n'est-ce pas ? Et pourtant... Pourtant c'est bien sa bouche humide qui s'écrase de plus en plus passionément sur la mienne. Je gémis de bonheur.
Je sens sa langue séparer mes lèvres et venir titiller mes dents. Heureusement que je suis assis, sinon je crois que mes jambes auraient lachées sous l'émotion. J'ouvre à mon tour la bouche et m'envole. Son piercing frotte mon palais et me procure des sensations grisantes. Nos nez se cognent tendrement. Nos corps se cherchent toujours plus. Ils ont besoin de se sentir l'un contre l'autre.
J'oublie tout. Il n'y a plus rien autour de nous. Juste ce banc, et le vent sont témoins du plus bel instant de ma jeune vie.
Et puis lui... Nos langues tournent maintenant dans sa bouche et je crois devenir fou. Il me rend fou. Toujours plus dépendant de lui à présent. Il embrasse de manière si indécente... Sa main gauche frottant ma joue tanis que son bras droit passe derrière ma nuque et que ses doigts griffent ma casquette.
Nous ne nous séparons pas. Même pas pour respirer. Je n'ai plus besoin d'air. Je respire à travers sa bouche ouverte liée à la mienne. C'est sensuel. C'est passioné. C'est doux. C'est magique...
« Coupé ! »
C'est Georg qui finit par nous séparer. Il a crié avec le peu de voix qu'il a réussi à rassembler en quelques minutes. Nous ouvrons les yeux et je rencontre ses deux perles brunes brûlantes. Un immense sourire se dessine sur mes lèvres. Sourire qu'il vient embrasser à nouveau. Je ne vivrai que pour ça. Que pour sentir sa bouche sur la mienne. Toujours.
« Coupé ! »
Nous pouffons de rire dans le baiser et il finit par se relever de mes genoux pour se tourner vers Georg et l'équipe.
« Bah quoi ? Elle était pas bien notre version ? »
Georg le regarde, incrédule. Puis à sa droite un jeune homme applaudit, puis celui à sa droite, puis une jeune fille avec un café à ses pieds... C'est bientôt toute l'équipe qui nous applaudit à tout rompre. Bill revient vers moi, un sourire victorieux et... amoureux aux lèvres.
« Elle était pas bien ma version Tomi ? »
Je me lève et m'empare encore une fois de ses lèvres. J'en suis drogué. Je ne peux déjà plus m'en passer. J'entends les applaudissement redoublés d'intensité. Je suis heureux.
« Si. Très. »
Je suis amoureux.