Même si je doute que qui que ce soit repasse jamais ici et lise mes écrits, je les poste tous quand même.

Enjoy.

# Posté le samedi 27 juin 2009 18:22

Sam's OS <3

Hambourg, Décembre 2007

Pov Bill.

Salut. Moi c'est Bill. Mon nom d'famille ? C'est celui qui est plaqué sur le grand symbole du plus gros journal de cette ville. Vous l'connaissez pas ? Tant pis pour vous.
Donc moi c'est Bill. 18 ans et Dieu seul sait à quel point je remercie cette putain de majorité. Androgyne, brun, mince, magnifique... Dans la vie, je fais rien... J'passe mon temps à glander sur mon ordi ou à sortir jusqu'à pas d'heure avec ma bande de potes. Pas d'copain, pas d'copine. Ouai j'suis Bi et fier de l'être. Fier de briser tous ces pauvres coeurs qui croient avoir le mien. Si j'ai un coeur. Seul'ment j'le montre pas... ou pas autant que certains voudraient c'est tout. J'suis pas un monstre hein. Comme j'le disais, mon père possède la plus grosse boîte de journalisme d'Hambourg alors la vie c'est pas c'qu'il y a de plus difficile. Voilà. Bon j'vous laisse j'ai rendez-vous. Et oui encore un écervelé que voulez-vous... on n'me résiste pas. C'est parti.

*Ellipse*

Fiou quelle soirée ! J'ai encore du mal à m'en r'mettre. Toujours pas d'copains mais putain c'qu'il suçait bien lui... Alex c'est ça ? Fiou. Je claque la porte et me dirige vers la cuisine où mon père et sa pute du jour mangent. Oh tien ce soir elle est rousse ! D'habitude c'est une blonde sortie tout droit de je sais pas quel magazine, ça change ! Bon allez on va dire bonjour histoire de...

- Salut ! Ca va ? Vous vous appelez ... ?

- Euh... Bonsoir... je m'appelle Sam... et toi

- Bill. Bon c'est pas tout ça mais j'vais monter moi amusez-vous bien.

-Bill attends !


Oh papa !

- Tu étais où aujourd'hui ? Avec qui ?

- Ca t'avancera pas à grand chose d'le savoir. J'y vais. A d'main.

- Non tu restes là Bill. J'en ai plus que marre de te voir ici ou dehors toute la journée à faire je sais pas quoi. T'as 18 ans il s'rait temps que tu grandisses un peu. Tu n'me laisses pas le choix.


Ohlala...

- Dès demain, tu viens travailler au journal.

O________O

- Quoi ? Nan mais t'es malade ! J'suis majeur tu peux pas m'y forcer !

- Alors fais tes valises et coupe tes cartes de crédit. Je suis fatigué Bill...


Il est malade ou quoi ?

- J'monte bonne soirée. Fermez la porte merci !

Je pars en courant vers ma chambre et m'effondre sur mon lit. Les larmes me montent aux yeux. Des larmes de rage. Non mais pour qui il se prend ? J'le vois 2 fois par semaine, j'me débrouille tout le temps tout seul, j'le fais pas chier... et il vient trouver le moyen de m'faire des reproches. C'est l'monde à l'envers. Bosser au journal ? C'est ça, cause toujours tu m'intéresses P'pa. Qu'est-ce que j'vais y foutre dans sa boîte moi ? Pff. Mes cartes de crédit ? Hein ? Non... il oserait pas me mettre à la rue quand même...
Et ça vient se prendre pour un père ? Un mec qui baise tout ce qui bouge, qui a laissé son gosse s'éduquer lui-même, qui est toujours absent... mais bien sûr ! Laissez-moi rire... ou pleurer plutôt.
J'en ai marre. Marre d'être seul.
Putain. Je suis Bill Kaulitz, ouai voilà mon nom, le mec le plus désiré de sa génération, et modeste en plus, et j'suis là à m'morfondre pour un con qui a décidé de pourrir ma vie ? Nan mais là ça va plus du tout.
Tu veux qu'je bosses P'pa ? Dans tes rêves ouai...

*Ellipse*

J'ai dit que je bosserai jamais ici ? Oubliez et priez pour que je sois encore en vie à la fin de cette journée de merde. Non j'y mettrai pas d'la bonne volonté ! Ouai j'sais j'fais chier. C'est c'que répète mon père à chaque fois qu'il me voit mais après tout... c'est vrai.
Alors je bosse ouai... mais je bosse où ? Il me colle avec les gratte-papiers je me tire une balle.

- Bill suis-moi.

J'suis pas ton chien.

- Où on va ?

- Tu verras. Allez viens.


J'me résigne à le suivre et il m'emmène dans un secteur du journal que j'avais encore jamais visité. Oui parce que quand j'étais petit avec ma mère on v'nait le voir à son travail. Mais ça c'était avant... avant qu'ils ne divorcent et foutent en l'air nos vies. Celle d'un môme de 6 ans sans repère. Bref.
Un long couloir qui débouche sur une grande pièce, plus grande que ma chambre. Tout est blanc au fond et j'entends une voix diriger tous ceux qui se trouvent dans la pièce. On s'approche et je vois du matériel de photographe sur une table. Attendez. Mon père a décidé de me mettre à la photo ? Non mais il est pas bien ou quoi ? J'y connais rien moi ! J'vais péter un cable...
Tous ces flashes qui me font mal à la tête et cette voix qui crie toutes les deux minutes "oui voilà ! Comme ça..."
Okay.

- Tom ? Je peux t'interrompre quelques minutes ?

C'est qui encore c'lui-là ? Ah okay c'est le mec qui gueulait et qui prenait les photos. J'mets une main sur ma hanche droite et le fixe.On va voir c'qu'on va voir mon coco.
Il s'avance un sourire confiant sur les lèvres. Mouai. Ca va... pas trop mal. Baggy, T-Shirt, casquette... Si on s'arrête au style, il est à chier... mais quand on le détaille de près... c'est autre chose.

- Tom je te présente mon fils Bill. Pour certaines raisons je voudrais lui faire suivre un stage avec toi d'une durée indéfinie. Occupe toi bien de lui. Bonne journée.

Okay.

- Connard, je murmure entre mes dents.

- Salut... moi c'est Tom donc. J'suis photographe ici depuis...

- J'men fou. Mon père m'a am'né ici de force mais il me forcera pas à te respecter ou à bien "bosser".

- Ici c'est moi qui décide. Tu fais c'que j'te dis d'f'aire quand j'te dis d'le faire sans discuter okay ? Prends un appareil sur la table et rejoins-moi devant le fond blanc en face. Ca va ? C'est pas trop dur ?


Nan mais pour qui il se prend lui aussi ? Personne m'a jamais tenu tête. C'est pas parce qu'il est sexy comme pas permis que ça lui donne tous les droits. Il fait chier. Vraiment. Mais j'ai pas envie d'me retrouver à la rue alors...

- Me voilà. J'fais quoi ?

- Allume la chaine hifi derrière-toi et viens te mettre à ma droite.


J'suis ton chien en plus ? Il va voir celui-là... Bon la chanson ça passe encore. J'pensais qu'il écoutait du rap à trois balles mais non. J'm'approche de lui et vient le frôler pour lui signaler ma présence. Il se retourne et me sourit.

- Merci.

- De rien. Bon alors on fait quoi ?

- Aujourd'hui j'dois photographier des mannequins pour la rubrique mode du journal.

- Mannequins ? Quelle tenue ?

- Sous-vêtements.


J'en étais sûre. Mon père m'a envoyé ici matter des putes parce que ça fait tâche de dire que son fils se fait aussi des mecs.

- J'vais passer ma journée à t'regarder bander sur des pétasses ? Franchement ça m'intéresse pas. Pas du tout. Alors tu diras à mon père qu'il peut me virer d'chez moi...

Il me retient par le bras alors que je fais marche arrière. Un courant électrique me parcourt. Sal'té d'électricité statique...

- Tu restes ici. J'suis pas une balance. J'suis gay. Allez tout le monde en place. Une par une sur le trampoline c'est parti.


Là il m'a scotché. Il est gay ? Fiou ce mec est vraiment bizarre. Mais alors vraiment quoi ! Les autres s'écrasent tous, pas lui... et ça m'plaît. Ca m'intrigue, j'aime ce qu'il dégage. Ca m'attire. J'approche douc'ment et dit :

- J'ai jamais fait d'photos d'ma vie alors j'te préviens ça va être dur...

- Que t'en ais déjà pris ou pas on s'en fou. Le principal c'est que tu prennes la photo, l'image au moment où TU le veux. Pas quand la pose est sexy, pas quand "ça rend bien"... quand tu veux appuyer tu appuies.


O_O Putain il est... bizarre. Oui j'me répète mais... y en a pas deux comme lui c'est sûr. Il m'plaît bien final'ment. Je décide de jouer l'jeu. J'suis pas si asocial que ça quand même ! Et puisça peut être sympa...
La séance commence... J'suis tout timide au début, j'reste bien à ma place et fais quelques photos comme ça. Lui se déplace un peu partout autour du mann'quin, lui sourit, me sourit.

- Allez détends-toi. Fais comme si c'était un jeu...

Je souris en retour et décide de m'bouger un peu. Faudrait pas qu'il me prenne pour un coincé nan mais oh ! Je tourne autour de la fille, m'accroupis, appuie, me laisse porter par l'ambiance et la musique...
Je sens un coup dans mon dos.

- Voilà comme ça, c'est bien ! Fais c'que tu veux avec l'appareil c'est toi l'maître.

J'le pousse gentiment en riant. Ouai le maître c'est moi c'est compris petite boîte ? Alors tu vas m'faires de jolies photos pour que papounet me foute la paix :D.
Le temps passe à une vitesse folle, je passe l'après-midi dans un tourbillon de flashes, de rire, de musique... je m'éclate. Pour la première fois depuis un bail, j m'éclate vraiment.
Et merde j'étais censé détester ça. Mais c'est sa faute aussi... Il est pas comme les autres j'y peux rien.
J'sais pas si j'suis doué pour la photo, en tout cas c'était super. Je regarde ma montre. Miel !! Il est 18h30 passée et mon père m'attendait pour 18h... J'espère qu'il est pas rentré sans moi... Il aurait pas fait ça quand même ?

- Allez c'est fini pour aujourd'hui ! Vous avez été géniales bravo ! A bientôt...

Il se tourne vers moi, me sourit et me tend la main.

- Content que cette séance t'aies plu. A demain.

Je la lui serre et souris avant d'aller chercher mon sac et de me diriger vers le parking où doit m'attendre mon père. J'arrive. Il n'y a plus que deux ou trois véhicules... mais pas la voiture de mon père. Okay. Et j'rentre comment moi ? J'suis à 50 min à pied et on est en plein hiver j'vous rappelle ! Putain. Merci P'pa. Bon j'ai pas l'choix après tout...
Je me mets en marche, putain il va m'le payer. Je mets mes écouteurs et la musique démarre à fond. J'adore la voix de cette fille wow. J'oublie les gens autour et avance doucement. Ca fait du bien de s'évader un peu. J'repense à cette après-midi. Vraiment la meilleure depuis longtemps. Et moi qui voulait pas être sympa avec lui... J'espère qu'il se fera pas trop d'idées... Il est gay rapp'lez-vous ! Ouai... mais moi aussi.
Je suis tell'ment plongé dans mes pensées confuses que j'entends pas les coups de klaxon qu'on me lance, la musique n'aide pas non plus. Je sens alors une main sur mon épaule et je fais un bond de 3m en arrière :

- Ahhhhhhhh ! Mais ça va pas ou quoi ? Qu'est-ce qui vous prend de... Tom ?

Je le vois éclater de rire derrière son rétroviseur. Mais vas y fous-toi de moi j'te dirai rien.

- Désolé j'voulais pas t'faire peur, dit-il toujours souriant en sortant d'sa voiture. Tu rentres tout seul ?

- Ouai... mon père devait m'attendre mais j'suppose qu'il a eu aut' chose de plus important à faire... comme d'hab quoi ! J'vais rentrer à pieds.

- C'est loin d'chez toi ?

- 50 min...


- J'te dépose si tu veux ! J'vais pas laisser un pauv' mec comme toi à la rue.


Attendez, il a dit ça sérieus'ment ? D'où il me parle comme ça lui ? Pour qui il se prend ?

- Mais ça va pas ? Tu t'es pris pour qui pour...

- Hey stop ! J'plaisantais !


Il a dit ça avec un demi-sourire qui annonce un fou rire. Trois secondes plus tard il éclate de rire.

- Tu t'fous d'moi en plus ? J'y crois pas. Allez ciao !

Je recommence à marcher pour m'éloigner le plus vite possible de lui et de sa voiture bien chaude et confortable. J'ai froid putain. Bon, la prochaine fois j'penserai à emm'ner des gants et une écharpe pour prévoir un autre sale coup de mon paternel adoré. J'entends un bruit de moteur derrière moi. Me dîtes pas qu'c'est lui ! Et si ! Mais il est pas bien ou quoi ? J'l'insulte, j'le r'pousse, j'refuse son aide et lui il continue d'essayer d'se rapprocher d'moi... Il est fou ?

- Allez monte j't'ai dit ! Fait pas ton chieur, la prochaine fois j'm'en vais j'te préviens.

Bon je fais quoi ? J'ai froid mon dieu ! Et il a l'air sympa... j'sais pas. Y a un truc qui passe avec lui j'sais pas c'que c'est. Pas comme avec ma bande avec qui je fais qu'des conneries. Nan lui il me stabilise en quelques sortes, j'ai pas envie d'passer pour un con ou d'faire une connerie quand il est là... Non j'suis pas attiré par lui mais... y a un truc j'vous dit. C'est chimique, une alchimie ou un truc comme ça... Ouai ça fait que 4h qu'on s'connaît et alors ? C'est pas ma faute hein ! J'me sens bien c'est tout. Bon assez d'violons et d'questions là il attend une réponse et j'ai l'sentiment qu'il va s'en aller si j'me décide pas rapid'ment. Et puis c'est pas 15 min de voiture qui va m'faire dev'nir tout doux hein ! Allez c'est parti.

- J'peux monter d'vant ?

Il sourit.

- Nan t'sais j'vais t'laisser tout seul derrière et t'matter dans l'rétroviseur... Allez monte devant banane.

- Banane ? Tu t'es vu ?

- Ah et qu'est-ce que j'ai ?

- Non vaut mieux pas qu'je me lance dans des comparaisons animalières ça m'soule.

- T'es bizarre comme mec toi.


C'est en général c'que m'disent les gens avant d'aller voir ailleurs.

- Ouai j'sais. Mais j'changerai pas. J'suis un chieur-né qu'y veux-tu...

- J'suis sûr que non. T'es mignon, sympa quand tu veux, doué dans c'que tu fais. Fin d'après c'que j'ai pu voir. J'pense surtout que t'aimes emmerder l'monde pour qu'il te r'marque.


O.O
Y a un souci là. Même mes "amis" s'intéressent pas à mon caractère et à c'que j'ressens.

- Pourquoi tu dis ça ? Tu m'connais pas, dis-je d'un ton sec.

Il hausse les épaules avant de répondre :

- Des potes qui sont comme toi j'en ai. Tous des cons qui veulent qu'on les r'marque, alors j'ai l'habitude. Ah tiens j'crois qu'on est arrivé.

J'avais même pas remarqué qu'on était dans la grande rue de notre résidence. Si j'm'attendais à tomber sur un mec comme lui au journal...

- J'dois rev'nir demain ?

- J'pense ouai. Demande à ton père. Ca m'f'rait plaisir de bosser avec toi en tout cas. A plus !

- Salut.


Il est vraiment pas comme les autres celui-là. Je pousse la porte de chez moi et vois mon père dans le salon, une blonde dans les bras. Putain j'en ai marre. Il peut pas s'intéresser à aut' chose qu'à ses pétasses de luxe ? Genre... à son gosse ? Non ? Okay. J'sors en claquant bien la porte et détale en courant le plus vite possible. J'sais pas où j'vais, ni quand j'reviendrai et j'm'en fou. J'tourne au coin d'la rue et arrive à un putain de feu rouge. Grouille-toi allez !

- Bill ? Ca va ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Oh non. Pitié tout sauf lui... Je me retourne lentement et vois Tom la fenêtre ouverte, le regard inquiet. Peut-être est-ce le fait de me voir en larmes, en T-Shirt au milieu de la route qui l'inquiète ? M'en fou. J'ai rien à lui dire.

- Tu t'en fous. Allez salut.

- Tais-toi. J'm'en fou pas. Allez monte.


Mais il fait chier ! Pourquoi il s'accroche comme ça ? Il peut pas faire comme les autres et me foutre la paix ? Il fait quoi là ? Pourquoi il sort de sa bagnole ?
Il me tire par le bras et me fait monter de force. Il est malade.

- Hey mais ça va pas ?

- Bon maintenant tu m'écoutes. J'essai de dev'nir ton pote mais tu m'rembarres. J'essai de t'aider mais tu m'envois chier. J'vais finir par me barrer et te laisser te débrouiller avec tes problèmes tu commences à m'courir pour de bon là
.

Il a cette capacité à me faire fermer ma bouche et à m'obliger de faire ce qu'il dit c'est pas possible. Comme cette aprem' au journal. Il arrive à me maîtriser j'sais pas pourquoi et ça m'fait peur. Mais pour une fois que quelqu'un veut m'aider... Qu'ai-je à perdre après tout ? Rien mais... oh et puis merde si j'faisais un pas vers les autres pour une fois ? J'en ai marre qu'on voit d'moi que cette image de gamin pourri gâté qui emmerde son père le monde à chaque fois qu'il peut... J'en ai marre qu'il voit ça de moi. Je monte sur le siège avant comme tout à l'heure et ferme les yeux. J'voudrais décompresser. Lâcher prise au moins une fois. Mais ce mec je le connais pas... Qui me dit qu'il ira rien balancer à mon père ?

- J'vais t'emm'ner à mon studio. C'est pas ton palace mais j'pense que t'y s'ras mieux pour la nuit, et comme ça tu pourras voir tes photos. T'es partant ?

J'ai de plus en plus envie d'abaisser toutes mes barrières et de le laisser voir qui je suis vraiment. Même si j'prends un risque, j'sens qu'avec lui ce sera pas inutile... Je souris.

- Let's go. Il est où ton studio ?

Il répond à mon sourire et me dit d'une voix joyeuse :

- Ahah tu verras. A la sortie d'la ville en fait. Au dernier étage, j'ai des supers photos avec la vue qu'il y a...

On parle comme ça jusque chez lui. On monte à son appartement et je visite rapidement. Je suis exténué mais...

- Wow... tu avais raison c'est magnifique.

Toutes les couleurs du soleil couchant se mélange au dessus d'une grande tour en face de sa terrasse. On dirait une carte postale. Description pourrie mais j'suis crevé. J'vous f'rait l'plan demain. Je le cherche et le vois arriver avec une couverture et un oreiller.

- J'vais déplier le canapé tu verras il est confortable. Bonne nuit et à d'main !

- Je... merci Tom. A d'main.


Il s'avance et pose ses lèvres sur mes joues. Putain d'électricité statique j'vous jure ! Il a les lèvres vach'ment douces. J'retrouve les sensations qui m'ont parcourues cette après-midi et en frissonne. C'est quoi c'qui passe entre nous ? J'sais pas mais... ça m'fait du bien. Je prends l'oreiller et la couverture et me glisse dessous sans me déshabiller. Toutes ces émotions m'ont épuisés...

*Le lendemain matin*

J'ouvre doucement les yeux et mets quelques instants à réaliser où je suis. Chez Tom. La soirée d'hier me revient en mémoire. J'ai vraiment envie de faire confiance à Tom. J'sais pas pourquoi...
J'l'entends arriver alors j'me lève. Il a une tête bizarre au réveil. Mais j'peux parler vu la mienne...

- Salut ! Bien dormi ?

- Salut ! Oui et toi ? Confortable le divan ?

- Oui merci. T'es sûr qu'je dérange pas ? Parce que j'peux aller chez un pote...

- Non j't'assure ! Comment tu trouves ta demeure d'infortune ? C'est sympa hein ?

- Ouai très. Et encore merci...


- C'est rien j'te dis. Allez zouh aujourd'hui on dév'loppe tes photos. Et on r'tourne au studio pour la mise en page du journal. D'accord ?

- Okay. J'peux aller m'doucher ? Si j'dér...

- Mais t'es sourd ? J't'ai dis que tu dérangeais pas ! Allez zouh à la douche.

Il me pousse en riant vers la salle de bains. Tss quel... rien.


*Ellipse*

Je sors de la douche... 1h plus tard. Et miel ! J'espère que j'lui ai pas pris toute l'eau chaude. Il est d'vant la télé et a l'air de profondément s'ennuyer.

- J'ai pas été trop long ?

- Ha enfin ! J'commençais à m'ennuyer... On va voir les photos alors ?


J'les avais oubliées celles-là. C'est d'elles que va dépendre la décision d'mon père. D'elle et de l'avis de Tom bien sûr même si je crois qu'à ce niveau là j'ai pas trop à m'en faire...
Il se lève et me fait signe de le suivre. On arrive dans une petite pièce plongée dans le rouge avec plein de photos accrochées sur des fils. J'suis pas con à c'point là encore j'sais c'que c'est qu'une chambre noire quand même ! Je rentre et ferme la porte. Il prend une pince et saisit une photo. Un mann'quin d'hier.

- Tu vois, ça c'est une photo à toi. J'm'en suis occupé hier soir quand tu dormais.

J'y connais rien en photo moi...

- Et ?

- Pour un débutant t'as un bon instinct, tu t'débrouilles pas trop mal. C'est bien.


Il en montre une autre.

- Tu vois. Celle-là est excellente.

J'étouffe un rire.

- C'est pas moi qui l'ai pris.

- Qui te dit que t'aurais pas pu faire pareil ?


Je sens un souffle dans mon oreille et une main caressant mon haine se poser sur ma hanche. Je me retourne et me retrouve à quelques millimètres de ses lèvres. Et toujours cette électricité. Le moindre contact avec lui me rend tout bizarre... Et on est si proches...Je ferme les yeux. Je sais pas si j'en ai envie. Je sais pas s'il en a envie. Je sais pas c'qui s'passe exactement. La seule chose dont j'ai conscience c'est de la douceur avec laquelle sa bouche embrasse la mienne pour la première fois... Un frisson, une caresse et on se sépare. Je rouvre les yeux, gêné. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi on...
Il me sourit.

- Allez on doit aller au journal. J'vais m'préparer fais comme chez toi en attendant.

Et il me laisse seul. Il est inutile de vous préciser qu'je suis totalement perdu là ? Merci. J'y comprends rien. J'voulais l'embrasser ou pas ? Et lui ? J'suis perdu. Le pire c'est qu'ça m'ressemble pas. Je jette tout le monde mais lui... Lui c'est l'premier à m'faire ça...
Je vais faire comme si de rien n'était et on verra comment il réagit. Les questions sur l'avenir... pour plus tard. Il doit m'attendre d'pui le temps qu'je suis là à cogiter pour rien. Allez Bill Kaulitz. Respire. Redeviens comme tu étais avant et tout ira bien... ou pas.

- Bill tu viens ?

Qu'est-ce que j'disais ? Allez c'est parti.

*Ellipse*


J'arrive pas à croire à quel point j'ai pu me gourrer sur ce coup là. J'ai été tell'ment bête de m'prendre la tête comme ça. Moi qui pensait qu'il aurait voulu avoir plus, ou recommencer. Mais rien... On en a pas r'parlé une fois. Rien du tout.
Alors on est d'venu amis. Oui vous avez bien compris : Bill Kaulitz a un ami. Et a un ami merveilleux. On sort tous les soirs en boîte, j'lui ai présenté ma bande de potes... Tout va super bien, j'm'entends même un peu mieux avec mon père c'est vous dire !
Enfin... super bien... S'il y avait pas cette bon sang d'attirance entre lui et moi ce sera parfait. Chaque contact me fait frissonner, un rien me fait perdre la tête...
Bill Kaulitz amoureux ? Figurez-vous que j'me suis posé la question ! C'était nouveau pour moi... Puis comme j'ai vu aucune réaction de sa part j'ai arrêté d'me poser des questions... C'était jusqu'à la soirée d'hier. On avait décidé d'aller dans le nouveau bar à côté d'chez moi. Soirée normale, fun, arrosée sauf pour Tom qui conduisait. Je me dirigeais vers les toilettes quand je l'ai croisé... Et là j'ai pas compris ce qui est arrivé. Il m'a regardé, poussé contr le mur doucement... et a collé ses lèvres aux miennes. Comme la première fois, avec autant de délicatesse et... d'amour ? Il s'est détaché et est retourné avec les autres me laissant à nouveau dans le flou total. Encore plus désorienté qu'avant. J'étais à moitié soul et lui complètement sobre. Pourquoi a-t-il fait ça alors ? Putain là il me doit des explications.
Mais avant éclaircissons certains point :
J'le veux ? Oui.
J'le veux plus d'une nuit ? Oui.
J'me vois dans l'av'nir avec lui ? Oui.
Je l'aime ? ...
Okay j'ai un peu avancé :)
Et si... j'allais chez lui ? C'est pas long en bus... Une fois là-bas je ferai quoi ? Et s'il était pas là ? Si j'le dérangeais ? ( Si ma tant avait des roulettes ce s'rait un autobus... xDD tu m'manques veilles bien sur nous. On t'oubliera jamais. )
Et si j'arrêtais d'me poser des questions ? Ouai ça vaut mieux.
J'sors de chez moi direction l'arrêt d'bus. C'est pas long et j'y suis en 15 min. J'aperçois la lumière à la f'nêtre de son studio.
Mes mains se mettent à trembler. Faut qu'j'arrive à me contrôler mais j'ai super peur de c'qui pourrait se passer... ou non. Je fixe la fenêtre pendant un bon moment et soudain je sens mon portable (j'ai réussi à pas mettre natel xDD ) vibrer dans ma poche arrière. C'est Tom. Je décroche ? Allez.

- Allo ? (...)

- Monte.


Il a dit ça d'une voix... sensuelle qui m'donne la chair de poule. Wouah. Attendez "monte" ? Il me voit ? Je lève vite les yeux et le surprends à m'observer depuis chez lui. Son regard a quelque chose de différent... Je monte ? J'suis venu jusqu'ici, c'est pas pour faire demi-tour maintenant. Et puis j'ai tellement envie de savoir ce qu'il y a vraiment entre nous...
J'atteinds rapidement le seuil de sa porte et hésite avant de frapper. Si je rentre qu'est-ce que cela va entraîner ? S'il se passe quelque chose qu'arrivera-t-il ensuite ? Va-t-il se passer quelque chose. Je suis tellement plongé dans mes pensées que je n'entends pas la porte s'ouvrir.

- Je t'attendais.

Je sursaute et mon regard croise le sien. Une nouvelle fois je m'y perds. Je fais abstraction de tout ce qui se trouve autour de nous. Il prend mon bras et m'attire près de lui. Bien trop près de lui. C'est comme la dernière fois, je suis plus maître de mes gestes. Il a une telle emprise sur moi dans ces moments là... Je fixe ses lèvres avec un trop plein d'envie. Putain embrasse-moi ! Fais quelque chose mais me laisse pas comme ça... J'en ai envie. Tell'ment envie...

- T'en as envie ? T'es sûr ?

- Hum hum


Je murmure avant de me jeter sur ses lèvres et de m'accrocher à son cou. Il m'emprisonne dans ses bras et me plaque contre la porte qu'il vient de claquer. Ca s'intensifie, on se cogne un peu partout avant de trouver sa chambre. J'le veux. J'le veux cette nuit. Sans penser aux conséquences et je sais que c'est réciproque. Je retire son T-Shirt et gémis lorsqu'il m'arrache le mien. Je ferme bruyement la porte. C'est parti.

*Ellipse*


Quelle nuit ! Wahou. J'avais encore jamais connu ça. Je sais pas si c'était dû à notre désir plus qu'ardent ou à ces sentiments confus entre nous mais... wahou quoi... j'ai jamais autant aimé me trouver dans les draps d'un mec. Tout ce plaisir...
Je suis allongé contre lui qui dort toujours et pour une fois, aucune question ne me vient à l'esprit. J'laisserai faire le temps on verra bien...
Je lui chatouille le torse et le sens qui commence à se réveiller. Il ouvre ses jolis yeux et me sourit.

- Bien dormi ?

- Très bien.


Je me redresse et l'embrasse.

- Il est quelle heure ?

- Hum... 12h je crois. Pourquoi ?

- Quoi ? Bill faut qu'on se grouille là !! On devait voir ton père c'matin à 10h.

- Et miel j'avais oublié ! Et il déteste qu'on soit en retard... et miel et miel et miel...


On se lève, s'habille en quatrième vitesse. On saute dans sa voiture et on fonce jusqu'au journal. Tom prend ma main et on court jusqu'au bureau de papa.
Je lâche la main de Tom et entre.

- Papa on est pas trop en retard ?

Bien sûr que si mais on va faire comme...

- Si. Mais entrez.

On s'avance et s'assoit sur les deux fauteuils face à lui.

- Tu ... voulais nous voir pour quoi ?

Il lève le nez de ses papiers avant de répondre.

- Je veux savoir si tu n'es plus le bon à rien que tu étais il y a quelques semaines, si tu as arrêté de compromettre ta vie à faires des absurdités toutes la journées. Si je t'ai obligé à faire ce stage c'était pour essayer de te rendre digne de moi et j'aimerais savoir si ça a marché. Et j'ai une nouvelle pour Tom aussi...

Je le hais. A cet instant je n'ai qu'une envie. Celle de lui sauter à la gorge et de l'étrangler. Le Bill d'avant refait surface :
...
- Non mais t'es qui pour me parler comme ça ?

Mon ton est agressif, je siffle ma haine à chaque son.

- Ton père il me semble. Et il me semble aussi que rien n'a évolué. J'y ai cru un moment mais...

- Excusez-moi Monsieur mais... j'ai travaillé avec Bill ces dernières semaines et il ne m'a pas paru irresponsable ou irrespectueux. Il a fait tout ce que je lui demandais et il l'a très bien fait. Votre fils est quelqu'un de volontaire et de bien Monsieur.

- Je suis persuadé de ta bonne foi Tom mais...

- Vous voulez voir son travail ? Parce que si vous l'avez mis dans mon secteur c'est aussi pour qu'il essaie de s'intéresser à la photo non ? Bien c'est fait...


- Je ne crois pas que mon fils soit capable de s'intéresser à quoi que ce soit Tom mais c'est très gentil à toi d'essayer de le défendre.

- Non mais tu vas arrêter là ? Qui t'es pour parler d'moi comme ça ? Tu m'connais ? A part mon prénom et ma date de naissance tu sais un truc sur moi ? Mes centres d'intérêts, le nom d'mes potes ? Tu t'es déjà intéressé à ma vie, à c'que j'ressens ? Tu t'es jamais d'mandé pourquoi j'étais comme ça ? Pourquoi tu m'traites comme ça ? Pourquoi tu fais comme si j'existais pas ? J'en ai marre de toi, marre, marre, MARRE !!


Je m'effondre sur mon fauteuil duquel j'm'étais levé brusquement. Je le supporte plus... Dès qu'je rentre, j'fais ma valise et j'me casse de chez moi. J'en peux plus.

- Et sinon... Tom j'ai reçu une lettre pour toi... C'est un journal américain qui a beaucoup aimé les photos que tu avais fais pour la couverture du gala l'an passé. Ils veulent que tu ailles bosser chez eux.

- Ah... je... je vais voir... merci.

- Bill j'peux te parler deux minutes ?


- Va t'faire foutre. J'veux plus jamais te voir de ma vie. Oublie-moi tu y arriveras très bien j'me fais pas trop d'soucis. Adieu.

Je cours sans savoir si Tom me suit. J'veux juste plus jamais le voir de ma vie. Après tous les efforts que j'ai fait... j'ai réussi à changé et à dev'nir un peu moins chiant non ? Et il trouve encore le moyen de m'dire tout ça ? Qu'il aille se faire mettre. J'continue de courir et m'arrête quelque part à la sortie d'la ville. J'veux juste qu'il s'intéresse un peu à moi c'est normal non ? J'suis son fils...

*Ellipse*

Je frappe à la porte de chez Tom. On s'est pas revu depuis cette histoire avec mon père. On a pas reparlé de... nous ? J'apréhende cette discussion... et sa décision pour l'Amérique là... C'est pas rien j'imagine pour lui. On verra bien...

- Entre c'est ouvert.

Je m'exécute et viens me serrer contre lui. Il me console doucement et me dit :

- J'étais à deux doigts de dire ses quatre vérités à ton père moi aussi... t'as bien fait j'trouve.

Il caresse mes cheveux et je lui demande :

- Il était sérieux mon père ? Pour le journal américain ? Tu...

- Oui. Il m'a montré les contrats et tout.


Non... lui aussi il va me laisser ? J'veux pas... C'est la première fois que quelqu'un est comme ça avec moi et il doit s'en aller ? Pourquoi la vie s'acharne sur moi comme ça ? Je veux qu'il s'en aille...

- Et... et tu vas accepter ?

- Ca dépendra.

- De quoi ?

- De toi.

- De moi ?


- Hum hum...

Mon coeur me hurle de lui dire "je t'aime", mais ces mots restent enfouis au fond de ma gorge. Pourquoi j'arrive pas à lui dire ? Pourquoi ça m'est tombé dessus ? Pourquoi j'ai changé comme ça ? A cause de lui... Et maintenant il suffirait de deux mots pour le garder auprès de moi. Alors pourquoi ça sort pas ?

- Si tu pars... ce serait quand...

- Samedi.

- Dans 2 jours ?

- Oui. Ils veulent que je sois là-bas le plus vite possible. Si j'accepte j'y vais tout de suite.

- Ah...


Je me détache de ses bras et essuie mes larmes.

- T'as envie de dire oui ?

- Honnêtement oui, mais comme je t'ai dis ça dépendra de toi.

- C'est à dire ?

- De ce que tu auras décider par rapport à nous. Si je reste ce sera pour toi.


Je peux pas ouvrir ma gueule pour une fois et lui dire ce que je pense ? Je me hais.

*Ellipse*

On est samedi... Il a décidé de partir finalement. Et moi qui n'y arrive toujours pas. Putain de mots. Vous pouvez pas sortir tout seul ? J'sais pas... c'est bloqué. J'ai jamais été amoureux, j'ai jamais dit "je t'aime", j'ai jamais éprouvé ça pour quelqu'un... j'suis perdu je sais pas quoi faire. J'ai peur aussi. J'me reconnais pas. J'étais pas comme ça avant...lui. Son avion décolle dans 1h et je suis là comme un con à m'poser encore trop de questions. Je ... je l'aime oui mais...
Mais pas de mais bordel ! Le Bill d'avant aurait courru comme un dingue pour avoir ce qu'il veut. C'est à dire lui. Il aurait tout tenter pour l'avoir. Alors pourquoi j'le fais pas ? J'suis assis comme un boulet à m'demander quoi faire alors que je le sais très bien...
Je me lève et enfile des baskets rapidement. L'aéroport est à 30 min d'ici en voiture. A pieds... si j'arrive à temps ce s'rait un miracle.
Je cours le plus vite que je peux, use tout mon souffle et finit au bord de l'épuisement. J'arrive à moitié mort 55 min plus tard. Je cherche la porte d'embarquement et essaie d'apercevoir Tom. Pitié faites qu'il soit encore là. J'vous en prie... Laissez-moi l'aimer. Laissez-moi essayer de vivre un truc de vrai pour une fois dans ma vie. Je finis par trouver la porte d'embarquement...
Plus personne n'est là. L'écran indique que l'avion a décollé. Je tombe à genoux, anéanti par tout ça. L'avion est parti... il l'a emm'né loin de moi. Il m'a enlevé la seule personne avec qui j'avais construit quelque chose... Pourquoi j'ai rien fait pour le retenir ? Pourquoi j'ai pas réussi ? Pourquoi il a pas essayé de m'comprendre et de rester ? Je me hais. Je me hais de pas avoir réussi à changer au point d'arriver à le garder à mes côtés. Une hôtesse s'approche de moi et pose sa main sur mon épaule. Si elle essai de me consoler elle a du boulot. Je... je... j'ai mal. Je suis qu'un pauvre con. Pauvre con qui rejette celui qu'il aime... Et maintenant il est trop tard... Qui sait quand je le reverrai ? Est-ce que je le r'verrai ? Est-ce qu'il va m'oublier ?
Mais putain. Pourquoi il a pas su m'attendre ? Pourquoi il s'est barré en m'laissant seul ? Pourquoi il a pas essayé ? Ca en fait des questions...
J'm'en veux. Je lui en veux. C'est facile de dire ça mais c'est vrai. Je nous hais de pas avoir su nous aimer plus tôt. Je repousse gentiment l'hotesse et me relève le regard baigné de larmes mais décidé. Ca me prendra du temps mais j'oublierai. J'en suis sur. C'est fini. Et c'est sa faute...


*Ellipse de 2 ans*


Je sors du journal. On est de nouveau en décembre. J'adore ce mois, il est chargé de souvenirs... Vous vous souv'nez de moi ? Bill. Dont le nom d'famille est placardé partout sur les murs de la ville oui exactement. Je vois que vous avez une bonne mémoire c'est bien. J'ai pas mal changé depuis la dernière fois aussi. J'ai recommencé à faires des conneries, à boire, à sortir... puis un jour j'ai décidé d'me calmer un peu. A 20 ans on a pas vraiment envie de passer sa vie à rien faire. Alors j'ai changé. D'attitude envers mon père aussi. J'ai été le trouver un jour et on a parlé pendant des heures... Pour en arriver à une réconciliation assez émouvante dira-t-on. J'vis plus chez lui. J'ai...
Deux lèvres qui se posent sur les miennes me coupent dans mes pensées désolé.

- Salut mon coeur.

- Salut. Ca va ?


Lui c'est Sam. L'homme de ma vie. Magnifique. Des yeux magnifiques, une bouche magnifique et qui embrasse divinement bien, un coeur énorme... il est parfait. Sauf sa façon de parler U.U Il a un accent français qui me fait soupirer à chaque fois.

- On devait pas s'voir à midi ?

- Désolé je... j'ai pas pu...


- Encore les réunions ? Tu bosses trop Bill... tu d'vrais faire ce dont t'as envie. Que ton père soit d'accord ou pas on s'en fou. Du moment qu'tu fais ce que tu veux. Quand tu veux quitter une réunion tu la quittes. Quand on veut on peut..

Cette phrase philosophique me projette brutalement 2 ans en arrière...
" Que t'en ais déjà pris ou pas on s'en fou. Le principal c'est que tu prennes la photo, l'image au moment où TU le veux. Pas quand la pose est sexy, pas quand "ça rend bien"... quand tu veux appuyer tu appuies."
Ce dialogue m'envahit l'esprit et refuse de diminuer l'intensité avec laquelle il me martèle. Tom... Ne croyez pas que je l'ai oublié. Oh non. Loin de là. J'ai juste appris à faire la part des choses. J'ai pris du recul et ai réalisé qu'on était aussi fautif l'un que l'autre. Il est loin depuis longtemps. Je n'ai plus de regrets. Je crois. C'est grâce à lui que je suis devenu ce Bill que je suis aujourd'hui. Un Bill plus posé, moins agressif, plus confiant, qui n'a plus peur d'aimer... J'aurais voulu l'aimer. Lui. J'y ai cru pendant une nuit. Tout n'est plus aussi confus qu'avant mais je ne sais toujours pas pourquoi il a provoqué ce boul'versement en moi, aussi rapidement... Je...

- Bill ? Bill ? Tu m'écoutes ? Tu pensais à quoi ?

A Tom... Je n'peux pas nier avoir eu des sentiments pour lui. Et je crois que j'ne peux pas nier en avoir encore aujourd'hui une trace de ces sentiments. Ca a été si fort, si vite, si intense que...

- Bill !!

- Hein ? Oh pardon je...

- Pensais je me doute bien. On rentre chez nous ? Ou tu veux aller quelque part avant ?


Oui parce qu'on habite ensemble... Avant jamais je n'me serai attaché comme ça...Avant lui. Je hoche la tête, troublé.

- Non non allons-y.

Qu'est-ce qui m'arrive de repenser à lui maintenant ? J'ai réussi à l'oublier. Ca a été douloureux et long mais Sam a réussi à cicatriser la blessure que Tom avait ouverte et voilà qu'il revient me hanter. Pourquoi ? Pourquoi je pense à lui alors que je suis avec quelqu'un de fantastique ? Quelqu'un que j'aime...
Est-ce que j'aime Sam comme j'ai aimé Tom ? Non... Aucun mot ne peut décrire ce que j'ai ressenti pour lui... Moi-même je n'le sais pas réellement...
Tout ça pour une simple phrase.
Sam prend ma main et m'entraîne dans les rues enneigées pour arriver jusqu'à notre appartement. Aucun souci financier. La belle vie.
J'ouvre la porte, retire mon écharpe et vais écouter les messages.
3 aujourd'hui.
Un d'un pote qui veut qu'on se fasse une virée ce week end.
Le deuxième de mon père qui me demande de le rappeler.
Et le troisième... rien. Un silence dans lequel j'entends une faible respiration familière, mais je n'sais plus d'où je la connais... Juste un silence qui me trouble profondément sans aucune raison apparente pourtant.
Je secoue la tête quand la voix de la boîte vocale se remet à parler. Etrange...
Bon, il faut que j'appelle mon père.

- Allo papa ?

- Bonjour mon fils. Ca va ?

- Très bien et toi ? Tu m'as demandé de te rapp'ler pour quoi ?

- Oui. J'organise une soirée au journal samedi soir. J'ai une grande surprise pour tout le monde et je pense qu'elle te fera plaisir à toi aussi. Je peux compter sur toi ?

- Euh... oui bien sûr ! Une surprise ? Quel genre de surprise ?

- Tu verras bien...


J'aime pas ça. Mais bon. On va s'amuser... Faut juste que j'en parle à Sam.

- Mon ange ?

- Oui ?

- Mon père fait une soirée sam'di soir et on est invité !

- Okayyy !!


*Ellipse*

Miel on est à la bourre ! C'est la faute de Sam aussi... Pff s'il avait pas insisté pour qu'on prenne not' douche ensembles... non mais j'vous jure que c'est sa faute.
Une heure plus tard, on est fin prêt. Enfin... Je suis prêt ^^. Allez c'est parti. On prend la voiture et on arrive vite au journal. Le parking est bondé. Qu'est-ce qu'à bien pu organiser mon père ? Et surtout pourquoi ? On pénètre dans le hall et on pose nos manteaux dans le bureau de mon père. Bah quoi il dira rien à son fiston adoré ! On revient dans la grande salle et j'aperçois mon père avec une femme. Je la connais elle travaille au journal. Ah une autre précision : mon père a décidé de diminuer la fréquence de ses aventures si vous voyez c'que j'veux dire... C'est un de nos accords : je passe plus de temps avec lui si je n'le retrouve pas tous les soirs où je viens avec une femme.

- Papa !

- Ah vous êtes là ! Vous en avez mis du temps !

- Papa...


- Mais je ne sous-entends rien !

Mouai... mais passons.

- C'est quoi ta surprise au fait ?

- Ah ça... tu verras bien...


Je cherche pas à en savoir plus. Ca servirait à rien de toute façon. On verra bien...
Une heure plus tard, les conversations se font silencieuses, mon père s'avance au milieu de la foule. Foule composée de tous les employés à bien y regarder... Mais qu'est-ce qui se passe ?

- Chers amis, je vous ai demandé de me rejoindre ici pour vous annoncer une nouvelle assez important qui vous réjouira tous j'en suis certain. Peut-être vous souvenez-vous d'un de nos jeunes employés qui nous a quitté pour tenter sa chance en Amérique. Un jeune photographe plein de talent et de qualités. Après 2 ans il a décidé de revenir travailler parmi nous... Chers amis, je suis sûr que vous n'avez pas oublié...

Tom... Si je m'attendais à ça... Mes yeux s'écarquille et mon cerveau bloque sur l'ombre qui se dessine derrière mon père. Il... il est là... C'est... c'est lui... Je... j'arrive plus à penser à quoi que ce soit. Sam se tourne vers moi lorsqu'il sent ma main glisser hors de la sienne. Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Pourquoi il revient maintenant ?
Je n'suis pas heureux. Je... je suis paralysé. Des milliers de questions m'assourdissent. Des souv'nirs envahissent ma mémoire... Il pouvait pas rester là-bas ? Je... Tout remonte à la surface. Des décharges électriques me secouent. Je suis déconnecté. Je crois qu'il fait un discours mais sa voix ne parvient pas à mes oreilles. Et je crois que ça vaut mieux. Mes jambes ont du mal à me porter. Je tremble je... tout c'que j'avais enfouis au fond d'moi quand il est parti ressort. Tout c'que j'ai fait pour l'oublier m'arrive en pleine gueule. Tous mes doutes, toutes mes interrogations, tout mon... amour ?
Il faut qu'je m'en aille. J'ai besoin d'air.
Je me retourne et m'enfuis en courant. Je n'sais pas qui m'a vu mais la seule chose qui compte c'est de fuir. Fuir sa voix. Fuir nos souvenirs. Fuir notre amour. Le fuir...
Je cours jusque chez nous. Chez nous... Sam... Je sais plus où j'en suis. Je pensais ne jamais l'revoir comment vouliez-vous que j'imagine l'effet que ça m'aurait fait... ?
J'ouvre la porte à la volée et me jette sur le lit... notre lit... Tout tourne. Tout va trop vite. Tout est arrivé trop vite...
Je reste allongé longtemps, à essayer de mettre de l'ordre dans mes idées, dans mes sentiments. Je n'me voile pas la face. Si le revoir m'a fait ça c'est que... je ressens encore quelque chose pour lui. Et je l'ai toujours su je pense. Seul'ment je l'avais trop bien enfoui pour que ça refasse surface tout seul. Mais là...
Je finis par m'endormir sans savoir ce que Sam est dev'nu.

Flash... des lèvres... flash... des frissons... c'est bon... flash... des mains qui me caressent à me faire gémir de plaisir... flash... de la chaleur... beaucoup de chaleur... on transpire... nos corps se collent et ondulent l'un contre l'autre... flash... des gémissements à n'en plus finir... l'impression que le paradis existe et qu'il me tend les bras... flash... du plaisir... encore et toujours... des baisers... tendresse et passion... douceur et violence... flash... je me tends sous lui... lui en moi... flash... une fusion... beaucoup trop de désir et de plaisir à contenir... depuis trop longtemps... de l'amour... flash... des cris... des accoups... du plaisir... flash... la jouissance... du plaisir... d la buée dans les yeux... un picottement... flash... de la chaleur... de la tendresse... notre amour... flash...

Je me réveille en sursaut. Sam collé contre moi. Mon dieu, qu'est-ce qui m'a pris de rêver de ça ? Je me détache de mon... de mon... j'y arrive pas... des images de cette nuit me reviennent, de plus en plus présentes cette fois-ci. C'est son retour qui a provoqué tout ça ? Sûr'ment... Mais c'est trop tard désormais pour faire marche arrière. Je vais être obligé de le revoir et je n'sais pas si je suis prêt. J'ai besoin de réfléchir...
Pourquoi je ressens tout ça à nouveau ? Pourquoi son retour me tremble-t-il autant ?
J'entends Sam grogner dans son sommeil.
Sam... qu'est-ce que je ressens réellement pour lui ? Qu'est-ce que j'ressens réellement pour Tom ? J'voudrais tell'ment que tout soit aussi simple qu'avant... Comme il y a 4 ans où j'n'existais vraiment pour personne, où j'faisais tout et nimporte quoi sans me soucier des conséquences... Oui avant... avant lui.
Je tourne en rond là... J'devrais arrêter de me poser autant de questions... Ca se pass'ra comme c'est censé se passer.

*Ellipse*

Ca fait une semaine qu'il est rev'nu et je l'ai toujours pas croiser. Moi l'éviter ? Non bien sur que non. Je lui foncerai dedans quand je serai prêt à... revoir ses yeux noisettes qui brillent quand ils se plongent dans les miens, dessiner mentalement ses lèvres en les imaginant sur les miennes, voir ses mains en les rêvant sur mon corps, entendre sa voix qui m'électrise... Mes pensées se floutent et je suis complètement paralysé. Si vous n'avez pas compris, demandez à mon coeur qui bat la chamade parce qu'il vient de me rentrer dedans.
Un contact... enfin... depuis 2 ans que je l'attendais.

- Salut Bill.

- Salut.


Nos voix sont neutres. Je n'sais pas si je dois lui montrer ma joie ou mon trouble. Ma haine ou mon amour. Tout a refait surface, les anciennes blessures se sont rouvertes... Je n'sais pas comment réagir face à lui à cet instant. L'unique instant. Nos retrouvailles... Je n'y avais jamais pensé, comment voulez-vous que je fusse préparé ?

- Tu... tu vas bien ?

- Ca peut aller et toi ?

- Ca va merci.


...

Un silence embarrassant s'installe entre nous. Il n'ose pas prononcer un mot ou ne sait pas quoi me dire et je dois avoué que je suis dans le même cas. Putain après 2 ans !

- Je..., dit-on d'une même voix.

On sourit. Ca détend un peu l'atmosphère. Un peu.

- Oui ? dis-je, tendu.

- Je m'demandais, vu que ça fait une semaine que tu m'évites, si on pouvait pas se voir... comme avant entre amis ?


Je me fige à sa proposition. Il croit qu'après tout ce temps, il suffit de quelques mots pour tout arranger ? Ou alors il ne se doute pas de tout c'qui s'passe dans mon esprit...

- Tu.. je...

- C'est comme tu veux... Tu t'souviens où est mon studio. Frappe quand tu veux. A bientôt...


Putain... ça a pas l'air de le gêner lui de rev'nir me parler, faisant comme s'il ne s'était rien passé, comme si rien n'était jamais arrivé... Peut-être ressent-il ça ? Peut-être s'est-il amusé avec moi ? Je m'enfonce dans l'incompréhension et de nouveaux doutes m'assaillent. Je soupire. Je sais que le seul moyen de tout régler est d'aller le voir mais... Sam ? Que faire par rapport à lui ? Il vaut mieux ne pas se voiler la face en croyant que je l'aime comme... j'ai continué d'aimer Tom. En réalité je viens de réaliser que chaque moment, chaque contact, chaque frisson partagé avec lui depuis la première fois où l'on s'est vu n'a fait que précipiter les choses. Que je l'aime depuis cette après-midi magique... Un coup de foudre ? C'est trop ancien et pourtant je me rappelle de chaque sensations que j'avais cru oubliées. Ma peau n'a pas oublié ses caresses, mes lèvres n'ont pas oublié les siennes... mon coeur... ne s'est pas détaché du sien. Cependant qu'en est-il pour lui ? Que faire ?
J'en ai assez de me poser toutes ces questions. Elles me pourissent la vie et retardent tout. J'irai le voir oui. Quand ? Quand j'aurai parlé à... Sam.

Sam. Je veux pas le blesser. Je l'aime mais... J'ai peur qu'il croit que je me suis juste servi de lui pour oublier Tom. Et je crois qu'au fond c'est en parti vrai mais j'étais sincère avec lui...
Je prends le chemin de chez nous. Nous. Un nous qui à cause de moi dans quelques minutes n'existera plus. Je n'veux vraiment pas lui faire du mal. Je m'en veux déjà assez comme ça... Je m'en veux de ne pas avoir su retenir Tom et maintenant de devoir laissé Sam. Il ne m'en voudra pas éternellement, il a un trop grand coeur pour ça. Il trouvera rapidement quelqu'un, il est mignon, généreux, bourré de qualité... Il est parfait mais... il n'est pas comme lui. C'est ainsi. Mon coeur balance vers lui, et je sais quee ça n'a jamais changé. J'ai juste mis le temps pour le réaliser.

- T'es là Sam ?

- Oui. J't'attendais. Faut qu'on parle il me semble...


*Ellipse*

Voilà. C'est fini. Pas de cris, pas de larmes. Juste de la tristesse. La tristesse de voir celui qu'il aime s'en aller vers un autre. Je connais ce sentiment... Je suis en direction de chez Tom. Je suis sûr de c'que je ressens. Cette fois-ci je ferai tout pour le retenir. Mais je suis dans le flou total le concernant. Pourquoi m'a-t-il dit ça ? Pourquoi a-t-il fait comme si de rien n'était ? Ressent-il toujours quelque chose pour moi ? A-t-il seul'ment ressenti quelque chose pour moi ? Et... J'arrive devant son immeuble. J'me souviens de la fois où... Les souv'nirs reviennent par flots de plus en plus fréquents. D'anciennes sensations m'envahissent à nouveau. C'est maintenant que tout va se jouer...
Mon portable vivre et j'ai la mauvaise impression de rev'nir 2 ans en arrière. C'est Tom. Je décroche et dit d'une voix tremblante :

- Oui... ?

- Reviens...


C'est comme si je n'étais pas maître de mes gestes et de mes pensées. Mes jambes me portent jusqu'à sa porte et plus ça va, plus mon coeur tambourine. Trop d'impatience. Trop de doutes. Trop de désirs. Trop d'amour...
La porte est déjà ouverte. Il m'attend. Je tremble. Envie de le sentir contre moi... Je m'avance et le contemple, mes yeux plongés dans les siens. Il n'a pas changé. Toujours aussi sexy. La première impression est toujours la bonne dit-on. Il s'approche de moi tandis que je n'fais plus un geste. C'est à lui de faire le premier pas. A lui de me prouver qu'il...
Je sens ses bras m'entourer et sa tête se poser sur la mienne qui plonge dans son pull. Je ne contrôle plus rien... Tell'ment de fois j'ai rêvé de cet instant. Tell'ment de fois j'ai voulu remonter le temps et arriver 2 min avant le décollage de son putain d'avion. Tell'ment de fois où j'ai voulu l'aimer... On n'dit rien. On a pas b'soin de mots. Nos corps enlacés parlent pour nous. Je suis si bien là entre ses bras, au creux de lui... Je l'aime oui. Depuis 2 ans je n'ai cessé de l'aimer. Il me murmure doucement :

- Tu m'as manqué.

Je souris doucement.

- Toi aussi, répondis-je dans un souffle.

On se sépare doucement. Et au moment où il s'avance pour m'embrasser je demande :

- Pourquoi tu es parti ? Et... pourquoi es-tu revenu ?

C'est plus fort que moi hein ? Au lieu de l'embrasser et de lui dire que je l'aime, je foire tout en lui posant LA question à laquelle je sais qu'il faudra des heures pour y répondre et pour pardonner la réponse. Il se raidit et se pince les lèvres avant d'oser répondre...

*Ellipse*

Ca y est. On s'est expliqué. Pendant 3 longues heures qui m'ont semblé interminables on a parlé. Parlé de pourquoi il était parti, de pourquoi je ne l'avais pas retenu, de tout ce qui c'était passé entre nous. Il a sourit quand je lui ai dit que je l'avais aimé plus que nimporte qui et j'ai senti mon coeur fondre quand il m'a avoué que c'était réciproque. On est allongé sur son canapé, dans les bras l'un de l'autre. Je me sens si apaisé. Enfin toutes mes doutes et mes questions se sont envolés. Balayés par son amour... Je me retourne et me soulève pour l'embrasser.
2 ans.
2 ans que je n'avais pas senti ses lèvres sur les miennes.
2 ans que je n'avais pas été parcouru par ce bien-être.
2 ans qu'autant de tendresse ne s'était pas écoulée dans mes veines.
2 ans que...
Je l'aime.
Je veux lui appartenir pour toujours. Je le veux. C'est peut-être trop rapide mais j'en ai envie. Trop envie. 2 ans de désirs refoulés. Sentir son corps collé au mien me rend fou. Mes sens sont en éveil et je gémis dans le baiser.

- Hey.

- Oui ? Ma voix est plus que sensuelle. Sexuelle je dirais même. Je le veux.

- Tu es sûr ?


Je souris. Comme il y a 2 ans...

- Oui.

Je passe sur lui en rescellant nos lèvres. Je sais ce qui va se passer ce soir et je sais aussi que demain matin il sera trop tard pour rev'nir en arrière et tout effacer. Tant mieux...
Mes mains caressent ses joues et descendent vers son sweat qu'elles retirent précipitament. Je viens sucer son cou et commence à onduler lassivement contre son bassin. Je n'sais même pas s'il a envie d'moi mais les gémissement qui s'échappent de sa bouche me rassurent bien vite. Ses bras serrent ma taille et nous collent encore plus. Je me lève d'un coup et le tire par la manche. Le canapé est trop petit à mon goût. Je le pousse sur la table de son salon. Putain Tom fais-moi l'amour. Ici. Maintenant. Je monte sur lui en retirant mon T-Shirt. Je transpire déjà et son souffle se saccade sous mes caresses que je reprends. De plus en plus appuyées. De plus en plus enivrantes. Ma bouche se lie à la sienne et son bassin se presse contre le mien. Un léger cri m'échappe et le fais sourire. Il en profite pour inverser nos positions, me soumettant à ses désirs. Il enlève son baggy et mon jean, puis se débarasse de nos boxers. Tout va trop vite. Tout est toujours allé trop vite entre nous. Notre rencontre, nos sentiments, notre amour...
On est nus l'un sur l'autre, suant d'un désir animal... On se veut. Il s'appuie de plus en plus fortement sur moi. Nos virilité se caressent, s'entrechoquen toujours plus violement que précédemment. On crie. A l'unisson. Mes jambes s'évadent de part et d'autre de la table, pendant dans le vide. Mes bras, eux, viennent accrocher ses épaules pour le coller contre moi. J'ai besoin de ce contact. Je l'embrasse, faisant passer toute la passion, toute l'envie et tout l'amour que j'ai pour lui. Il halète contre mes lèvres, et son sexe se tend de plus en plus provoquant la même réaction de ma part. C'est si bon...
Je le regarde dans les yeux. Un regard qui dit "j'en ai envie", "prends-moi"... tout ça pour lui faire comprendre que je veux à nouveau être envahi par ce plaisir électrique que je n'ai éprouvé qu'en lui... Il m'embrasse tendrement, écarte mes cuisses tandis que je ferme les yeux, me préparant à mourir de plaisir.
Putain. Il entre en moi. A nouveau. Une fusion qui me propulse haut. Plus haut que nimporte quelle étoile. Je me noie dans sa chaleur et hurle mes sensations à l'air libre.
Il ne tarde pas à joindre sa voix à la mienne. Ca fait tell'ment longtemps qu'on attendait ce moment... Ses accoups sont puissants, je me cambre, gémis, griffe le bois de la table... Il aggripe ma nuque et lèche mon coup de sa langue mutine. Nos corps s'appartiennent, ils nous font oublier tout le reste. Rien ne compte si ce n'est ces vagues de jouissance déferlant en nous. Je noue mes jambes autour de lui pour nous rapprocher encore plus. L'effet est immédiatement. Son coup de rein est plus profond. Il atteint ma prostate me faisant hurler à gorge déployé qu'il s'empresse de s'approprier. Son coeur frappe contre le mien, nos cris sont moins espacés, beaucoup plus aigus, beaucoup plus chargés de plaisir... On se serre, on cherche de l'air dans la chaleur étouffante de nos ébats brulants. La seule chose que mes lèvres rencontrent ce sont les siennes... Il accélère et m'envoie encore plus haut. Plus jamais je ne reviendrai... On hurle désormais. On s'aime. Passionnément. Fusionnellement. A jamais.
C'est lui en moi. Moi en lui. Je descends une main entre nos deux corps et me caresse en même temps... Bordel je vais pas tenis longtemps. Je suis à la limite de l'inconscience. Des sons sortent de ma bouche et mes yeux roulent. Et pourtant je voudrais que ce moment ne prenne jamais fin. Je lèche son cou, il mord mon épaule. Un dernier hurlement. Un dernier accoups. Le paroxysme du plaisir s'empare de nous. Il engloutit nos corps, nos esprits et nos coeurs. Il tombe sur moi, le torse collant de transpiration, se soulevant très rapidement tant sa respiration est saccadée. Je sens nos coeurs réunis. Ils battent à la même cadence. Je me serre contre lui et l'embrasse doucement. Il fournit un dernier effort et me libère de sa délicieuse emprise. J'ai soudain froid. Il n'est plus en moi. Et dans un sens si... c'est son coeur qui bat en moi et le mien en lui. Pour toujours. On descend de la table pour aller se blottir sur son lit. On a pas besoin de mots... La force avec laquelle on s'est aimé ce soir se passe de tous commentaires. C'était magique. Et il y en aura d'autres...
Je pose ma tête sur son épaule, lui souris une dernière fois et ferme les yeux, laissant le plaisir me parcourir à nouveau.
Je l'aime.

*Ellipse*

Ca fait 3 mois. 3 mois qu'il est revenu. 3 mois qu'on s'aime comme des fous. Et tant mieux si tout est allé trop vite. Et tant pis si on s'est fait souffrir. Je n'ai jamais été aussi amoureux qu'à cet instant. Plus jamais de ma vie je le laisserai s'en aller. On a changé. On a décidé de s'aimer comme on aurait dû le faire il y a 2 ans et d'mi aujourd'hui. Et si un doute m'assaille je n'ai qu'à emméler nos regards et à sentir son coeur battre en moi pour le chasser.
Je l'aime...

# Posté le mardi 12 février 2008 13:17

Modifié le samedi 27 juin 2009 19:02

Je savais. Je savais que nous en viendrions à avoir cette conversation. Je savais et je fuyais. Je fuyais cette réalité où je te voyais t'éloigner de moi peu à peu. Contre ma volonté bien sûr. Crois-tu réellement que si tout cela n'avait été que de mon ressort, cette horreur serait-elle en train d'arriver ?
Et pourtant je la vois. Là, sous mes yeux écarquillés dont je sens déjà l'humidité venir me piquer. Tu t'en vas. Tu me dis que tu pars pour de bon. Que tu ne peux plus.

Tu es debout devant moi, les yeux baignés de larmes toi aussi. Tu souffres autant que moi. Et pourtant tu t'en vas. Tu prends ma main, tu la serres fortement et me dis que tu ne m'oublieras jamais. Que tout ce que nous avons vécu restera à jamais gravé en toi et que personne ne pourra me remplacer. Tu me promets. Mais je n'y crois plus, comment le pourrais-je ? J'ai déjà bien assez cru à toutes tes promesses et maintenant que tu es sur le point de les briser à jamais, pourquoi garderais-je confiance ?

Tu me dis que tu m'aimes et que tu m'aimeras toujours. Mais déjà mon coeur est assailli par le doute. Par nos souvenirs qui me soufflent que tu me quittent à contrecoeur. Que tout ce que nous étions était vrai et qu'il y a un moyen de te retenir. Que tout n'est pas mort et que notre amour subsistera encore après ce que lui infligera.
Et il y a cette voix, la tienne. Qui me clame à présent que tu regrettes de me faire souffrir. Tu veux que je sois heureux sans ton amour. Tu veux que je t'oublie et que j'ouvre mon coeur à un autre. Penses-tu chacun de tes mots ? Tes yeux reflettent-ils les sentiments qui t'habitent à cet instant ?

Les voilà. Je les sens déjà couler. Les premières larmes que je verse de douleur et de tristesse. Pour toi. A cause de toi. Avec toi. Car je te vois pleurer. Si cela te rend si triste alors pourquoi le fais-tu ?
Tu poses ta main sur ma joue et plonges tes yeux dans les miens. Et je n'y lis plus rien. Je ne sens plus ta chaleur m'envahir. Je ne distingue plus la moindre partie de toi à travers ton regard. Tu m'es devenu étranger à la seconde où tu as prononcé ces mots. Où bien alors étions-nous devenus étrangers il y a longtemps. Je ne veux pas penser à tout cela. Je veux seulement m'en aller. Partir comme toi tu as décidé de partir. Loin de moi. Et pourtant en restant si près.

Et je crois que c'est cette décision qui m'apeure le plus. Tu sais que je n'ai jamais été capacle de cacher mes sentiments. Aux yeux du monde et j'en paie le prix maintenant. A tes yeux aussi. Encore moins ici. Pourquoi ? Dis-moi pourquoi tu ne brises qu'une partie du lien qui nous uni ? Dis-moi de quel droit tu nous fais subir cela ? Je dégage ma joue de ta main et m'éloigne de quelques pas pour ne pas devoir t'affronter plus longtemps. Mon coeur bat à une vitesse incroyable et je suis étonné d'être encore vivant. Je ne pense plus le rester pour de longs temps désormais. Et c'est de ta faute. Bien sûr.

J'entends tes pas raisonner sur le sol. Il grince. Je sens tes bras m'entourer. Et je me prends à rêver. Je rêve de ce qu'aurait pu être notre vie si tu lui avait laissé la chance de continuer. Mais tu en as décidé le contraire et tout est fini. Je me dégage à nouveau de tes bras et te murmure avant de descendre les escaliers que si tel est ton désir, alors je me tiendrai à l'écart de cette partie de ta vie. Et je te dis que je t'aime et que je t'aimerai toujours. Réentendrai-je un jour sortir de ta bouche ? En les attendant, je resterai à ma place.

Car je sais. Je sais que notre amour ne peut mourir. Qu'il vivra toujours. D'une manière définie comme tu sembles le vouloir, ou bien infinie et plus forte que tout comme il sera à jamais. Et j'attendrai. Toute ma vie ou quelques secondes. Je t'attends. Et je rêve. De nous. Nous sommes morts mais une partie de nous vit toujours. Et tu viendras en complèter le néant que tu as crée. Et j'attendrai.

Et plus tard un Ange, entrouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.


Oui mon Ange, je t'attendrai.

# Posté le samedi 27 juin 2009 18:28

Pov.Tom

Je pose le pied sur le quai et sens mes muscles s'étirer enfin librement. Ah que ça fait du bien. En même temps, passer dix heures dans un train, ça fatigue n'est-ce pas ? Mes deux valises roulent derrière moi, manquant par la même occasion de me déboîter les épaules tant elles sont lourdes. Je n'aurais jamais du emmener toute ma penderie avec moi. Surtout pour une durée de séjour aussi restreinte. Des passagers me bousculent, le soleil tape fort. J'ai mal au crâne. Des cris résonnent, près de moi deux jeunes filles se tombent dans les bras. Elles sont touchantes. C'est pas pour moi que quelqu'un ferait autant de grabuge...

Le sol brillant sous le soleil me brûle les yeux et je les cligne plusieurs fois avant d'avoir une vision nette. Une main se pose soudain sur mon épaule et je sursaute.

« Bonjour Tom, tu as fait bon voyage ? »

Ca, c'était mon père. Il me débarasse des mes valises avant de me serrer dans ses bras. Etreinte que je lui rends avec beaucoup de retenue. Je n'aime pas les démonstrations affectives. Encore moins en public. Encore moins avec mon père.

« Oui oui. J'suis juste lessivé. »

Il me sourit et je me sens mal à l'aise. Je dois passer les vacances d'été seul avec lui, et je devine déjà la difficulté de la cohabitation. Mes parents étant divorcés depuis mes 7 ans, j'en ai 17 faîtes le calcul, et ma mère ayant obtenu ma garde exclusive, je n'ai pas passé énormément de temps avec mon paternel. Quelques week end tous les trois mois, quelques jours de vacances au hasard... Il est directeur d'une agence de manequin, et c'est à croire que ses relations et son fils sont toujours passées après tout le reste. Ce n'est pas que je m'en plaigne, au contraire même dirais-je, mais maintenant que je me retrouve coincer pendant deux mois avec un quasi étranger, je regrette de ne pas avoir passer plus de temps avec lui, histoire de savoir comment me comporter. Ou bien de ne pas avoir pu échapper à ces vacances obligatoires. Mais passons. Que je le veuille ou non, je suis bloqué.

Nous marchons vers sa voiture flambante garée bien en évidence sur le parking. Aussi loin que je me souvienne, mon père a toujours adoré afficher le luxe dont il dispose. Il balance mes valises dans le coffre et s'installe à ma droite.

« Ta ceinture Tom s'il te plaît. »

Je soupire et obéis. Ca va être joyeux, je le sens.

« Alors, depuis la dernière fois ? L'école cette année ? »

Je manque d'éclater de rire. C'est comme s'il parlait à un ami qu'il aurait pas vu depuis deux mois.

« Ouai pas mal. J'ai raté mon BAC de peu, mais sinon rien de bien intéressant. »

Il blêmit.

« Ah. »

Et plus un mot ne passe la barrière de ses lèvres jusqu'à ce qu'il se gare sur un parking privé.

« On est arrivés. J'ai fait construire cette maison depuis l'été dernier pour pouvoir y passer du temps avec toi... »

Je dois l'avouer, sur ce coup-là, je suis soufflé. C'est splendide ! La maison semble se tenir sur trois étages et le jardin de devant est déjà immense. Tout ça pour moi ?

Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas pourquoi il a fait tout ça pour moi. Pendant dix ans, je n'ai été qu'une distraction pour lui, alors pourquoi se donnerait-il tant de mal tout à coup ?

« Waouh ! C'est superbe ! »

Il sourit.

« J'espère bien que ça te plaît. Parce que... écoute Tom j'ai discuté assez longuement avec ta mère. Elle est débordée en ce moment avec son projet humanitaire, et nous avons décidé qu'il serait mieux pour toi de venir habiter avec moi... pour un bon moment. »

Mes yeux s'écarquillent et mon souffle se coupe. Pardonnez-moi, mais j'ai mal entendu. N'est-ce pas ? Je rêve. Non mais, il se prend pour qui ? Mes mains tremblent et deviennent moites. Mes jambes tremblent elles aussi et je me retiens de toutes mes forces de m'enfuir en courant. Et je ne sais même pas pourquoi.

« Quoi ? T'es pas sérieux là ! »

Pour qui est-ce qu'il se prend exactement ? Je bouillonne littéralement. Et ma mère qui ne m'a même pas prévenu ! Ils croient qu'ils peuvent chambouler ma vie comme ça et que je vais rester là sans bouger ? C'est une blague ?
Il ferme les yeux et inspire profondément. Eh ouai, ça va pas se passer comme ça papa.

« Si. Et même si nous savions que tu allais protester un peu... »

« Un peu ? J'ai l'air de protester un peu là ? »


Il soupire.

« Ecoute, nous n'agissons que dans ton intérêt alors ne sois pas... »

« Dans mon intérêt ? », je hurle presque, « Dans mon intérêt ? Tu t'fous d'moi c'est ça ? Vous décidez après dix ans de m'envoyer vivre avec toi, alors que j'ai passé moins d'un mois en tout avec toi qui était trop pris par ton travail pour pouvoir t'occuper de moi, et là d'un coup tu veux m'avoir en permanence ? Tu te moques de qui papa ? Putain, mais vous auriez pu m'en parler au moins ! »

« Nous redoutions ta réaction. »


Il semble dépasser par ma révolte.

« Oh c'est vrai ? Et je suis à la hauteur ? Il est hors de question que je reste vivre avec toi. Tu m'entends ? HORS DE QUESTION ! »

Je hurle pour de bon ces mots à la figure avant de me diriger vers le portail, et de claquer la porte dans un bruit assourdissant. Je m'en vais. Je ne sais pas où. Mais une chose est sûre, je ne passerai pas ma vie avec lui.
Quels égoïstes. De quel droit ils ont fait ça putain ? Je sors mon portable et appelle ma mère. Messagerie. Génial. Je crache mon venin contre la boîte vocale et balance le téléphone dans l'herbe bordant la route. Au moins comme ça, je ne serai pas dérangé. Je marche lentement, il ne me courira pas après. Du moins, pas tout de suite. Il doit sûrement penser que ce n'est qu'une petite crise et que je reviendrai sagement pour m'excuser. Seulement s'il me connaissait il saurait que je suis on ne peut plus sérieux. Jamais je n'y retournerai. Jamais.

Un bon quart d'heure passe et j'arrive enfin en ville. Les voitures, la pollution, que ça fait du bien. Bon d'accord j'exagère. Mais retrouver la civilisation signifie que je vais pouvoir me tirer d'ici. Rapidement. Enfin.

Je traverse la place et entend des bribes de conversations. J'ai toujours adoré écouter les conversations des passants dans la rue. Elles sont tellement... ridicules. Un jour, j'en ai surpris deux à discuter de maïs. Enfin...

« Hum pas mal hein ? »

Deux types derrière moi me détaillent de la tête aux pieds. Ola. Tranquille à ce que je vois. Mais je n'ai pas le temps de leur dire d'aller se faire voir. J'aperçois un panneau m'indiquant la gare et fonce dans sa direction. J'ai juste eu le temps de voir un grand brun maquillé avec un éventail, son accoylte par contre, aucune idée. Dieu merci je ne remettrai plus jamais les pieds ici.

J'arrive rapidement à la gare et cherche les horaires pour Berlin. Je vais retourner chez ma mère. Tant pis si elle ne peut pas trop s'occuper de moi. Je suis assez grand pour me prendre en charge merde ! Et je l'ferai certainement mieux que mon père. Je me rends sur le quai et vois deux contrôleurs venir vers moi.
Putain, il manquait plus que ça. Oui, parce que dans ma précipitation je n'ai rien pris avec moi. Ni carte d'identité, ni argent, rien... Quel imbécile fini.

« Bonjour Monsieur. Votre billet s'il vous plaît ? »

Eh merde. Je ne rougis pas et me contiens. J'ai toujours été doué pour mentir.

« Oui bien sûr. Mon père est encore au guichet, 'y a une queue monstre. Je cherchais le quai en fait. »


Ils acquiescent, n'y voyant que du feu, et s'éloignent. Je gémis de colère. Je n'peux plus prendre le train avec ces deux-là. S'ils me chopent, retour à la case départ. Chez mon paternel adoré. Très peu pour moi, merci. Je fourre les mains dans les poches de mon baggy et shoote un caillou. Putain, ça m'énerve mais à un point ! Je me retrouve donc à la rue, sans papiers, dans une ville que je connais ni d'Eve ni d'Adam. Mais tout va bien à part ça. Le seul point positif de toute cette histoire est que je suis débarassé de mon père pour de bon. Merci mon Dieu.
Je sors de la gare en traînant les pieds. Je n'ai pas la mondre idée d'où aller. Peut-être un endroit où dormir ce soir ? Un coup d'oeil à ma montre, il est 15h34. Ce qui me laisse environ six heures avant de réellement commencer à m'inquièter.





******



Il est 18h47, et je suis toujours à la rue. Et perdu. Et sans un sou. En conclusion, je suis dans une galère profonde. Je suis retourné sur la place de tout à l'heure, qui est désormais déserte à l'exception de quelques passants qui la traversent rapidement. Je suis assis depuis deux bonnes heures sur le même banc. Et au secours, je m'ennuie à mourir.

Fin Pov. Tom

Pov. Bill


« Allez viens j'te dis ! Mais ouai c'est deux invit's pour le concert de ce soir. Allez viens j'te dis ! Sérieux ? Tu saoûles ! Allez... Ouai c'est ça. Salut. »

Je raccroche rageusement. Avec qui je vais aller à ce fichu concert si personne ne m'y accompagne ? Je vais pas y aller tout seul quand même ! Je replace mes cheveux derrière ma nuque et accélère le pas. Je dois absolument trouver quelqu'un à amener à ce concert avant... une heure. Ouain bah je crois que c'est mort.

Oh. Ou pas finalement. Tiens qui vois-je ? Le garçon aux dreads de tout à l'heure ! Georg serait vert s'il savait ça. Mais je crois que je vais garder ce petit secret rien qur pour moi cette fois. Il a vraiment l'air de s'ennuyer ferme.

Je m'approche discrètement. Pas mal. Pas mal du tout. Terriblement mignon je dirais même. Il est perdu dans ses pensées et ainsi ne me voit pas m'asseoir à côté de lui. Je crois que je vais tenter ma chance.

« Bah alors t'es d'retour ? »

Il sursaute comme un dingue et pose sur moi un regard affolé. Je souris. Il est craquant décidément ce mec.

« Hey douc'ment j'voulais pas t'faire peur ! Bon tu viens ? On va rater l'concert si on reste ici ! »

Il ouvre la bouche mais aucun son ne s'en échappe. J'éclate de rire. Il ressemble à un poisson-lune comme ça, c'est hilarant.

« J'vais pas t'bouffer hein. Regarde, deux invit's ! »

Il ne répond toujours pas. J'crois que j'l'ai choqué pour un bon moment là.

« Allez viens ! »

Je le tire par la manche et ses pieds suivent le mouvement. Eh bah, il a pas l'air très réactif.

« Mais t'es qui ? »

Oh il parle. Et il a une voix sexy en plus. Chaude, un peu écorchée. Comme j'aime. Il me plaît bien lui. Je suis un tombeur. Filles. Garçons. Tous passent par ma chambre d'étudiant en lettres. Tous. Et il ne fera pas exception à la règle.
Je me retourne et lui souris, dragueur.

« Bill. Et toi ? »

« Tom. Bon ton concert c'est du quoi ? J'vais faire tâche habiller comme ça moi si c'est du rock hein ! »

« Nan t'inquiète. C'est du jazz. »


Il écarquille les yeux et je m'étrangle de rire. J'ai une tête à écouter du jazz moi ?

Je presse le pas, le tirant toujours par la manche même s'il avance désormais à mon allure. Je n'sais pas pourquoi il a décidé de me suivre, mais je suis content de moi.
On arrive rapidement devant la salle de concert et ses yeux s'agrandissent à nouveau. Il va finir par se pèter un vaisseau c'est pas possible. Je le pousse dans la queue. Je sens qu'on va bien s'amuser, même s'il est toujours très méfiant.


********


Mon Dieu ! Quelle soirée ! Quelle nuit je devrais dire ! Grâce au concert, incroyable je dois dire, Tom s'est totalement détendu. Juste après nous sommes allés en boîte et nous voilà sortis. Il est 5h15. Mon Dieu. Heureusement que c'est les vacances hein. Déjà parce que je n'aurais pas donné cher de ma peausi le doyen nous avait surpris et puis parce que, moi, j'ai besoin d'un certain nombre d'heures de sommeil... J'ai décidé de ramener Tom dans mon mini-studio. J'allais pas le laisser dehors quand même ! Non non, ce n'est pas du tout histoire de fourrer ma langue dans la bouche de ce beau blond et le prendre sauvagement sur mon lit. Jamais de la vie. Voyons.

Il entre le premier et va s'affaler directement sur le fauteuil près de la fenêtre, les yeux fermés, respirant irrgéulièrement. Je m'approche de lui, balance ma veste sur le lit, et m'asseois sur ses genoux.
Il sursaute et me dévisage, complètement perdu. Je pose mes lèvres dans son cou et ma langue se promène joyeusement sur sa peau pendant quelques secondes avant qu'il ne réagisse.
Il me repousse, me faisant attérir au sol. Le con, j'ai les fesses endolories maintenant.

« Putain mais tu fous quoi ? »

« Ca s'voit pas ? 'Fin, t'as pas senti plutôt ? »


Il hausse les sourcils.

« Me dis pas que tu l'avais pas vu v'nir ! »

Il est perdu. Et mon assurance féroce perd peu à peu de sa puissance. Je commence à me demander s'il ne m'avait vraiment pas soupçonné depuis le début de soirée. Pendant tout le concert et la boîte je suis resté collé à lui, dansant contre lui... Il ne peut pas ne pas avoir compris ce que je préparais depuis le début. Ce n'est pas possible. Non.

Il se lève et va près de la fenêtre. Je ne comprends même pas sa réaction. Okay j'ai essayé de lui sauter dessus. Okay il m'a repoussé. C'est bon y a pas à épiloguer là d'sus toute la nuit. Je me relève et pose ma main sur son épaule. Il tressaille mais ne s'écarte pas. Je soupire de soulagement. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne veux vraiment pas qu'il soit en colère après moi.

« J'suis désolé. »

Je dois avoir l'air d'une carpe. Il s'excuse ? C'est le monde à l'envers ! Enfin...

« Pour ? »

« J'voulais pas... aussi violemment mais... j'suis pas... attiré par les mecs... enfin je sais pas trop mais... »


Oh. Il est vrai que... je n'avais pas vraiment envisagé cette possibilité quand mon postérieur a heurté le sol.

« C'est moi qui m'excuse. Allez on oublie ? »

Il me regarde, ahuri. Je souris.

« Bah quoi ? Tu m'as foutu un vent, t'es hétéro... On va pas en faire un fromage. »


Il me sourit faiblement. Je baille un grand coup et vais dans la salle de bains. Je suis monstrueux, j'ai jamais vu ça ! Des cernes gros comme des valises... il est temps que je me remette au compresses de camomille moi. Je me passe de l'eau sur le visage et inspire profondément. J'irai me doucher dans quelques heures, là je crois que je n'aurai même pas la force d'ouvrir ma bouteille de gel douche.

De retour dans la chambre, je remarque que Tom s'est endormi sur le fauteuil, sa casquette tombée à ses pieds. Je souris légèrement. Je ne sais même pas qui il est, je ne connais que son prénom, j'ai passé moins d'une journée à ses côtés, et pourtant je sens que... je m'endors.


********


Le soleil filtre à travers les rideaux que je ne me souviens pas avoir fermé. Quoique, la seule chose dont je me rappelle est un horrible mal de tête, un mal de fesses, et puis c'est le flou le plus complet.
J'ouvre les yeux et la lumière m'aveugle tellement que j'en ai la migraine. Ou bien est-ce la gueule de bois de la nuit dernière ? J'enfonce ma tête dans les oreillers moelleux. Ah ça fait du bien.

« Allez debout ! », crie une voix tout près de mon oreille.

Je me relève d'un bond, le tournis me prend instantannément et un bruit assourdissant résonne à mes oreilles. Putain, quel est le con qui... ah. Ouai. Tom. Je l'avais presque oublié lui. Il se tient fièrement debout près de mon lit, comme s'il avait gagné un pari stupide.
Ses yeux pétillent et son sourire dégage une candeur qui me fascine de longues secondes. J'ai l'impression de le voir pour la première fois. Je l'ai trouvé mignon la première fois que je l'ai vu, mais là, à peine réveillé et la lumière flashant sur lui, je trouve que mon jugement était bien en dessous de la réalité.
Il est... beau. Vraiment beau. Pas comme tous les garçons qui ont des nez droits, des yeux en amandes et des bouches pulpeuses, comme tous ceux que je me suis... tapé. Si leur beauté ne se lisait uniquement sur leurs traits, et bien que celle de Tom se distingue aussi en ce point, je ne sais mais... il a quelque chose de différent. J'aimerais bien mettre le doigt dessus d'ailleurs... Peut-être est-ce... Ses yeux ? Brun profond qui m'envoient des décharges électriques partout à travers le corps à l'instant où il m'observe. Ou bien son sourire ? Grand et magnifique, dégageant une malice évidente et inspirant à la confiance. Ou bien encore sa voix ? Chaude, douce, comme la caresse du vent qui se pose sur les bras.
Je secoue la tête et éclate de rire. Si quelqu'un m'avait entendu penser à cet instant, il aurait pu me faire chanter avec ça toute ma vie.

Il n'empêche... que Tom est vraiment attirant. Qu'il ne sait pas quelles sont ses préférences. Et que comme un con je me suis laissé séduire. A sens unique.

« Hey oh ! Te rendors pas ! J'crois que j'ai besoin de ton aide... »

Ah ?

« Hum okay okay, mais ferme les rideaux et arrête de crier. S'il. Te. Plaît. »

Je fais pitié. Ma voix est nasillarde et on dirait que je suis à l'article de la mort.

« Ouai ouai. Allez magne. »



********



Deux heures plus tard je suis fin prêt. Bah quoi ? Ca prend du temps de se laver et brusher les cheveux. De se maquiller et de trouver les bons bijoux. Mais surtout, surtout de trouver la bonne tenue pour la journée. Alors, c'est normal que je sois aussi long.
Je ressors de la salle de bains et remarque que Tom s'est encore endormi dans le fauteuil. Nan mais oh, c'était si difficile de m'attendre si peu de temps ? Non mais.

« Debout !! »

Je hurle à mon tour dans son oreille, en profitant pour laisser mon nez caresser sa joue juste avant qu'il ne se redresse. Et en plus il a la peau douce.

« Hein ? Ah euh ouai. Euh... on fait quoi ? »

Je retiens comme je peux mon fou rire dû à son expression et parviens à dire :

« Petit déjeuner. Je meurs de faim. »

« Euh... j't'expliquerai mais j'ai pas un rond... »

« T'inquiète pas. Allez j'ai faim ! »


Il se lève et nous sortons, prenant bien soin de fermer à double tour. Je connais les pensionnaires du campus, déjà que je vois arriver d'ici les commérages, manquerait plus qu'ils essaient de s'introduire dans ma chambre comme ils s'amusent à le faire quelques fois.

Je l'attrape par le bras et nous traversons le campus rapidement. Il n'y a pas trop de monde. Peu d'étudiants n'ont pas encore déserté ce magnifique endroit pour des lieux plus exotiques. J'ai faim. Et la faim me fait dire des absurdités monumentales. Jugez par vous-même ce que je raconte en ce moment...

Je reporte mon attention sur Tom et le détaille tandis qu'il observe les alentours.

Putain, j'ai craqué. Mais vraiment craqué. Enfin bon... Il a l'air d'avoir des problèmes et je ne peux décemment pas le laisser tout seul. Déjà commencer par être son ami et... Et rien Bill.

J'ai faim.

« Alors, dis-moi, il t'arrive quoi ? Parce que vu la façon dont t'as débarqué hier sur la place, ça s'voit que t'es pas d'ici. »

Je souris. Sourire auquel il répond avec un haussement d'épaules.

« Ah tant que ça ? »

« Ouaip ! Allez raconte-moi tout. »,
dis-je sur le ton de la connivence.

Nous arrivons au café auquel je me rends généralement quand je n'ai pas le temps de me faire à manger moi-même. Ce qui revient à... très souvent. Notre festin commandé, nous nous asseyons au fond et son regard se perd à nouveau sur les vitres. Il plisse le nez, affichant une moue hésitante adorable.

Je lui souris sincèrement. Je veux vraiment qu'il se confie à moi. Après tout, il ne connaît que moi aussi et je ne veux pas qu'il aille errer tout seul sans idée d'où aller ou même qu'il aille chez quelqu'un d'autre. Je ne sais pas pourquoi, mais un sentiment de possessivité aigu me pince tout à coup alors que je pense à tout ça. Mes doigts se crispent sur la table et c'est ce moment qu'il choisit pour prendre la parole.

« En fait tu vois. J'vais commencer par le commencement hein. Je suis pas d'ici. Je suis même pas d'All'magne à la base. Enfin, je suis né en All'magne mais j'ai grandi en Ethiopie. Mes parents ont divorcé à mes sept ans et je suis parti vivre avec ma mère qui travaille dans l'humanitaire, et du coup j'ai du voir mon père moins de trente jours en dix ans. Je suis arrivé hier, dix heures de train, complètement épuisé et courbaturé. Mon père passe me chercher à la gare. J'savais que ça allait pas être simple ces deux mois. Enfin, à la base c'était deux mois. Et là on arrive chez lui, il me dit qu'il a fait construire une maison pour nous deux, et qu'avec ma mère ils ont décidé que je resterai vivre avec lui pour une durée indéterminée. Mais j'suis pas con, s'il a fait construire une maison c'est pas histoire de quelques mois, mais plutôt d'plusieurs années... »

Ses yeux brillent de rage. Wow. Eh bah... lui aussi a des problèmes familiaux à ce que je vois. Et dans son genre, ils sont pas mal non plus. Je tends ma main vers la sienne et me rétracte avant que nos peaux ne se touchent. Je me contente de lui lancer un regard débordant de compassion.
Il ne peut plus s'arrêter. Il se vide complètement.

« Encore s'ils m'en avaient parlé ! J'aurais dit non, ça c'est clair, mais j'me s'rait p'têtre pas enfui comme ça ! Mon père s'est jamais occupé d'moi ! Jamais. Sa vie c'était sa carrière et un point c'est tout, et je vois pas en quoi et surtout pourquoi ça aurait brusquement changé. Il s'est découvert une conscience ou son instinct paternel a r'fait surface d'un coup ? C'est la meilleure sérieux ! »

Il est coupé par la serveuse qui nous apporte notre petit-déjeuner. Mon estomac bondit à la vue de tout ça mais je me retiens. Il est bouleversé à un point que je n'aurais jamais imaginé. Il en veut énormément à son père, et ça je le comprends totalement, mais il n'aurait peut-être pas dû s'enfuir... Je me décide enfin à lui répondre.

« Tu sais... Je te connais pas vraiment et surtout j'connais pas ton père mais t'aurais p'têtre pas du t'tirer comme ça... J'suis sûr qu'il doit s'inquièter comme un dingue et... 'fin j'sais c'que c'est d'avoir un parent absent en permanence mais... il a fait un geste lui... alors même si pour toi ça te paraît une éternité trop tard... il a fait un geste. Et puis tu vas faire quoi ? Tu veux r'joindre ta mère en Ethiopie ? Ben bonne chance pour trouver et l'fric et pour t'faire un pass'port parce que je suppose que tu n'as rien pris dans ta fuite ? Tu sais même pas où dormir j'ai raison ? T'es dans la merde Tom. »

Euh... j'étais pas censé lui remonter le moral ? Ou du mons lui dire que la situation n'était pas si désespérée qu'elle ne paraissait ? Bravo Bill. Il attrape un croissant, mord violemment dedans et me jette un regard... non pas haineux, mais rempli de peurs. Mon coeur se serre. J'ai toujours eu horreur de voir les personnes, de mon entourages proche ou non, souffrir.

« Je sais merci. Mais tu veux que je fasse quoi d'autre ? J'peux pas r'tourner chez mon père et j'ai aucune solution pour rejoindre ma mère. Putain j'aurais jamais du rev'nir dans c'pays d'merde. »

« Hey oh ! C'pays d'merde comme tu dis j'y habite. Alors un peu d'respect hein ! »


Mes yeux miment une menace et un petit sourire se dessine sur ses si jolies lèvres.

« Aah ! Voilà, tu m'souris. J'aime mieux ça. Mon Dieu je suis affamé. »

Je me saisis brusquement d'un croissant à mon tour et le dévore sous ses yeux amusés.

« Bah quoi ? Chai faim. »

C'était sexy ça Bill.

Fin Pov. Bill

Pov. Tom


Bill m'a invité à rester chez lui deux trois jours, histoire de réussir à reprendre mes esprits, et de réfléchir sérieusement à ce que je vais faire. Je ne sais même pas pourquoi il a décidé de m'aider, après tout on ne se connaît que depuis hier, et en moins de vingt-quatre heures, il a réussi à me bourrer la gueule en boîte, et à me sauter dessus sur le fauteuil de sa chambre. J'aimerais vraiment rester méfiant comme je l'ai été au départ. Mais il ne me facilite pas vraiment la tâche. Il plaisante sans cesse, essayant par tous les moyens de me faire oublier mes soucis quelques minutes. Il fait de grands projets d'évasion du pays irréels, là aussi essayant de me faire rire.

Et de toute manière... je n'ai nulle part où aller. Il a raison sur ce point. Je suis à la rue, sans un rond en poches. Mon père doit être furieux que ses plans ne se soient pas déroulés comme il le souhaitait. Et ma mère... il est clair que je lui en veux moins qu'à mon père, mais elle m'a trahi quand même. Elle aurait pu, non elle aurait du, m'en parler. Je ressasse ma mauvaise humeur jusqu'à l'appartement de Bill.

« Allez ! Va prendre une douche, tu pues. »

Je dois avoué que je suis choqué. Mes yeux s'agrandissent et je me tourne vers lui, abasourdi.

« Nan mais oh ! »

« Je rigolais imbécile ! Allez file ça va te faire du bien. Mais passe pas des siècles non plus, les factures elles seront pas pour toi à la fin du mois. J'ai beau être interne, j'ai des frais. », dit-il dédaigneusement en s'allongeant sur son lit, son tee-shit se relevant et laissant voir un tatouage en forme d'étoile. Joli. »


Je file sous la douche. Je cogite toujours autant et plus le temps passe, moins je ne peux m'empêcher de penser à ce qui serait arrivé si j'étais rester chez mon père... au moins pour discuter de la situation ? Et puis ma colère reprend le dessus. Mais non. Je dois réussir à y voir clair. Je ne vais pas rester chez Bill plus de quelques jours. Déjà parce que ce serait intolérable et que, contrairement à mon père, j'ai une conscience. Et ensuite parce que ça serait dangereux. Pour lui comme pour moi. Je lui ai menti cette nuit en lui disant que je n'étais pas totalement sûr de mes attirances envers un genre particulier, pour pouvoir le repousser, prétextant le garçon perdu. La vérité étant que je suis homosexuel, et que l'effet que Bill a sur moi depuis qu'il m'a abordé sur le banc s'emplifie à chaque minute et que je ne suis pas sûr de pouvoir me contrôler si je passe trop de temps près de lui.

Et mieux vaut ne rien commencer, ou même tenter si c'est pour partir quelques jours plus tard. Et surtout, je ne crois pas que nous ayons le même point de vue sur les relations. Le fait qu'il m'ait sauté dessus la nuit dernière me prouve bien qu'il est frivole. Qu'il sort avec n'importe qui. Et ce n'est pas ce que je cherche.

Alors, autant laisser tomber.

Je sors de la douche, et m'enveloppe dans une serviette, avant de sortir en frissonant, la température de la pièce quelque peu inférieure à celle de la salle de bains encore pleine de vapeur. Oups. Je crois que j'ai un peu abusé sur l'eau chaude.
Bill est toujours allongé sur son lit. Je crois qu'il s'est endormi. Il est vraiment attirant, ainsi offert, les yeux fermés.
Je m'accroupis près de son visage et le détaille de plus près. Son souffle régulier butte sur mes lèvres et mes yeux se ferment d'eux-mêmes. Je sais que je ne devrais pas mais...

« Bill t'es là ? Ouvre c'est moi ! »

Je sursaute comme un malade et m'écarte brusquement. Bill se réveille aussi vite et regarde vers la porte.

« Quoi ? »

« C'est Georg abruti ! Ouvre ! »


Il ne semble pas remarquer mes joues rougies et la main posée sur mon coeur, tentant désespérément de le calmer. Je n'ose pas imaginer ce qui se serait passé s'il m'avait surpris dans cette position. Ou pire, si « Georg » ne m'avait pas interrompu.

Bill se lève et chancèle jusqu'à la porte qu'il ouvre, laissant entrer un garçon de carrure imposante. Pas mal lui aussi.

« Ben t'en as mis du temps ! Tu f'sais quoi ? Et c'est qui lui ? »


Bill soupire et lève les yeux au ciel.

« Je dormais et tu m'as gentiment réveillé ! Et lui comme tu dis, c'est Tom, un ami à moi. »

Georg me détaille méticuleusement et je réalise que je suis toujours accroupi en serviette. Super première impression.

« Ah d'accord ! Et il fait quoi ? »

Bill me tend une main que je saisis volontiers pour me relever.

« Et si tu lui demandais toi-même ? Tu m'as tiré d'mes beaux rêves tu voudrais pas non plus que j'te donne des explications ? »

« Tais-toi. Bon ben... salut Tom. J'm'appelle Georg. »

« Salut. »


Un silence pesant s'installe. Bill me détaille, le regard voilé. Georg fixe la fenêtre. Et moi, je commence à avoir froid.

« Bill dis-moi. J'voudrais pas abuser mais... tu sais pas où j'pourrais trouver des fringues ? Parce que c'est pas qu'j'ai froid et que les autres sont crades mais... »

« Huuum... ah si je sais ! Georg tu penses que la lav'rie est fermée ? »

« J'pense qu'elle est encore ouverte une semaine pourquoi ? »


Le joli brun se tourne vers moi et m'explique malicieusement :

« Comme la plupart des élèves habitent ici et qu'ils n'ont pas tous le temps de faire leur lessive chez eux le week-end ou que leurs mères n'ont pas que ça à faire, au choix sur place ou à emporter, bref. Donc, ils laissent leurs fringues à laver, et je sais que pas mal ont été oubliées avant leur départ en vacances la semaine dernière. On peut toujours aller voir si on t'trouve pas un truc ? »

« Et si y a pas de baggy ? »

« Tu te trimballes en serviette dans toute la ville. Ou tu restes nu chez moi. Ce qui, entre nous, ne me déplairait pas, mais là n'est pas le sujet. »


Il est incroyable. Il ne se prend jamais au sérieux. Georg par contre nous jette un regard étrange. Comme... gêné. Ou jaloux.

« Bon okay. Mais j'vais m'balader comme ça que combien ? Elle est loin votre lav'rie ? »

« Y en a une par bâtiment, donc en bas. Tu penses pouvoir survivre ? »


Georg se racle la gorge.

« On y va ? »

Bill le dévisage longuement. Je sais qu'il est normal que je comprenne rien à tout ça, mais ça m'énerve un peu de me retrouver en serviette, devant deux mecs que je connais pas ou à peine, en train de communiquer silencieusement par le regard.

« Ouai. », je réponds finalement.



********



Ca fait maintenant deux jours que je m'incruste chez Bill et je commence vraiment à avoir mauvaise conscience. Il passe tout son temps avec moi, et je sens que Georg ne l'accepte pas. En même temps, un inconnu qui débarque de nulle part et qui passe sa vie avec votre meilleur ami, je peux comprendre que ça le gène un peu. En d'autres termes, il me prend pour un squatteur.

Bill et moi sommes allongés sur son lit. Encore. Nous n'avons pas beaucoup bougé de la journée en fait, à rester étaler comme des loques et à nous désaltèrer, la chaleur étouffante du dehors ne nous faisant pas vraiment envie. Nous avons beaucoup parlé. Moi de ma vie et lui de la sienne.
J'ai ainsi appris qu'il avait adopté et que son père adoptif, un chirurgien plastique de grande renommé, l'avait délaissé toute son enfance, le laissant à sa mère ou bien à la nourrice. Sa voix est teintée de tristesse, de regrets et surtout de colère quand il en parle. Il ne comprend pas pourquoi et comment, surtout après avoir adopté un enfant ce qui est quand même une grande décision, un parent peut complètement s'en désintéresser. Aujourd'hui il vit seul et rend de temps en temps visite à sa mère qui lui signe un chèque pour chaque trimestre.

Sympa.

Il me répète que je devrais retourner voir mon père et m'expliquer avec lui. Que m'enfuir ne réglera rien et qu'après la situation se compliquera encore plus. Et je pense qu'il a raison...

« Je vais aller voir mon père. »

Il se redresse brusquement et plante son regard dans le mien.

« Vrai ? »

« Vrai. Tu peux v'nir m'observer des buissons si tu veux. »


Nous éclatons de rire et il pose sa main sur la mienne. Je frissonne violemment et prie le Ciel qu'il n'ait rien senti. Mais à la façon dont il me sourit, je crois que c'est trop tard.

« Tu veux y aller quand ? »

« Maint'nant ? »

« Allez c'est parti ! Attends laisse-moi me changer avant. »

« Pourquoi ? »

« Tais-toi et attends-moi là. J'vais pas y aller en short quand même. »


Je soupire, las. Bill accorde plus d'importance à ses fringues qu'à n'importe quoi d'autre. C'est dingue. Il aurait fait une super fille. J'attends une trentaine de minutes avant qu'il ne se décide à ressortir, un jean et un tee-shirt sur le dos.

« Comment ça s'fait que tu mettes aussi longtemps à choisir tes fringues ? »

« Ca s'appelle la coordination Tom. Tu comprendrais si tu savais t'habiller. »


Je ne relève même pas. Je la sentais venir des kilomètres à la ronde celle-là.

Il passe devant moi, tourne sur lui-même et me demande :

« Alors Chéri de quoi j'ai l'air ? »

« De rien. Allez on y va. »



********



Je vois enfin la maison se dessiner au bout de l'immense route déserte. Ça doit bien faire une heure que nous sommes partis. En fait je n'ai pas arrêté de faire marcher arrière et Bill de me retenir par le col, m'étranglant toujours plus à chaque fois. Tout ça nous a pas mal ralentis.

Je sais que je ne peux plus faire marche arrière. Je ne sais juste pas quoi dire à mon père. Je n'ai aucune idée de comment cette discusstion va se terminer. Est-ce que je vais rester avec lui ? Est-ce que je vais retourner avec ma mère ? Une chose est sûre cependant, je ne m'enfuirai plus. Bill m'a convaincu de tenter de m'expliquer pour de bon avec mon père et je ne le décevrai pas.

« Nerveux ? »

« Un peu. J'flippe complet en fait. »


Je ne remarque que ma main tremble qu'à l'instant où Bill s'en saisit pour la serrer dans la sienne. J'apprécie le contact de nos peaux, et une chaleur plus qu'agréable se propage tout le long de mon bras pour finir par réchauffer tout mon être. Je ferme les yeux et respire à fond. J'ai peur. Mais rien que le fait de sentir Bill à mes côtés me redonne confiance en moi.
Je tourne la tête vers lui et le remercie d'un regard. Il accentue la pression de sa main et s'arrête. Je fais de même, surpris.

« Tu vas y arriver Tom. Et au pire, j'suis là. J't'aiderai à trouver une solution. Pis mon studio est pas si mal hein ? »

Ses yeux brillent, je suis vraiment ému de le sentir s'inquièter autant pour moi. Nous nous sommes vraiment attachés l'un à l'autre en deux jours en fin de compte... Sans réellement le vouloir ou le sentir. En partageant une ou deux conversations sur nos vies respectives. En riant pour rien... Je crois que s'il me proposait de rester avec lui si tout se passait mal avec mon père tout à l'heure j'hésiterais fortement avant de refuser sa proposition.

« Oui... Merci Bill. Merci et... »

Il m'attire dans ses bras, coupant ma phrase, ce qui est plutôt une bonne chose, en vue du flot de babillages que je m'apprêtais à déballer. Je sens son nez souffler sur ma nuque et je ferme les yeux. Je suis si bien dans ses bras. Je le serre fort contre moi. Très fort, agrippant son tee-shirt et fourrageant mon visage dans ses cheveux qui sentent si bon.

Oh non je ne veux pas le quitter.

Notre étreinte dure plusieurs minutes, et je sens les battements de mon coeur affolé se calmer peu à peu qu'il me murmure des mots incompréhensibles à l'oreille. Je ne veux pas quitter ses bras. Comme s'il avait crée un bouclier autour de nous et que rien ne pouvait nous atteindre.

Je ne veux pas.

Et pourtant si ça tourne mal avec mon paternel et que je suis obligé de quitter la ville ? Aussi incroyable que cela puisse paraître et j'en suis moi-même le premier étonné, je n'arrive pas à m'imaginer quitter Bill. Pour l'instant. Tout cours. Je ne sais pas ce que je ressens exactement pour lui. Je sais seulement que ça a été rapide, brutal, et plus intense que toute autre chose auparavant. Et c'est suffisant pour refuser de le laisser non ?

Je ne peux pas.

Je tremble un peu et il desserre ses bras, encadrant mon visage de ses mains.

« T'en fais pas Tom. Tout va bien s'passer. Si tu y mets du tien et que tu réussis à trouver un compromis, tu verras. Tout ira bien. »Ses yeux sont remplis de confiance et mon coeur s'emballe.

« Oui... », je souffle.

Il me sourit et reprend ma main avant de se diriger à nouveau vers la maison.

« Putain c'est là qu'il habite ? Eh bah ! Si on avait fait construire ça pour moi... ! »

Je ris. Je sais qu'il essaie de dédramatiser la situation en sortant des anneries. Et ça fait du bien.

« Ouai. Bah on verra si tu peux v'nir hein. »

« Tu veux dire que... tu veux rester ? »

« Je vais essayer en tout cas... Peut-être qu'il est temps que je me rapproche de mon père et que je tente le coup avec lui... »


... et que je suis peut-être en train de tomber amoureux de toi.

Je me secoue et prend air déterminé.

« Allez, à nous deux papa ! »

Bill m'applaudit et sautille sur ses pieds. Je pouffe, m'avance vers lui, et sans rien laisser prévoir, je pose ma bouche contre sa joue. Baiser bref, comme une plume. Sa peau est douce.

« A toute à l'heure ? »

Je le supplie du regard, espèrant vraiment qu'il m'attende. Aux deux sens du terme, je crois.

« Bien sûr. Je crois les doigts pour toi. Mieux je vais m'asseoir en lotus et prier pour toi. »

Il se pose au sol et s'installe en position de yoga. J'éclate franchement de rire. Il est incroyable.
J'ouvre le portail et pénètre dans la propriété. Aucune alarme ne sonne. Il ne manquerait plus que la police ne débarque.
J'ouvre la lourde porte et entre. Un silence de mort règne et je me sens presque coupable de faire crisser mes chaussures sur le parquet brillant. Personne dans l'entrée.
J'avance et découvre des pièces plus somptueuses les unes que les autres. Il n'a vraiment pas fait les choses à moitié, c'est le moins que l'on puisse dire. J'emprunte un escalier menant à l'étage et entend une voix provenir d'une pièce fermée.

Je tremble et mes mains deviennent moites. Je ne sais plus. Je ne suis plus sûr de rien. Essayer de parler avec mon père est-elle une aussi bonne idée qu'elle le paraissait au départ ? Vais-je réussir à rester calme ? Si je décide de rester, la vie ici est-elle réellement faite pour moi ?

Je ferme les yeux et voit passer l'image de Bill sous mes paupières tremblotante. Bill et son sourire. Bill et son eye-liner sur lequel il se défoule quand il n'est pas content du résultat de son maquillage. Bill...
Je souris et pousse la porte sans frapper.

J'ai à peine le temps de distinguer des feuilles avec ma photo dessus que je me sens étouffé par les bras de mon père.

« Tom... »



********



Je referme la porte derrière moi, un sourire aux lèvres. Je me sens lèger. Extrèmement bien. Tout s'est arrangé à une vitesse déconcertante. Comme si toute cette situation n'avait pas lieu d'être. J'observe le ciel bleu. Pas un nuage à l'horizon. Un peu comme cet instant. Tout est parfait. Enfin presque. Il faut encore que j'annonce à Bill que je m'installe chez mon père... définitivement. J'ai envie de jouer un peu, de voir quelle serait sa réaction si je lui annonçais que je comptais repartir. Je vais bien m'amuser, je le sens. Sadique moi ? Jamais.

« Tom ! Putain t'en as mis du temps ! »

Je baisse les yeux, essayant vraiment de rentrer dans mon personnage et à en juger par sa réaction, je dois être bon comédien.

« C'est quoi cette tête Tom ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous vous êtes engueulés ? Putain mais Tom réponds-moi !!! »

Il crie comme un déjanté et je me contiens aussi bien que je peux. Son émotion me... comment dire ? Le voir paniqué sur la simple impression que je pourrais repartir me donne juste envie de me jeter dans es bras, de l'embrasser et de lui promettre de ne jamais le quitter.
Mais c'est trop tôt. Enfin, je crois.
Au lieu de ça je relève la tête et dit d'une voix neutre :

« J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi Bill. »

Tellement cliché. Mais les gens réagissent toujours de la même manière.

« La bonne. Pour avoir une petite dose de joie à l'entente de la mauvaise. Putain Tom dis-moi ! »

Il attrape mon tee-shirt et le tord nerveusement. J'adore ça putain.

« J'ai réussi à parler avec mon père, sans qu'aucun de nous deux n'élève la voix... »

« Tu t'fous d'moi ? C'est ça ta bonne nouvelle ? Eh bah elle est pourrie ! »


J'éclate de rire. C'est nerveux j'y peux rien.

« Allez annonce la mauvaise. Tom me dis pas que tu t'en vas... S'il te plaît t'en vas pas... »

Il a l'air si vulnérable... Je le prends tendrement dans mes bras et le serre le plus fort possible. J'inspire à fond son odeur et me laisse planner quelques secondes, oubliant l'état dans lequel il se trouve. Il doit prendre cette étreinte comme un câlin de réconfort en vu de ce que je vais lui dire et se raidit. Je le sens trembler contre moi.

« Hey pleure pas ! »

« Je pleure pas. Pas encore. Alors achève-moi... »


Sa voix est humide et je souris. Je n'aurai pas résister très longtemps face à ce brun.

« Tu vas devoir me supporter un peu plus longtemps Bill. Désolé pour toi... »

Mon coeur s'emballe alors qu'il tremble de plus en plus. Lui annoncer rend tout tellement plus réel ! Je le serre à l'étouffer et il me rend la pareil avec vigueur. Je suis si bien...

« J'te déteste ! J'te déteste sérieux ! »

« Han ! Moi qui croyais qu'tu m'aimais bien ! J'peux changer d'avis si tu veux et dire à mon père que je viens plus vivre avec lui si tu veux ! »

« Vivre ? »,
répète-t-il les yeux ronds.

« Bah ouai vivre. »

Il pousse un hurlement strident et me saute dessus. S'il savait à quel point sa réaction me comble...
J'aime savoir qu'il s'est vraiment inquièté. Oh oui.

Il se détache à nouveau de moi et me regarde dans les yeux. Ses yeux magnifiques qui me font fondre chaque fois que je les rencontre. Un doux silence s'installe entre nous. On se détaille. Aucun de noux deux ne bouge. On est proches. Vraiment proche. Mais pas un mouvement. Personne n'ose faire quoi que ce soit.

Ou n'ose faire le premier pas ?

Fin Pov. Tom

Pov. Bill


Il reste. Il reste ! Tom reste vivre ici ! Je suis tellement heureux ! J'ai vraiment cru devenir dingue quand il est sorti de chez lui l'air dévasté. Le con, il m'a bien eu. J'ai eu si peur qu'il ne décide de quitter la ville... Assis par terre à croiser les doigts et à me balancer comme un singe pendant plus d'une heure. J'aurais pu faire une crise cardiaque. Si si ! Promis ! Il reste. Mon Dieu.
Le plus étrange dans tout ça est peut-être l'intensité de mes émotions. C'est vrai quoi, je l'connais depuis avant hier, je sais que j'suis attiré par lui... mais ce que j'ai ressenti tout à l'heure en l'attendant, et encore après dans ses bras, relève de plus que de la simple attirance. Comme si mon monde se serait écroulé s'il était parti pour toujours. Je crois que je n'ai jamais rien épourvé d'aussi fort aussi rapidement. Non en fait, je n'ai jamais rien éprouvé d'aussi fort aussi rapidement. Et dire qu'au départ je voulais juste le sauter comme tous les autres...

Tom est un peu comme une perle rare. Peut-être même est-il celle que je cherche depuis longtemps ? Une chose est sûre, je ne suis pas prêt de le laisser partir. Il n'a pas le droit de me laisser, c'est tout.
Je me fais peur à penser de telles choses, mais je réalise que c'est vrai. Et ça me fait encore plus peur au final. Mon Dieu, aidez-moi.

« Tu m'écoutes Bill ? Bill ?! »


Je sursaute et griffe sa paume en détachant nos mains qu'il a lui-même liées. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je n'ai même pas remarqué que nous étions déjà arrivés devant chez moi.

« Euh non. Tu disais ? »

Il soupire et me sourit. Comment aurais-je fait pour me passer de ce sourire ? Je frissonne et essaie de me redonner consistance.

« Je disais, que si tu veux tu pourras passer quelques jours à la maison. Mon père tient à te rencontrer. »

« Mais pourquoi ? »


Je dois avouer que je suis plus qu'étonné.

« Il tient à et je le cite, rencontrer le garçon qui lui a ramené son fils. Je l'avais jamais vu aussi ému et grandiloquent mais bon. Enfin voilà il veut t'voir. Et comme tu t'extasiais devant ma maison eh bah tu pourras aussi la squatter maint'nant ! Elle est pas belle la vie ? »

Je lui souris de toutes mes dents.

« C'est vraiment génial que tu restes Tom. Vraiment. »

« Je sais je sais. Tu peux plus t'passer d'moi que veux-tu. »


« Pff, mais oui. J'vais pouvoir te faire visiter la ville et tout. Et Georg nous montrera tous les coins branchés où traînés quand tu t'fais chier. Pire fétard tu fais pas. »

« Eh bah voilà qui m'paraît être un super plan. »


« Ouai. »

« Bill ? »

« Oui ? »

« Moi aussi, j'suis vraiment content de rester. »




********



« Georg t'es où ? »

« Juste derrière toi abruti. »


Je sursaute et manque de frapper mon ami qui se tient à même pas deux mètres de moi.

« Ah bah on t'attendait plus ! »

« J'suis pas mal occupé ces derniers temps. V'nez on rentre j'vous expliquerai à l'intérieur. »


Ces derniers temps constituent les deux semaines qui se sont écoulées depuis l'installation définitive de Tom. Chaque fois que j'y repense, j'ai envie de crier ma joie. Ce soir, nous sortons tous les trois. Pizza. Tom et Georg s'apprécient énormément, peut-être même un peu trop face à mes yeux jaloux. Nous sortons plusieurs fois par semaines mais je dois dire que je préfère les moments seuls avec Tom.

Parfois je me demande pourquoi je ne tente rien avec lui. Je l'ai déjà surpris à me scruter plus longuement que nécessaire. J'ai déjà vu ses joues rougir après l'avoir embrassé ou l'avoir pris dans mes bras. Je sais que je ne lui suis pas indifférent. Je sais que je pourrais tenter une approche, ou même directement passer à l'action. Comme ça, d'un seul coup. Brusquement.
Mais peut-être est-ce là la raison qui me retient. Avec Tom, j'ai envie de prendre mon temps. De voir les choses évoluer. De laisser les choses se faire... J'aime ça. J'aime être avec lui. Tout le temps. J'aime le voir rire. J'aime sentir son regard sur mon corps. J'aime sentir ses bras autour de moi. J'aime parler avec lui. J'aime... Je sais que je suis en train de tomber amoureux. Et le pire dans tout ça, c'est que j'aime ça. Le pire, ou le meilleur. Ca dépendra de lui. Mais nous avons le temps non... ?

Georg et lui vont vers le bar en riant tandis que je m'asseois à une table, toujours plongé dans mes pensées. Je les observe et fronce les sourcils alors que je me rends compte de quelque chose que je n'avais jamais remarqué. Sois je me fais des idées, sois les regards que jette Georg à Tom sont vraiment... différents de ceux lancés à un simple ami. Il lui sourit malicieusement, ses yeux brillent, il a ses cheveux passés derrière l'oreille. Bordel. Comme j'ai fait pour pas m'en apercevoir ? Il passe son bras autour des épaules de Tom, et je vois rouge. Je me lève d'un bon avant que les choses ne dégénèrent pour de bon. J'arrive au bar d'un pas énergique, pousse légèrement Georg et m'exclame :

« Eh bah j'ai soif ! Vous foutez quoi ? »

Tom me sourit, je rougis. Je crois que je me suis fait grillé. Et il a l'air de bien apprécier ma petite crise de jalousie. Georg lui me lance un regard noir et me répond d'une voix glaciale :

« Rien on commandait, mais comme on savait pas c'que tu voulais... »

Je baisse les yeux. Il a vraiment l'air fâché. Mais merde il a pas à draguer Tom ! Je lui ai dit clairement que j'avais des sentiments pour lui. Entre amis, on est pas censé s'aider et non pas essayer de se voler les personnes qui nous intéressent ? Surtout que Georg est mon meilleur ami... alors pourquoi est-ce qu'il me fait ça ? Ca va pas se passer comme ça. Oh certainement pas.
J'attrape le bras de Tom et l'emmène avec moi à la table après avoir balancer un « Vodka pomme » au barman.

« C'était quoi ça avec Georg ? »

Il me dévisage longuement et je réalise soudainement que je n'ai aucun droit de lui demander ça. Nous n'sommes pas ensembles. Je n'ai fait aucun pas vers lui, je n'ai aucun droit de juger ce qu'il fait avec Georg, ou les autres. Et merde.

« Euh, il m'présentait au barman. Et toi c'est quoi ça ? Pourquoi tu réagis comme ça Bill ? »

Je détourne le regard et réfléchis à vive allure. J'ai saisi le sous entendu de sa question. Il me demande de le faire justement, ce pas vers lui. Il me demande de lui donner une bonne raison de ne pas se laisser draguer par Georg, ou par n'importe quel autre mec. Il me demande de lui dire ce que je ressens pour lui...

J'ai peur. J'hésite. Suis-je prêt ? Je ne me suis jamais engagé. Avec personne. Les relations les plus longues que j'ai connu ont durées deux voir trois nuits. Comme se projetter sur un futur lointain pour la première fois ? Je ne sais pas si je suis fait pour ça. J'ai peur.

« Je... Tom je... »

« Et voilà trois vodka pomme ! »


Tom soupire profondément et je donne un violent coup de pied dans la table. Il l'a fait exprès c'est pas possible !

« Vous en faîtes des têtes ! Allez buvez ! Ca vous f'ra du bien. »

Tom se saisit de son verre et l'avale d'un trait.

« Eh bah j'en connais qui ont la descente facile. »

« Ca va hein. »,
répond-il, taquin. Que j'aime son sourire...

« Je vous ai parlé du projet que j'ai pour les cours ? »

Et voilà Georg qui vient à nouveau tout gâcher. Il faut vraiment que j'ai une petite, ou grande discussion avec lui ça dépendra de sa résistance, au sujet de Tom et moi, et de Tom et lui. Et même de lui et moi tiens.
J'attrape mon verre et le vide à mon tour.

« Non mais vas y j't'en prie. »

Georg me sourit, narquois, avant de se lancer :

« Ben en fait, pour l'examen de fin d'année, on doit tourner un court métrage sur un sujet banal si j'puis dire. Et donc je me suis dit qu'on pourrait tourner ça sur la place principale. C'est l'histoire de deux amis d'enfance qui se retrouvent après de longues années de séparation, et qui tombent peu à peu amoureux au fur et à mesure de leurs retrouvailles. »

Tom applaudit gentiment.

« Eh bah ! Un film ! Et tu comptes demander à qui de jouer tes stars ? »

« Vu que je suis noté sur plusieurs critères, je dois jouer aussi. Du plus petite rôle au principal. J'ai écrit le scénario en choisissant un deux héros. »


Bien sûr.

« Et pour l'autre ? », je demande, impatient. Je sens la rage monter. Une bouffée de jalousie m'étouffe, alors que je devine sans mal à qui il a pensé. Je le connais par coeur.

« En fait, j'me suis dit, Tom puisque t'es nouveau en ville et que pratiquement personne ne te connais encore vraiment, que ce s'rait une bonne idée pour attirer les regards sur toi ! Enfin, si tu veux bien sûr. »

C'est l'excuse la plus pourrie que j'ai jamais entendu. Sérieux.

« Euh ouai. »

« Ouai ? »,
demande Georg, un immense sourire hypocrite sur les lèvres. Connard.

« Ouai. Qu'est-ce qui m'en empêche ? Et puis, j'ai toujours aimé être sous les projecteurs. »

Cette phrase m'est adressée. Je le sais. Et ça fait mal.

Fin Pov. Bill



********



Pov. Tom

Le tournage pour l'école de commence dans deux jours. Il s'étend sur une semaine je crois. Seules les petites scènes avec peu de texte ou bien des rôles mineurs ont été tournées. Demain nous tournons la scène principale du court métrage selong Georg. Celle où les deux amis s'avouent enfin leurs sentiments. Nous l'avons répétée des dizaines de fois, sous le regard de tous, aux aguets. Et surtout sous le regard furibond de Bill. Je dois avouer que le voir si jaloux me fait... plaisir. Ce n'est peut-être pas très fair play, mais j'en ai assez de jouer. Je lui ai tout de même fait assez clairement comprendre ce que je ressens, j'estime que c'est à son tour de faire un geste envers moi. Un mot... Rien qu'un mot et je suis à lui. Et je suis persuadé qu'il le sait. Pourtant il ne bouge pas. Pas un geste. Alors... tant pis ?

J'ai bien vu comme Georg se comporte avec moi. J'ai remarqué ses tentatives pour me séduire. Je ne suis pas aveugle tout de même. Et Bill non plus. Bill. Putain pourquoi chaque fois que je réfléchis à quelque chose, je transpose la situation en rapport avec Bill ? Tout le temps. Je pense tout le temps à lui. Chaque mouvement je me demande s'il me regarde. Chaque mot je me demande s'il m'entend. Chaque nuit je me demande s'il me voit dans ses rêves comme il fait partie des miens. Je l'ai dans la peau. Alors qu'il ne s'est rien passé et que je doute fort qu'il ne se passe quoique ce soit dans un futur proche.

Je suis allongé dans mon lit, le script dans la main. Dans la scène de demain, les deux amis ne s'embrassent pas. Georg a tenu à ne pas trop dépasser les limites du conventionnel. Mais je peux m'empêcher de me demander comment réagirait Bill en me voyant embrasser Georg. C'est vrai. Georg est beau, très séduisant même. Gentil, prévenant... Qu'est-ce qui me retiens alors ? Je soupire. C'est une bataille perdue d'avance. Je n'oublierai pas Bill de si tôt. Je ne peux pas. Je ne peux pas.

Putain.

J'en ai assez. Plus qu'assez de toute cette situation. De toutes ces hésitations qui nous bouffent tous les deux. Il faut que ça cesse. Seulement voilà, dire que l'on va faire une chosen et la réaliser sont malheureusement aussi dures que différentes.

J'éteinds ma lampe et ferme les yeux.

Demain est un autre jour. Demain, ça sera différent.



********



« Silence et action ! »

Voilà le jour tant attendu, ou tant redouté. Toute l'équipe est là, sauf Georg. Il est midi passé et il n'est toujours pas arrivé. Tout le monde commence à se faire du souci. Même Bill qui semblait lui en vouloir a les traits tirés par l'inquiètude.

« Mais qu'est-ce qu'il fout bordel ? C'est pas normal ! »

Je passe une main dans son dos et le caresse tendrement. Je ne peux pas m'en empêcher. Il est trop près.

« Calme-toi va ! Il s'est p'têtre pas l'vé c'matin ? »

« Tu rigoles ? C'est l'un des jours les plus importants d'sa vie et il se lèv'rait pas ? Non non c'est pas possible. Depuis qu'il est p'tit il parle que d'faire du cinéma. Il raterai un jour de tournage pour rien au monde. Y a un truc qui cloche. »


Il soupire et essaie de l'appeler. Portable. Fixe. Rien. La tension est palpable. Tout le monde commence à s'impatienter. Vite, une connerie. Un truc pour détendre l'atmosphère.

« Bah au pire, s'il vient pas, tu prends sa place ! »

Mais qu'est-ce qui me prend ? C'est pas vrai ! Je me surprends moi-même du taux d'imbécilité qui coule dans mes veines. Je viens de lui tendre une perche d'une longueur inimaginable putain.

« Hm ouai pourquoi pas ? »

Il se tourne vers la caméraman, et j'ai l'impression que mon coeur dégringole jusqu'au plus profond de mes entrailles. Une déception. Une énième déception.

Peut-être qu'au final, tout ça n'est qu'un jeu pour lui. Je savais qu'il ne mettait les mecs dans son lit que pour un soir et je me suis quand même fait avoir. Comme un débutant en plus. Quel imbécile je suis ! Il m'agace. Avec ses cheveux noirs et brillants là, dont il attrape une mèche pour la tourner entre ses doigts quand il est stressé. Avec ses mains qu'il agite quand il parle et qui masse si divinement bien malgré tout... Avec ses... Stop putain ! Il faut que je le sorte de ma tête. S'il ne veut pas bouger tant pis pour lui. Tant pis pour moi...

« PUTAIN GEORG MAIS TU ETAIS OU ?! »

Je me tourne brusquement et vois Bill sauter sur son ami. Tout le monde accourt vers lui et semble attendre de bonnes explications. Je m'approche à mon tour et attends.

Il porte sa main à sa gorge, la masse et déclare d'une voix à peine audible :

« J'pourrai... j'pourrai pas tourner. J'suis a... aphone. »

Il se racle douloureusement la gorge tandis qu'ils sont tous là à lui murmurer des « Désolé mon pauvre ami. » ou des « Mais comment t'as fait ton compte ? »
Le seul qui ne paraît pas trop compatissant c'est Bill. En apparence il fait le désolé, mais je connais son sourire mesquin. Il prépare quelque chose et... oh non. Pas ça. S'il vous plaît tout sauf ça.

« Et on va faire comment alors pour ton rôle ? On n'peut pas attendre que tu sois guéri, si ? »

Georg répond négativement et le sourire de Bill s'agrandit.

« Alors j'ai trouvé ! J'vais jouer à ta place ! J'le connais par coeur le texte à force de vous avoir vu répéter. C'est pas une idée géniale ? »

Oui. Non. Merde. Putain de merde ! Ca veut dire que je vais devoir déclarer mes sentiments à Bill devant tout le monde ? Non. Relax Tom. Tu vas devoir déclarer les sentiments de ton personnage à celui de Bill. En le regardant dans les yeux. En lui enlaçant la main. En le serrant contre moi.
Je vais pas y arriver. La tête me tourne. J'ai besoin d'eau, d'air... J'ai toujours été très réactif dans des situations compliquées et affolantes. Résultat je suis au bord du malaise à quelques minutes du tournage de ma scène avec Bill.

Au secours.

Il s'appproche de moi, me sourit et me dit d'une voix espiègle :

« Eh bah on dirait que c'est toi et moi maintenant. »

Ta gueule Bill. Il me dépasse et va s'asseoir sur le banc où nous sommes censés jouer notre scène. Cette scène où deux amis s'avouent leurs sentiments qu'ils ne peuvent plus contrôler. Mon ventre se contracte. Je ne me souviens de mon texte. J'ai tout oublié. Et il continue de me sourire... Je m'approche et m'asseois prudemment à sa droite. Ses yeux me transpercent et je lutte de toutes mes forces pour ne pas m'enfuir en courant et tout abandonner. J'ai chaud. Le soleil cogne fort. Trop fort. L'air me manque.

« Ca va Tom ? »

Je ne réponds pas et déglutis difficilement. Ma salive me brûle la gorge et je me demande comment je vais réussir à aligner deux mots. Ca semble tellement au dessus de mes forces.

« C'est le stress c'est ça ? T'inquiète de toute manière c'est moi qui en dit le plus. C't'andouille s'est vraiment donné le rôle principal. Tu veux de l'eau ? »

« Non. Ca va aller. Allez finissons-en. »


Il fronce les sourcils, surpris. Mon ton est froid, presque glacial. Je veux en finir le plus vite possible. Quitter ce banc et le sortir de ma tête. Tant pis si ça fait mal. Tant pis s'il ressent quoi que ce soit pour moi. Tant pis si je fais la plus grosse connerie de ma vie... Parce que je sais que je n'agis pas comme je le devrais. Je suis ce que me dit ma tête. Je n'écoute pas mon coeur. J'ai arrêté de le suivre depuis des années. Mais cette envie de me laisser aller n'a jamais été aussi présente que lorsque je suis près de lui. Et ça ne peut plus durer. Je ne peux plus le laisser avoir autant d'effets sur moi sans recevoir ne serait-ce qu'un infime signe de sa part.

« Okay...On est prêts ! »

Je ferme les yeux et me concentre aussi bien que je peux. Ce n'est que de la comédie. Ce n'est pas réel. Ce n'est pas vrai.
Mais je dois me rendre à l'évidence, je crève d'envie que ça le soit.

« Silence, moteur et action ! »

Nous nous tournons l'un vers l'autre. Comme dans le scénario. Il prend mes mains dans les siennes. Comme dans le scénario. Il plonge ses magnifiques yeux dans les miens. Comme dans le scénario. Et récite ces mots que j'ai si souvent rêvé d'entendre. Comme dans le scénario.

« Tu sais... j'ai jamais dit ça encore à quelqu'un et... mon Dieu tu vas me trouver ridicule mais... depuis que je suis revenu, c'est comme si je te rencontrais pour la première fois. Comme si... je découvrais un nouveau toi et que... et que des... sentiments sont... »

J'entends à peine ce qu'il dit. Il semble mal à l'aise. Complètement désorienté. Dérouté. Il hésite sur le texte et change des mots. Soudain il lache mes mains et se rapprochent encore plus de moi, faisant se toucher nos genoux et nos épaules. Mon coeur bat à cent à l'heure. Mais qu'est-ce qu'il fait ?

« J'en ai marre de jouer. »

Oh putain.

Tous les yeux sont braqués sur nous. Tous se demandent ce que nous trafiquons à changer la scène au beau milieu de son tournage.

« J'en ai marre de te voir tous les jours près de moi et de ne t'avoir seulement comme... ami. J'en ai assez de me cacher. Assez d'avoir peur de ce qui va se passer. Tu me hantes. Depuis la première fois que je t'ai vu, tu me hantes. Ton image me poursuit partout où je sois. Quand je dors... Tout le temps. Je n'arrive pas à me détacher de toi. Je n'en ai pas la force. »

Je ne suis plus en état de réfléchir à quoi que ce soit. Je ne comprends plus ce qui se passe. Je ne vois que ses yeux. Je n'entends que sa voix. Je ne sens que ses mains qui se joignent à nouveau aux miennes.

« Alors... pourquoi n'as-tu rien fait ? »

Ma voix tremble, chargée d'émotion. J'ai l'impression de toucher mon rêve du bout des doigts. Il serre mes mains fort et reprend, essayant au mieux de faire passer cette déclaration improvisée comme un moment écrit dans le script.
Oh et puis on s'en fout. Je me fous du script. Je me fous de ce film. Je me fous de Georg qui doit être en train de fulminer son sa chaise de réalisateur. Je me fous d'enfreindre le scénario. Je me fous de tous les regards posés sur nous. Je me fous de tout.
Parce qu'il est là. Juste en face de moi. A me murmurer ces mots que j'ai si longtemps attendu. Je pourrais en pleurer. Mes yeux me piquent et les siens sont tout aussi brillants.
Je ne sens plus mon coeur battre. Il s'est envolé. Et il attend seulement sa réponse pour revenir ou bien partir à jamais...

« Parce que... Parce que j'ai eu peur. Peur de ressentir tout ce que j'ai ressenti pour la première fois. Tu n'imagines pas à quel point c'est fort et... ça m'a foutu la trouille. Alors j'ai préféré ne rien te dire et continuer à agir en simple ami. Et c'était plus simple, au début. Mais je me suis vite rendu compte que je ne pouvais rien faire et que je ressentais beaucoup, beaucoup plus que de l'amitié ou de la simple attirance envers toi... »

Au fur et à mesure qu'il parle, je le vois se rapprocher. Consciemment ou non, je réalise que je fais la même chose. Nous sommes inéxorablement attirés l'un par l'autre. Je ne cherche même plus à me battre. A quoi bon ? Avec ce qu'il vient de gentiment me balancer devant des dizaines de personnes, comment lui résister ? Même dans mes nombreux rêves ce n'était pas aussi intense. Tout devient réel. Tellement réel...
Sa bouche se rapproche peu à peu de la mienne. Encore quelques centimètres et...

« Je voudrais juste que... »

Je reviens au texte. Essayant de garder un semblant de lien avec la réalité.

« Tais-toi. », dit-il en posant ses mains sur mes épaules.

Il comble l'espace entre nous et ses lèvres pressent les miennes. Putain. Enfin. Je reçois des milliers de décharges électriques. Je tremble. Je ferme les yeux. Je réponds à son baiser et enserre sa taille pour le rapprocher encore plus. Nous restons quelques secondes comme ça. Simplement. Lèvres contre lèvres.
Puis je sens ses mains montées sur ma joues et son corps passé sur mes genoux alors qu'il saisit ma lèvre supérieur entre les siennes. C'est doux. C'est bon. C'est électrisant. Ca a un goût de paradis. Et j'attends ça depuis si longtemps... Je vis un rêve éveillé. J'en suis sûr. Rien de tout ça ne peut être réel n'est-ce pas ? Et pourtant... Pourtant c'est bien sa bouche humide qui s'écrase de plus en plus passionément sur la mienne. Je gémis de bonheur.
Je sens sa langue séparer mes lèvres et venir titiller mes dents. Heureusement que je suis assis, sinon je crois que mes jambes auraient lachées sous l'émotion. J'ouvre à mon tour la bouche et m'envole. Son piercing frotte mon palais et me procure des sensations grisantes. Nos nez se cognent tendrement. Nos corps se cherchent toujours plus. Ils ont besoin de se sentir l'un contre l'autre.
J'oublie tout. Il n'y a plus rien autour de nous. Juste ce banc, et le vent sont témoins du plus bel instant de ma jeune vie.
Et puis lui... Nos langues tournent maintenant dans sa bouche et je crois devenir fou. Il me rend fou. Toujours plus dépendant de lui à présent. Il embrasse de manière si indécente... Sa main gauche frottant ma joue tanis que son bras droit passe derrière ma nuque et que ses doigts griffent ma casquette.
Nous ne nous séparons pas. Même pas pour respirer. Je n'ai plus besoin d'air. Je respire à travers sa bouche ouverte liée à la mienne. C'est sensuel. C'est passioné. C'est doux. C'est magique...

« Coupé ! »


C'est Georg qui finit par nous séparer. Il a crié avec le peu de voix qu'il a réussi à rassembler en quelques minutes. Nous ouvrons les yeux et je rencontre ses deux perles brunes brûlantes. Un immense sourire se dessine sur mes lèvres. Sourire qu'il vient embrasser à nouveau. Je ne vivrai que pour ça. Que pour sentir sa bouche sur la mienne. Toujours.

« Coupé ! »

Nous pouffons de rire dans le baiser et il finit par se relever de mes genoux pour se tourner vers Georg et l'équipe.

« Bah quoi ? Elle était pas bien notre version ? »

Georg le regarde, incrédule. Puis à sa droite un jeune homme applaudit, puis celui à sa droite, puis une jeune fille avec un café à ses pieds... C'est bientôt toute l'équipe qui nous applaudit à tout rompre. Bill revient vers moi, un sourire victorieux et... amoureux aux lèvres.

« Elle était pas bien ma version Tomi ? »

Je me lève et m'empare encore une fois de ses lèvres. J'en suis drogué. Je ne peux déjà plus m'en passer. J'entends les applaudissement redoublés d'intensité. Je suis heureux.

« Si. Très. »

Je suis amoureux.

# Posté le samedi 27 juin 2009 18:43

Pour Greney <3

Pour Greney <3
« Putain si c'est comme ça mais je me tire tu m'entends ? Je me tire ! »

« Eh bah vas y ! Personne ne te retient ! »


Un grand brun se dirige vers la porte d'entrée et l'ouvre à la volée, indiquant le chemin de la sortie que son futur ex petit ami connaît par coeur. Ce dernier descend l'escalier précipitemment une valise à la main et passe le seuil. C'est encore l'une de leur nombreuses disputes qui est la cause de ce départ soudain. Ce n'est pas le premier pourtant. Chaque fois, le fugitif est revenu quelques heures plus tard un regard contrit, le menton bas, demandant pardon. Et à chaque fois ils finissaient par se tomber dans les bras, se disant à quel point ils s'aiment et qu'ils sont désolés.

« Si je pars maintenant je ne reviendrai pas Tom. »,
crie le brun la main sur la portière de sa voiture.

« Dégage ! Tu veux partir ? Eh bien vas y j'te dis ! », répond le dit Tom du perron.



********


De nombreux mois étaient passés depuis leur dernière dispute. Des mois, que dis-je, des années même. Trois pour être exacte. Trois ans que ce couple si parfait avait volé en éclat à la suite d'une stupide querelle. Sur quoi déjà ? Je ne suis même pas sûr que ni l'un ni l'autre ne s'en souvienne. Mais ils s'étaient engueulés, encore. Et cette fois-ci les choses avaient complètement échappé à leur contrôle. Cette fois-ci il y avait eu quelque chose de différent. Et les faits étaient là. Bill n'était jamais revenu. Tom avait attendu, attendu, des jours, des semaines, des mois... Le brun ne l'avait jamais rappelé. Il ne savait même pas où il s'était enfui. Il s'en était voulu à mort de l'avoir laissé partir. Mais pouvait-il réellement prévoir ce qui allait arriver ? Bill était parti, Tom était resté. Chez eux, dans l'appartement qu'ils avaient acheté ensemble, au milieu des meubles qu'ils avaient fabriqué pour certains. Il avait vécu jusqu'à maintenant au milieu de leurs souvenirs. Bien qu'il ne fût pas seul. Si Bill n'avait pas daigné lui donner la moindre nouvelle, Tom n'avait pas attendu son reste. Bien sûr que cette rupture l'avait anéanti. Il avait même passé les premiers mois qui suivirent enfermé chez eux, ne voulant pas croire au départ du brun. Cela ne pouvait juste pas être vrai. Et pourtant, il le savait, Bill ne reviendrait pas.

Alors il avait repris goût peu à peu à la vie. Il avait toujours des amis formidables après tout. Il s'était décidé à se reconstruire. A quoi bon pleurer toute sa vie sur quelqu'un qui s'est enfui sans un mot après tout ? Tom avait recommencé à sortir, à s'amuser, à recontrer, et surtout à coucher. Si avant Bill, Tom était quelque peu volage, son ancienne nature avait repris le dessus. Du moins jusqu'à ce qu'il rencontre Carol. Ce beau blond aux yeux si bleus. Leur rencontre atypique avait tout de suite fait craquer Tom, qui avait décidé de se donner une seconde chance. Il voulait à nouveau une relation sérieuse. Les semaines avaient passé et les choses avaient suivi leur cours. Désormais Carol vivait avec Tom. Il dormait à la place de Bill, s'asseyait à la place de Bill.

Tout semblait démontrer que Tom avait totalement tiré un trait sur l'ancien homme de sa vie. Et quelques fois il le croyait lui aussi. Mais lorsqu'il tombait par hasard sur l'une de leurs photos dans les vieux albums de famille, ce pincement au coeur était toujours bien présent, lui rappelant à quel point il avait été amoureux, et que ses sentiments seraient toujours là, à attendre un quelconque retour. Mais il était sincèrement amoureux de Carol. Bill était parti. C'était tout.


********

De son côté, Bill avait lui aussi énormément souffert. De leur rupture bien sûr, mais de la mort de son père également. Après son départ plus que violent, il avait roulé et roulé pendant deux jours entiers pour trouver refuge chez son père malade. Il avait pleuré des heures dans sa chambre d'enfant, serrant contre lui le bandeau de Tom qu'il gardait habituellement dans son sac et qu'il n'avait pas pensé à lui balancer à la figure ce jour-là. Il avait tout raconté à son père qui l'avait consolé du mieux qu'il pouvait. Il avait tenté de convaincre son fils de retourner vers Tom, de s'excuser et de reprendre leur histoire là où elle s'était bêtement arrêtée. Mais Bill avait refusé, prétextant qu'un break leur ferait du bien bien qu'il ne pensait pas un mot, et avait juste dit qu'il voulait s'occuper de son père malade. La discussion s'était arrêtée là.

Quelques mois plus tard, son père succombait à son cancer, laissant Bill dans cette maison qui l'avait vu grandir. Il avait décidé d'y rester, le temps de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il pensait à Tom bien sûr. Il y pensait chaque seconde. Il regrettait tellement ce qu'il avait fait. Tous les jours il gardait son téléphone en main, le fixant pendant de longues minutes. Une fois il avait même composé le numéro de son désormais ex mais n'avait pas eu le courage de continuer et de l'appeler. Il avait eu peur. Peur que Tom ne décroche pas. Ou pire, qu'il décroche et d'entendre tous ses reproches. Il aurait donné n'importe quoi pour remonter le temps, ou pour être capable de savoir ce que Tom pensait si loin de lui. Il souffrait. Et il se disait parfois que Tom aussi.

Les mois avaient défilé à une allure incroyable. Il s'était relevé. De la perte de son père, et de celle de l'amour de sa vie. Il ne s'en voulait plus autant. Il se disait simplement que la vie avait fini par les séparer et que retourner vers lui aurait été une erreur. Il était resté célibataire, mais refusait de penser que c'était parce qu'il était toujours amoureux de Tom.

Les années passés l'avaient amené à ce jour. Un jour banal de semaine, il revenait du travail et son téléphone avait vibré dans sa poche. Sil s'était douté de ce qu'il allait entendre...


*******


« Allo ? »

« Bill c'est moi. »


Bill du s'appuyer à la poignée de la porte d'entrée pour supporter le choc de l'entente de cette voix.

« Maman ? Ca fait... longtemps... »

Sa mère soupira doucement à l'autre bout du fil avant de reprendre la parole.

« Trop longtemps. Tu es occupé ? J'ai quelque chose à te demander. Déjà excuse-moi, comment vas-tu ? »


Bill sourit, sa mère n'avait pas changé. Toujours à s'excuser de déranger les gens, même quand ce n'était pas le cas. Tom le faisait aussi.

« Non non pas du tout. Je vais bien, très bien même. Et toi comment vas-tu ? »

« Justement, c'est la raison de mon appel. Tu te souviens de ta tante Mindy ? »


Bien sûr qu'il s'en souvenait. Il avait passé une bonne partie de son enfance scotché à ses jambes, et était resté très proche d'elle tout au long du début de sa vie. Il n'avait perdu le contact que depuis... 3 ans.

« Oui très bien pourquoi ? Elle a un souci ? »

« Elle... elle a eu un accident Bill. Elle est dans le coma et... les médecins ne savent pas si elle va se réveiller. »


La voix de sa mère était neutre, presque monocorde. Comme quelqu'un qui aurait répété de dizaines de fois la même chose, et que l'émotion peinait à atteindre à la longue. Bill dû vraiment s'accrocher à la poignée pour ne pas tomber cette fois-ci.

« Et toi comment ça va maman ? Tu tiens le coup ? »


Sa mère sourit et répondit, la voix humide.

« Il faut bien. Mais Bill je voulais savoir si... »

« Si j'accepterais de revenir ? »


Un silence d'à peine une seconde suivit cette demande.

« Je serai là dans trois jours maman. »

« Merci mon grand. »

« De rien maman. On a pas mal de choses à se raconter je crois. »


« Oui, tu nous manques Bill tu nous manques à tous. »

« A moi aussi tu sais. Allez je vais commencer à préparer mes affaires et j'essaie de partir ce soir. A très vite maman. »


Bill raccrocha et monta à l'étage boucler deux valises. Deux heures plus tard il était au volant de sa cadillac, rangeant très soigneusement dans un coin de sa tête qu'il allait sûrement revoir Tom.


*******


« Tom tu oublieras pas d'acheter du pain pour ce soir s'il te plaît ? Tom ? Tom mais tu m'écoutes ? »


Tom relèva la tête et sourit, n'ayant aucune idée de ce dont Carol venait de parler. Il se contenta de se pencher vers lui et de l'embrasser doucement. Ils basculèrent sur le lit, riant dans le baiser.

« Tu disais mon coeur ? »

« Que ? Ah oui ! Le pain, et oublie pas hein ! »

« Pourquoi tu veux que j'oublie ? »,
répondit Tom un sourire malicieux aux lèvres.

« Laisse-moi réfléchir. Parce que tu es complètement tête en l'air ? »

Carol éclata de rire devant la mine abasourdie son petit ami. Ce dernier était figé dans une expression qui le faisait ressembler de près à un poisson lune. Craquant.

« Ferme la bouche mon amour. File à la douche si tu veux m'aider pour l'ouverture. »

« Oui chef. Attends j'ai encore oublié un truc. »


Il s'approcha une nouvelle fois de lui et saisit ses lèvres entre les siennes. Il était si heureux à cet instant.

« J'arrive, j'arrive. »

Un an après leur rencontre ils avaient ouvert un bar ensemble et aussi étonnant que cela ait pu paraître, l'affaire marchait très bien. L'endroit était chaleureux, branché, convivial à la fois. Les jeunes s'y rendaient pour prendre un café à la sortie du lycée tout comme les couples venaient dîner en tête à tête le soir. Tout allait parfaitement bien pour Tom.
Ils ouvraient tôt le matin, la clientèle était habituée à prendre son petit déjeûner avant de filer travailler. Ils passaient la plupart de leur journée côte à côté, l'un en cuisine l'autre au comptoir, inversant fréquemment. Si cette proximité constante aurait détruit de nombreux couples, elle ne faisait que rapprocher jour après jour toujours plus Tom et Carol.

« Salut les garçons ! »

« Salut Hélène, comment ça va aujourd'hui ? »


Hélène, autrement dit la mère de Bill. Tom et elle étaient restés de très bons amis après le départ de son fils. Elle ne savait pas si elle devant prévenir Tom du retour inattendu de son ancien fiancé. Après tout, c'étaient les affaires de son fils et elle n'avait pas à s'en mêler.

« Ca va merci. Un café s'il te plaît. »

« Tout de suite Madame. Alors quoi de beau en ce moment ? »

« Rien rien. La routine, je passe voir ma soeur tous les jours à l'hôpital et rentre chez moi juste après... »


Tom posa une main compatissante sur la sienne. Il se demanda soudain si Bill était au courant. La question se précipita au bord de ses lèvres et réussit presque à en franchir la barrière, mais il se retint. Il n'avait pas à demander ce genre de détail à la mère de son ex. Elle même n'avait peut-être pas eu de nouvelles de Bill depuis qu'il était parti, elle l'aurait sûrement mentionné. Bill était parti, ne pensant pas aux personnes qu'il laissait derrière lui, pourquoi s'en soucier maintenant ?

« Carol je vais en cuisine préparer les sandwiches je te laisse Hélène tu en prends soin hein ? »

« Mais oui, allez dégage. »
Un dernier baiser et Tom disparut derrière le rideau de perles qui séparaient la salle des cuisines. Le téléphone d'Hélène vibra sur le comptoir. L'écran affichait Bill.

« Alors où es-tu ? »

« C'est plutôt à toi de me dire ça ! Je suis à la maison et toi... non. »


Elle sourit. Elle venait d'avoir une idée. Une idée très simple à deviner.

« Tu te souviens de la grand place, à côté de l'église ? Il y a un bar qui a ouvert depuis ton départ, le W.A.G, je t'attends au comptoir. »

« A tout de suite maman. »


Elle sourit une nouvelle fois. Elle n'était pas sûre que ce qu'elle venait de faire était une bonne chose, mais il fallait bien que ces deux là se revoient un jour ou l'autre. Tôt ou tard. Alors autant le faire le plus rapidement possible. Et tout comme son fils, Hélène avait toujours été quelque peu sadique. Elle avait presque hâte de voir leurs têtes quand ils se retrouveraient face à face.

« Un ami de longue date ? »

« On peut dire ça. »,
répondit-elle dans un sourire, sirotant son café.

Quelques minutes plus tard, un grand brun poussa la porte du bar et posa les yeux sur sa mère. Elle lui avait vraiment beaucoup manqué. Il se précipita sur elle et la serra dans ses bras, ne lui laissant pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait.

« Tu m'as tellement manquée ! Comment tu vas ? Ca a changé de partout ici ! C'est à qui ce bar ? »

Bill parlait vite et fort. Ses yeus pétillaient. Cette ville lui avait beaucoup plus manquée qu'il ne l'aurait pensé en la quittant. Il détailla l'endroit des yeux et une impression étrange le saisit. Les photographies au mur lui semblaient familières.

Carol tendit une main par dessus le comptoir en souriant.

« Bonjour, Carol Herman, co-propriétaire de ce bar et ami de cette dame. »

Bill lui rendit son sourire et serra chaleureusement sa main.

« Co-propriétaire ? »

« Oui, l'autre se terre en cuisine. Tom tu veux bien abandonner tes sandwiches trois minutes ? Un ami d'Hélène est là. »


Le sourire de Bill se fana aussi vite qu'il était apparu. Il se tourna lentement vers sa mère, la dévisageant, réalisant qu'elle l'avait fait venir ici exprès.

Tom. Cela faisait trois ans qu'il n'avait pas entendu ni prononcé ce prénom. Cependant il n'eut pas le temps de se demander ce qu'il ressentirait en se retrouvant face à Tom, ce dernier traversant le rideau de perles, une assiette à la main.

« Tu veux quoi Carol ? Qui est... »

L'assiette lui glissa des mains à l'instant où il croisa le regard de Bill. Ils se figèrent au même instant. Leurs yeux ne voulaient plus se lâcher. Ils n'entendaient pas Carol demander ce qui se passait, et ne voyaient pas non plus le sourire d'Hélène se dessiner sur ses lèvres. Chacun n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait. Trois ans. Trois longues années sans un signe de vie. Des milliers de frissons les parcouraient, ils tremblaient. Ils ne savaient pas vraiment ce qu'ils ressentaient. De la joie, peut-être. La joie de revoir un être cher perdu de vue depuis longtemps. Pour le moment, c'était la seule émotion qui les habitait. Les questions, les rancoeurs, les règlements de compte. Tout cela viendrait après. Quand ils auraient remis le pied sur Terre. Mais à cet instant la seule chose qui existait c'était l'autre.

Tom marcha lentement, écrasant sous ses chaussures les morceaux de porcelaine, jusqu'à se retrouver face à ce visage qu'il avait si souvent redessiné de ses mains. Leurs souvenirs prenaient à nouveau possession d'eux. On aurait dit les retrouvailles de deux amants séparés depuis des mois. Il tendit la main et toucha la joue de Bill. Ce dernier avait les yeux brillants, les larmes de joie qui s'accrochaient à ses cils refusaient de couler et cela l'arrangeait bien. L'émotion était à son comble. Et elle explosa quand Bill glissa de son siège pour se serrer dans les bras de Tom qui n'attendaient que lui. Ils retrouvaient cette chaleur perdue et elle leur transperça le coeur. Ils fermèrent les yeux et laissèrent le monde tourner autour d'eux.

Ce fut un énième raclement de gorge plus que bruyant de Carol qui les fit redescendre. Ils se séparèrent, refusant cependant de se lâcher des yeux.

« Tom tu me présentes ton ami ? », dit Carol d'un ton assez sec, insistant bien sur le mot « ami ».

« Oh euh, Carol, Bill. Bill, Carol. »

Le regard de Carol changea.

« Je comprends mieux maintenant », marmonna-t-il avant de disparaître en cuisines.

Tom lui lança un regard surpris et se tourna à nouveau vers Bill.

« Alors comment tu vas ? Si je m'attendais à te voir après... »

« Ouai...je vais bien. Bien ! Et toi ? »

« Ca va comme tu vois. On a monté ce bar avec Carol y a un bout d'temps et ça marche bien... »


Un silence gêné s'installa. L'humeur des quelques minutes précédentes s'était envolée, et seul le malaise de leur étreinte et le souvenir de leur séparation persistaient. Ni l'un ni l'autre ne savaient comment se comporter.

« Bon, j'ai du boulot, et tu dois avoir des tas d'trucs à dire à ta mère. On... A bientôt Bill. »

Et dans ces cas-là, le mieux reste encore la fuite.

Tom disparut à son tour dans la cuisine où Carol préparait le plat du jour. Il semblait furieux. Tom le connaissait par coeur, et sa façon de presque jeter les couverts après s'en être servi montrait que quelque chose clochait. Il s'approcha de lui et s'assit nonchalemment sur une chaise. Il savait que son ami détestait ça. Qu'il fasse comme si tout allait bien quand il y avait un souci. Mais après tout, aux yeux de Tom, il n'y avait rien de grave. Bill était revenu. Mais c'était comme si son cerveau refusait cette information. Après tout, il était avec Carol maintenant.

« Alors c'est lui ton Bill ? Il est mignon, tu m'avais jamais montré de photos. »

Carol avait très peu entendu parler de Bill auparavant. Il savait juste qu'il avait été le compagnon de Tom pendant trois ans et qu'ils s'étaient quittés assez violemment. Il n'avait jamais vu de photos de lui, Tom ayant toujours refusé de les sortir de leur boîte. Il s'était juste fait à l'idée que Tom ne l'aimerait jamais comme il avait aimé Bill. Et cette question sournoise résonnait de plus en plus fort au fur et à mesure que les secondes passaient : Avaient-ils toujours des sentiments l'un pour l'autre ?
Leur étreinte pouvait porter à confusion quand même.

Tom soupira et massa ses temps. Carol était jaloux, très jaloux. Il connaissait son petit ami et il sentait que le retour de Bill allait créer quelques remous.

« Oui c'était Bill. C'est le fils d'Hélène je pense tu as remarqué. Je pense qu'il est revenu pour sa tante. Ils étaient si proches... »

Sa voix prenait le ton que les gens mélancoliques ont quand ils parlent d'une personne qu'ils ont connu et dont le souvenir rend heureux. Et Carol n'aimait pas ça.

« Vous m'avez l'air très proches. Moi qui pensais que vous ne vous étiez pas vus depuis un moment ! », ricana-t-il.

« Ecoute tu vas pas commencer ! Ca fait 3 ans que j'ai rompu avec Bill. Je suis avec toi maintenant. Je sais où tu veux en venir. Je t'aime Carol. Je n'ai plus aucun sentiment pour Bill, crois-moi. », répondit Tom, encadrant le visage du blond. Son coeur s'était étrangement accéléré à cette phrase, mais il refusait de croire que c'était parce qu'elle était fausse. Il posa ses lèvres sur celles de son vis à vis et le serra dans ses bras. Il ne laisserait pas le retour de Bill gâcher ce qu'ils avaient construit.

Bill était revenu. Et alors ?



*******



De son côté, Bill était rentré chez lui avec sa mère. Ils avaient parlé pendant des heures. Trois ans a rattrapé, ils avaient encore du chemin à faire. Mais Bill avait décidé de rester jusqu'à ce que sa tante se réveiller, ou du moins qu'une décision soit prise. Il ne voulait pas la perdre. Il irait à l'hôpital dès le lendemain matin.

« Mon chéri à propos de tout à l'heure... »

Bill sourit et se tourna vers sa mère.

« Ne t'inquiète pas. Tu as bien fait je crois. J'l'aurais croisé de toute manière alors... Et Carol ? »

La question semblait innocente. Mais la pointe de jalousie qui avait percé malgré lui l'avait trahi. Du moins à ses yeux, car sa mère ne s'en était pas rendue compte car elle répondit l'air de rien :

« Oh, ça doit faire un peu plus d'un an qu'ils sont ensemble. Tu sais il a vraiment été très mal après ton départ et... »

« Arrête maman. Le passé est le passé. Tom est heureux maintenant. C'est fini depuis longtemps, tu le sais. Je suis là pour Mindy. J'espère juste ne pas les croiser trop souvent. Carol n'a pas l'air de beaucoup m'apprécier... »


Le regard de Bill se perdit sur les murs blancs. Il avait envie de sortir redécouvrir sa ville. Un endroit l'appelait, et même si tout son être lui criait de ne pas y aller, c'était là où il voulait être. Il se leva, prit un trousseau de clés et embrassa sa mère, lui disant simplement qu'il ne rentrait pas trop tard pour l'aider à préparer à dîner.

Ses pas le guidaient, il ne réfléchissait pas à sa direction. Il savait où il allait, sans vraiment savoir comment ou pourquoi. Surtout pourquoi. Il n'avait pas remis les pieds ici depuis plus de trois ans. Son pied buta un gros rocher gravé et il leva les yeux. Rien n'avait changé. Tout était toujours aussi beau, aussi paisible. Les arbres étaient toujours aussi hauts, la prairie toujours aussi luxuriante, les couleurs des fleurs toujours aussi merveilleuses. Il s'assit sur le rocher et ferma les yeux, laissant toute la tension qu'il gardait en lui depuis ce matin s'échapper.

Il avait été bien plus marqué par ses retrouvailles avec Tom qu'il ne l'avait laissé paraître. Le revoir après ces années... Tout était remonté malgré lui. Leurs souvenirs, leurs sentiments, leurs mots... Comme si ces trois dernières années n'avaient pas existé. Il n'arrivait pas à se l'expliquer. Il était parti, il avait tiré un trait sur leur histoire. Tom avait refait sa vie. Sur le trajet le menant dans sa ville natale, il avait refusé de penser à la possibilité de le revoir. Il avait eu trop peur de passer deux jours à se poser des questions. Questions qui l'assaillaient maintenant. Il savait que Tom et lui avaient vécu quelque chose d'unique. Quand ils étaient ensemble, c'était comme s'ils ne faisaient qu'un, à chaque instant. Et durant ces trois années, c'était comme s'il lui manquait quelque chose. Et voilà qu'il était revenu... et qu'il l'avait revu...

« Quel con Bill. Mais quel con. »

« Ah parce que maintenant tu parles tout seul ? »


Bill sursauta si fort qu'il tomba du rocher, attérissant aux pieds de Tom qui avait visiblement eu la même idée que lui. Damn.

« T'es malade ou quoi ? », dit-il en posant une main sur son coeur, tentant d'en calmer les battements.

« Ouai ouai. Je... veux pas te déranger. J'veux dire... »


Et voilà, encore ce silence inconfortable. Bill sourit, Tom avait toujours été très maladroit. C'était l'un de ses défauts si mignon qui l'avait tant fait craquer.

« Non non ça va. Et puis maintenant qu'on est là... Je crois qu'on a des choses à se dire, non ? »

Sa voix était douce. Il ne voulait pas que le tressé prît peur et ne rebroussât chemin. Il voulait vraiment lui parler. Trois années d'absence... Il... Non. Il n'avait pas le droit de penser qu'il était possible qu'il puisse regretter son choix. Non.

« Je... »

Tom soupira et se laissa tomber près de Bill. Les choses n'allaient certainement pas être faciles. Mais qui sait ? Peut-être qu'après tout irait mieux et qu'ils réussiraient à redevenir.. amis ?

« Je suppose que tu veux savoir pourquoi je ne t'ai jamais donné de nouvelles ? »

« Ca me semble être un bon début ouai. »


Oh non, pas ça. Pas de sarcasmes, pas de reproches. Bill souffla, il n'y arriverait pas si Tom ne l'aidait pas. Et son coeur qui refusait de se calmer commençait à devenir problématique.

« S'il te plaît... commence pas ça... »

« J'ai le droit à des explications non ? »


Bill détourna le regard, empêchant Tom de découvrir l'humidité de son regard. Il sentait les larmes débarquer sans raison. Quoique, c'est peut-être tout ça... ?

« Je... je suis parti parce que ... je crois même que j'en sais rien. Une impulsion. J'en avais assez qu'on s'engueule aussi souvent. J'ai... j'ai pété les plombs je crois et... »

Les larmes lui serraient dangereusement la gorge. Tom s'écarta légèrement. Il avait envie de le serrer contre lui. Il avait envie de sentir à nouveau sa chaleur contre lui, et d'effacer ses larmes. Il avait l'impression que ses anciennes habitudes refaisaient surface. Il était trop tôt pour parler de sentiments, n'est-ce pas ?

« Je suis parti chez mon père... il avait un cancer tu le savais je crois. Il a tout fait pour que je rentre »,dit-il en esquissant un sourire, « mais je suis resté chez lui. J'avais... honte. Et peur je crois. Après être parti même quelques mois... je pensais pas pouvoir revenir dans ta vie comme ça... Mon père est mort et... je suis resté chez lui. Et... je sais que maintenant ça ne sert plus à rien mais... tu m'as manqué Tom. Tu m'as tellement manqué. J'ai passé des jours et des jours à pleurer, j'avais toujours ton bandeau tu sais et... j'ai regretté tu sais. Tellement regretté. Je me souviens même plus pourquoi je suis parti. Si c'est pas pathétique putain ! Et... »

Tom sourit. Ce genre de sourire nostalgique. Il repensait à ses propres moments de dérive, à pleurer le soir les yeux rivés au plafond, se maudissant d'avoir été si con.
Mais tout cela était le passé n'est-ce pas ? Tout à coup, Tom n'était plus très sûr que demander des explications au brun ait été une si bonne idée. Cela le mettait mal à l'aise. Revenir là dessus, rouvrir cette blessure béante... Mais c'était trop tard. Bill avait parlé. Il lui avait donné le semblant d'explications dont au final il se foutait. Il en venait même à se demander pourquoi il le lui avait demandé.
Bill tremblait dans son dos. Il essayait de retenir du mieux qu'il pouvait ces gouttes salées qui prenaient le dessus. Il ne voulait pas pleurer. Pas devant Tom. Pas après trois ans. Pas quand il était le seul responsable de toute cette nouvelle situation...

« Je crois que j'ai pas fait mieux au début. Je suis resté enfermé des mois dans not... ma chambre, à pleurer comme uen lycéenne. Et puis j'ai décidé, ou plutôt on a décidé pour moi que je devais continuer. Sans toi. J'ai recommencé à sortir... Tu te souviens comment j'étais avant eh bah... j'ai brisé pas mal de coeurs on dira, avant de rencontrer Carol. Il m'a aidé à me stabiliser à nouveau et... voilà... »

Le silence régnait à nouveau. Il était un peu moins pesant qu'auparavant et les larmes de Bill rendaient bientôt les armes.

« Tu sais, même si ça doit pas beaucoup compter... je suis content que tu aies refait ta vie. Vraiment Tom. Tu mérites d'être heureux. Bordel c'est qui la lycéenne maintenant ? »

Ils se regardèrent enfin et éclatèrent de rire au même moment.

« Et toi ? »

« Quoi moi ? »

« Tu as retrouvé quelqu'un ? »

« Pas vraiment... »

« Hm... »


Encore et toujours ce silence... Sauf que cette fois-ci Tom décida qu'il en avait assez. Bill était là, pour un temps indéterminé. Il ne voulait pas laisser cet homme qui avait tant compté et qui comptait toujours énormément hors de sa vie à cause de leur passé.

« Tu sais quoi ? J'trouve qu'on est ridicule ! Vraiment ! On a rompu y a trois ans quand même... On pourrait pas... je sais pas... essayer d'être amis ? Ou du moins ne pas couper à nouveau tous contacts ? On va se croiser Bill et tu l'sais. J'suis ami avec ta mère, et en ce meoment vous traversez une passe difficile... Tu connais plus personne ici, et je ne veux pas te laisser tout seul. »


Tom parlait vite. Il aurait pu rougir sans très bien savoir pourquoi. Il avait cette impression étrange au creux de l'estomac. Celle qui lui disait qu'il faisait une monstrueuse connerie et que s'il s'aventurait à nouveau trop près de Bill il allait s'attirer des ennuis. Mais quand Bill leva vers lui un regard rempli de gratitude et de tendresse, il ne put rien faire que lui sourire et poser sa main sur son épaule.

« Merci Tom... Je vais y aller. Ma mère m'attend. A bientôt alors. »

Tom le regarda s'en aller, ses pensées se perdant ici et là. Oui, il allait essayer. Après tout, que risquait-il ?



*******


« Chéri je suis rentré ! J'ai pas oublié le pain sois fier de moi ! »

Tom venait de rentrer chez lui, espérant que Carol soit quelque peu calmé depuis la scène de ce matin. Il n'avait aucune raison d'être jaloux. Bill et lui c'était le passé. Il ne cessait de le dire. Oui mais à qui ? Cette pensé n'avait pas arrêter de tourner dans son esprit depuis qu'il avait serré Bill contre lui.
Toutefois, Carol n'avait pas à s'en faire. Mais Tom le connaissait. Et il savait à quel poin il pouvait devenir jaloux. Il espèrait juste qu'il lui ferait confiance et qu'il le laisserait gérer tout cela comme il le voulait.

« Ah cool tu es là. J'ai commandé chinois j'ai pas eu le temps vu que j'ai du fermer tout seul. Tu étais où au fait ? »

Si ça commençait comme ça... ça n'allait certainement pas bien se terminer. Tom soupira et accrocha sa veste au porte-manteau, avant de s'asseoir au pied de la table basse. C'était un peu leur rituel. Une fois par semaine, ils commandaient chez le traiteur, et mangeaient en tête à tête sur le tapis, le plus souvent de la musique douce en fond.

Seulement ce soir la musique ne tournait pas. Les lumières n'étaient pas tamisées. Okay, il y avait vraiment un problème.

« Me dis pas que tu fais encore la gueule à propos de Bill ? T'es chiant sérieux ! »

« Je suis chiant ? Je suis censé voir ton ex revenir dans ta vie sans dire un mot ? »

« Mais t'as aucune raison d'être jaloux je te l'ai dit ! Bill et moi c'est fini... Ca fait trois ans Carol. Trois ans ! »

« Et alors ? Le revoir ne t'as rien fait ? Ne me mens pas. »


« Bien sûr que si, arrête de jouer à ça s'il te plaît. Ca m'a fait plaisir c'est tout ! Je tiens beaucoup à lui qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je vais l'ignorer quand je le croiserai dans la rue parce que ça ne te plaît pas que je lui adresse la parole ? »

« Nan mais que... »


Tom ne le laissa pas finir sa phrase. Sa colère montait de plus en plus. Il ne savait même pas comment il en était arriver à un tel état d'énervement. Ses nerfs lâchaient. Trop d'émotions en une seule journée.

« Sa tante est à l'hôpital merde ! Elle est comme sa mère tu peux comprendre qu'il soit revenu non ? Et je n'étais même pas au courant ! Alors tes crises de jalousies, présentes et futures tu te les gardes. C'est toi que j'aime okay ? T'as rien à craindre de Bill. »

« Okay... »


Ils dînèrent dans le silence, Tom refusant résolumment de croiser le regard de Carol. Si malencontreusment leurs yeux s'étaient rencontrés, le blond aurait décelé du doute dans le regard de son amant. Tom repensait à tout ce qu'il venait de dire. Et ce qui l'effrayait le plus, c'était sans doute le regret qui avait percé dans sa voix quand il avait avoué ne pas être au courant du retour du brun. Il respira lentement, il n'avait pas de quoi s'inquiète. Rien du tout. Il n'avait pas entendu parler de Bill pendant des années, et quand ce dernier revenait il ne le prévenait pas. En même temps, à quoi s'attendait-il ?

« Je suis fatigué, je monte. Tu me rejoins bientôt ? »

« J'arrive mon ange. »


Ils échangèrent un baiser puis un sourire. La tension s'était dissipée. Mais Tom était toujours aussi perturbé. Comme un orage sous ls crâne d'un sourd. Il monta à l'étage, et au lieu de s'effondrer sur son lit comme il le voulait tant, il ouvrit son armoire et poussa une pile de pantalons. L'armoire avant une petite cloison à double fond. Il l'ouvrit pour la première fois en trois ans et en sortit une boîte. Son coeur battait de plus en plus vite, il ne savait pas s'il avait raison de faire ça, il savait juste qu'il en crevait d'envie. Il ouvrit cette boîte de carton et ferma les yeux avant qu'ils ne rencontrent ce regard brun incandescent figé à jamais dans le bonheur des jours où toutes ces photos avaient été prises.

Tom n'avait rien jeté ou brûlé comme il l'avait dit à Carol lors des quelques conversations qu'ils avaient eu au sujet de Bill. Non, il avait tout conservé. Et tout était encore là. Tout leur bohneur; tous leurs souvenirs. Tout, prisonnier à jamais du papier. Le temps n'avait pas si bien que ça refermé cette plaie. Tom n'avait pas réussi à faire le deuil de leur histoire. Comment l'aurait-il pu au final ? Bill avait été pendant trois ans celui qu'il considérait comme l'homme de sa vie. Et il ne pouvait s'empêcher de se demander si cela n'était pas toujours le cas.

Il entendit Carol fermer la porte d'entrée à clefs et se dépécha de tout ranger, de se déshabiller et de se faufiler dans les draps. Quand ce dernier entra, il trouva son compagnon endormi, les poings serrés. Il sourit, se déshabilla à son tour, et vint entourer la taille de Tom de son bras, posant son menton sur épaule.

Cependant ni l'un ni l'autre n'arrivait à trouver le sommeil. Tom pensait à Bill. C'était plus fort qui lui. Et Carol... Carol, malgré le discours rassurant de Tom, se demandait comment il allait faire pour empêcher Bill de tourner autour de Tom. Il ne voulait pas le perdre. Il ne voulait pas les laisser se rapprocher à nouveau. Tom l'aimait lui. Bill était parti, il n'avait plus aucun droit sur lui. Il avait bien vu leurs regards au moment où Tom était sorti des cuisines, l'assiette lui échapper des mains, cette même main caresser sa joue... Leur étreinte lui avait broyé le coeur. Dès cet instant, il avait perçu Bill comme une menace, même s'il ignorait qui il était.

Non, Bill ne récupérerait pas Tom. Jamais.



******



Voilà plus d'un mois que Bill était revenu. Il passait ses après-midi au chevet de sa tante, à lui tenir la main, à laisser couler ses larmes de désespoir, à lui dire combien elle lui manquait et à quel point elle n'avait pas le droit d'abandonner comme ça.

Il passait son temps entre le clinique et sa maison. Il avait revu Tom une ou deux fois, sous le regard plus que noir de Carol. Mais étant donné que le brun était au chevet de sa tante en permanence, il n'avait pas vraiment à s'en faire. Ses contacts avec Tom se limitaient à un salut dans la rue, ou à une discussion de quelques minutes au comptoir quand Bill et sa mère passaient prendre un café.

Tom... Tom était sûr que quelque chose en lui changeait. Mais il ne savait pas réellement quoi. Il était toujours amoureux de Carol, mais Bill... Bill lui manquait atrocement. Après tout, aussi loin que remonte ses souvenirs, Bill en faisait parti. Ils s'étaient connus très jeunes, avaient partagé de nombreuses expériences. Le fait de le voir revenir dans sa vie avait rouvert cette brèche que seul le brun était capable de créer. Il voulait lui parler, savoir comment il allait, il voulait le voir sourire, essayer de lui changer les idées...

« Tu m'écoutes Tom ? Tom ? Youhou ? »

« Ouiiii ? »


« Je disais qu'il faudrait que tu passes à la boulangerie acheter du pain. »

C'était donc une obsession chez Carol les baguettes fraîches ?

« Quand ? »

« Disons, maintenant ? »

« Quoi ? Nan mais... tu vas me le payer. Toi et ta boulangerie j'te jure ! T'as de la chance d'être aussi beau gosse tu sais ? »


Tom pressa son corps contre celui du blond avant de l'embrasser passionnément. Mais ce contact ne lui paraissait plus aussi fougueux qu'avant. Oui, quelque chose avait définitivement changé. Et il avait très peur que la cause en soit ce magnifique brun qui lui manquait tellement.

« Allez va ! »

« Oui maître. »,
pouffa Tom avant d'emprunter la rue menant à cette boulangerie si convoitée.

Il n'y avait que trois clients, dont un en train de payer. Ce dernier se retourna et marqua un arrêt à la vue de Tom. Bill bien sûr. Ils ne s'étaient pas beaucoup parlé ces derniers temps et il le regrettait. Passer du temps avec Tom lui manquait à lui aussi. Sauf qu'ils étaient bien trop fiers pour se l'avouer mutuellement.

« Tom ? Salut comment tu vas ? »

Il avait finalement décidé de se jeter à l'eau. C'était Tom, après tout, il ne risquait strictement rien. Rien du tout.

« Hey ! Ca va bien et toi ? »

« Ca va... J'suis juste un peu crevé mais ça va... »


Tom sourit et avança dans la file, ses pieds avaient du mal à se décoller du sol. Il baissa les yeux et sourit en voyant ce que Bill tenait dans ses mains.

« Toujours accro aux amandes à ce que je vois ? »

Bill éclata de rire. Il n'y pouvait rien, c'était plus fort que lui. Se retrouver seul face à Tom le rendait nerveux.

« Eh oui tu vois. Certaines choses ne changent jamais. Ma mère m'a envoyé faire des courses pour la semaine. Parfois je me dis qu'elle m'a demandé de revenir juste pour lui servir d'aide ménagère. »

Tom rit à son tour. Ca lui faisait du bien de se retrouver à nouveau en sa compagnie. Et après tout, ils essayaient d'être amis, même si cette décision venait plus de Tom que de Bill... Ils pouvaient essayer.

« Alors et toi ? Ma mère m'a raconté en détails l'achat du bar et tout le reste ! J'suis fier de toi Tom ! »

Tom tiqua. Qu'entendait exactement Bill par « tout le reste » ?

« Merci... C'est vrai que c'était pas forcément ce que je me voyais faire de ma vie, mais Carol m'a convaincu et ça marche vraiment bien depuis ! »

« A propos, Carol a l'air super sympa. Je suis content pour toi Tom. »

Mais pourquoi avait-il sorti ça ? Pourquoi ? On ne lâche pas ce genre de phrase. Encore moins à son ex. Encore moins quand on a le coeur qui s'emballe dès qu'on l'aperçoit.

« Oh, ouai. Merci. Tu m'excuses je dois lui acheter du pain sinon il va me faire une crise. »

Bill sourit et soupira imperceptiblement. Si Tom n'avait rien remarqué, c'était que la situation était on ne peut plus normale. Bill pense qu'il se faisait des idées. Tom avait refait sa vie. Lui envoyer ce genre de pique, consciemment ou non, était inutile. Et puis il connaissait Tom, il aurait vu dans son regard si sa remarque l'avait touché. Au lieu de cela, il n'avait aperçu qu'un lèger malaise et de la surprise. Il savait que tout était fini entre eux, et depuis longtemps. Alors pourquoi, grand Dieu pourquoi n'arrivait-il pas à calmer les battements de son coeur ?

« Ah okay ! Bon bah je vais te laisser alors. Bonne journée ! »

« Attends t'es si pressé que ça ?

« Non mais tu dois avoir des choses à faire ? »

« Pas ce matin, le bar est fermé, inspection de je sais plus quoi c'est Carol qui s'en occupe. J'dois juste lui rapporter sa baguette et après ça te dit qu'on aille faire un tour ? Tu dois avoir envie de te changer les idées. »


Bill sentit son coeur s'affoler encore plus. Il devait vraiment travailler ça.

« Oh, c'est gentil. Je veux pas t'déranger... »

Il avait failli parler à nouveau de Carol. Non non non il ne se trahirait plus, même si Tom semblait incapable de capter quoi que ce soit.

« Depuis quand passer du temps avec toi me dérange Bill ? »

« Okay bah j'accepte alors. Merci. »

« Je paie, on va lui déposer son pain et on y va ? »


Le brun n'était pas très sûr qu'aller dire à Carol qu'ils passaient la journée tous les deux étaient une si brillante idée.

« T'es sûr ? »

« Mais oui. Allez viens. »


Ils quittèrent la boulangerie et se dirigèrent lentement vers le bar. Ils parlaient de tout et de rien, riaient pour des broutilles. Ils avaient toujours eu ce qu'on appele un très bon feeling. Dès lors qu'ils débutaient une conversation, elle pouvait durer des heures. Ils arrivèrent devant les portes de verre en riant aux éclats et Bill trébucha. Il agrippa l'épaule de Tom et s'appuya contre la poignée pour ne pas s'écrouler lamentablement au sol. Tom l'aida à retrouver son équilibre et lorsque leurs regards se croisèrent, leur fou rire reparti de plus belle.

Les cris intriguèrent Carol, qui reconnut la voix de Tom et sortit des cuisines. Son regard devint noir quand il vit son amant menacer Bill de sa baguette en riant toujours plus. La complicité que dégageait cette scène lui donna envie de vomir, ou d'étrangler Bill, au choix.

« Je dérange ? Tom évite de réduire mon pain en charpie s'il te plaît j'en ai besoin. »

Le ton était cassant. Mais Tom n'avait pas l'envie de se battre contre lui, ni de lui rendre des comptes. Il était libre de faire ce qu'il voulait. Et après tout, il ne faisait rien de mal.

Il lui tendit sa précieuse baguette et lui dit :

« Je suis pas là cette aprem', on va aller s'promener avec Bill. Si t'as b'soin d'moi tu m'appelles. A ce soir ! »

Bill ne put s'empêcher de sourire en voyant l'expression de Carol. Tom l'attrapa par l'épaule et ils laissèrent le blond au milieu de la place, sa baguette à la main.

Ils marchèrent et arrivèrent rapidement au centre ville. C'était une petite ville, tous les commerces intéressants étaient groupés au même endroit.
Bill sourit en voyant le petit cinéma, fidèle au poste.

« Il est toujours là lui ? La patronne voulait pas vendre ? »

« Ouai si mais elle a trouvé une combine. Tous les soirs le ciné diffuse un film sorti y a pas mal de temps. Histoire de revoir pour pas cher un film que les gens ont trop aimé. Ou un truc comme ça j'suis pas sûr. »

« Tu sors pas d'ton bar quoi ? »


Le ton était lèger. Ils s'étaient assis sur un banc et Bill attrapa une mèche de cheveux pour l'enrouler autour de ses doigts. Tom sourit, c'était une habitude qu'il avait lorsqu'il était nerveux, ou qu'il s'ennuyait.

« Mais si ! On va en boîte tous les week end voyons. Mais va gérer un bar à plein temps toi et après reviens me voir. »

« Waow ! Tu m'impressionnes Tom ! Toi qui aimais passer des nuits blanches à faire la fête. Et j'te retrouve à vendre du café. »


Tom écarquillé les yeux avant d'éclater de rire devant la mine malicieuse de Bill. Décidément, celui-là ne changerait jamais.

« Je ne relèverai pas. Bon tu veux faire quoi ? Parce que ce banc est très confortable j'en conviens mais... »

« J'sais pas. La ville je la connais et j'ai trop envie de marcher j'suis assez crevé comme ça. »

« Tu passes toutes tes après-midi là bas hein ? »

« Oui. J'm'en veux tellement d'être parti sans donner de nouvelles à personne et maintenant... »

« Hey c'est pas ta faute ! Et puis t'en vouloir là ça sert plus à rien. Ta mère a besoin de toi, ta tante aussi. Je sais que c'est pas facile.. Mais t'en vouloir servira à rien crois-moi... »


Il avait de plein gré oublié de mentionner le mal qu'il lui avait fait à lui. Ca ne servait plus à rien après tout.

« Je sais mais... Ouai. T'as raison, ça sert à rien. », murmura Bill, baissant les yeux et triturant nerveusement la même mêche qu'il tenait depuis de longues minutes.

« Si tu t'ennuies avec moi faut l'dire hein ! », s'exclama Tom pour détendre l'atmosphère.

Bill sursauta.

« Quoi ? »

« Tes cheveux »,
répondit Tom, rougissant adorablement aux yeux du brun.

« Ah ! Ca faisait un moment que j'avais pas recommencé tiens. J'm'en étais même pas rendu compte. »

« Tu parles, t'es un vrai accro ouai. T'avais tout le temps les cheveux morts et tu passais ton temps à te plaindre sur tes pointes sèches. »


« Ouai bah quand on a des dreads et qu'on s'en occupe pas et qu'après la moitié du salaire y passe, on se tait. »

Et ils restèrent là, toute l'après midi à échanger anecdotes, à partager leurs rires, à se fabriquer de nouveaux souvenirs.
En fin d'après midi Tom raccompagna Bill chez lui, ayant un étrange pincement au coeur à l'idée de le quitter et de rejoindre Carol.

Carol. Il l'avait oublié toutes ces heures. Il avait oublié sa jalousie, ses crises, son énervement de l'autre soir.

« Allez à demain ? Je passerai prendre mon p'tit dèj ? »

« Avec plaisir. Ca m'a fait plaisir de passer du temps avec toi... »


Pourquoi fallait-il qu'il rougisse ? Hein ?

« A moi aussi. Salut Tom ! »

Il ferma la porte, laissant Tom se dire qu'il n'avait pas réalisé à quel point Bill lui avait manqué.



******


« Alors c'était sympa ta balade avec Bill ? »

Tom soupira et ferma la porte. A peine rentré chez lui que Carol lui faisait une scène. Il commençait vraiment à en avoir assez. Il n'allait pas le supporte très longtemps. Il avait passé une superbe journée qu'il ne voulait pas voir gâchée par son trop jaloux petit ami.

« Oui très. Et toi ta journée ? »

« Tu te fous de moi ? »


Un rictus se forma sur les lèvres de Tom.

« Nan pas du tout. Mais toi tu commences à me courir à me faire une scène comme ça. »

« Et j'ai aucune raison te faire une scène comme tu dis ? »

« Je te l'ai déjà dit. Non. »

« Là c'est toi qui te fous de moi hein ! Tu crois que j'ai pas vu comment il te regarde ? Pire ! Tu crois que j'ai pas vu comment TOI tu le regardes ? Me prends pas pour un con, tu m'as jamais regardé comme ça. Jamais Et je suis censé rester ici et fermer ma gueule en regardant Bill te récupèrer ? »


« Mais combien de fois faut que je te le répète putain ! Y a plus rien entre moi et Bill ! RIEN t'es con ou quoi ? »

« Arrête de dire ça arrête ! Tu sais très bien que c'est pas vrai ! Tu le sais. »

« Tu me fais chier Carol tu le sais ça ? »

« Ah ouai ? Eh bah va donc retrouver ton Bill avec lui je suis sûr que tu t'amuseras bien. »


La giffle partie sans même qu'aucun des deux ne s'en rendent compte. Tom attrapa ses clefs et partit en claquant la porte.

« Crétin », siffla-t-il entre ses dents.

Il était sur le point d'exploser. Il avait besoin de réfléchir, de s'aérer la tête... ou de fracasser ce qui lui tomberait sous la main. Il inspira un grand coup. Il voulait être seul, au calme. Ses pieds le conduirent au seul endroit où il se sentait réellement en paix, la prairie où il avait tant partagé avec Bill. Personne n'était au courant, mais chaque fois qu'il allait mal ou qu'il avait besoin de réfléchir, c'était là qu'il allait.

La nuit était tombée, une fois arrivé il s'assit sur le rocher. Il sourit, nostalgique. Il les revoyait, un canif à la main, gravé leurs initiales dans la pierre. Il revoyait Bill les yeux plein de larmes, se traiter de fillette. Les souvenirs affluaient et il n'avait pas le courage de les repousser. Penser à tout ça était la seule chose qui lui faisait vraiment du bien ce moment. Il savait, que Carol avait sûrement raison. Il sentait bien son coeur vibrer en présence du brun, et ses entrailles se serrer dès qu'il l'apercevait. Il savait que la situation lui échappait doucement, à moins que cela n'ait été fait depuis un long moment sans qu'il ne s'en rende compte. Peut-être même refusait-il de s'avouer qu'il était retomber amoureux de Bill à la seconde où il l'avait vu, accoudé au bar.

« Je vais finir par croire que tu campes ici. »

Tom sursauta et releva la tête vers le brun qui venait d'arriver. Il souriait, mais ses yeux étaient humides et quelques traces de maquillage noircissaient ses joues.

« Ca va ? », s'inquièta Tom.

« Non, pas vraiment... Pas du tout même. »

« Tu veux m'en parler ? »


Bill s'allonga dans l'herbe, et regarda le ciel. Il était si bleu, et les étoiles brillaient si fort...

« J'arrive pas à croire qu'elle soit partie les rejoindre... »

Une larme lui échappa, puis une autre, et il éclata en sanglots, roulant sur le côté pour protèger son visage du regard de Tom. Ce dernier glissa à son côté et le tourna doucement vers lui. Il plongea son regard dans le sien mais s'abstint de tout commentaire. Il connaissait Bill par coeur, quand il était dans un état pareil, les mots étaient inutiles. Bill avait besoin de quelqu'un, et Tom était là. Tom avait toujours été là.

« Je suis désolé... »

Bill sourit et se jeta dans ses bras, laissant son chagrin s'échouer dans cette étreinte pour laquelle il avait tant prié. Il avait espèré si fort que Tom soit là, restant persuadé qu'il avait mieux à faire. Et pourtant il était là, il le serrait dans ses bras, il lui caressait les cheveux.

Tom était là et...

« Je t'aime. »

Tom se raidit instinctivement. Il ne savait pas s'il avait bien entendu, si Bill avait vraiment prononcé ces mots ou si ce n'était qu'un simple tour de son immagination. Son coeur s'accèléra, ses joues se teintèrent et ses mains devinrent moites. Il parvint à grand peine à ne pas trembler, entouré par les bras du brun.

« Je t'aime. », répéta Bill encore plus doucement qu'avant.

Tom sut qu'il n'avait pas rêvé. Il desserra lentement ses bras de la nuque du brun et mêla son regard au sien. Bill était troublé. Il avait peur. Il n'aurait peut-être pas du dire ça. Non, il n'aurait sûrement pas du dire ça.

« Pourquoi... pourquoi tu me dis ça maintenant ? »

La question de Tom les surprit tous les deux. Ils avaient l'impression d'avoir été transporté dans un autre monde. Ailleurs. Ils ne réalisaient pas que cet instant était réel. Non, ça ne pouvait pas être vrai...

« Parce que... quand on était ensemble, c'était comme si on faisait qu'un et là... il me manque quelque chose. Tom, tu me manques et... »

Et Tom fit la seule chose qui lui paraissait juste à ce moment-là. Il se pencha et déposa ses lèvres sur celles de Bill avec une telle douceur que ce dernier aurait pu éclater encore une fois en sanglots. Ils resserrent leur étreinte à mesure que le baiser durait et s'intensifiait. Ils se sentaient bien. Tout simplement, bien. Là, dans les bras de l'autre, ils venaient de retrouver la place qu'ils n'auraient jamais du quitter.

Bill se détacha et leva timidement les yeux. Il avait besoin d'être rassuré. Il avait besoin d'entendre que Tom ne le laisserait pas, qu'il ne retournerait pas vers Carol. Il n'était pas sûr de pouvoir le supporter.

« Tom ça veut dire que... »

« Ca veut dire que je t'aime Bill. Je crois bien que je n'ai jamais cessé de t'aimer. »


Et Bill fondit en larmes pour de bon. Tom éclata de rire et le berça. Ils restèrent là de longues minutes, à s'embrasser, à s'étreindre, à se retrouver sous les étoiles qui avaient été seules témoins de ces retrouvailles.

« Et... Carol ? »

« Il... il savait avant moi. Il a vu... je ne veux pas lui faire de mal mais.. je ne veux plus être séparé de toi Bill. »


Ils se sourirent et s'embrassèrent à nouveau. Cette chaleur leur avait tant manqué qu'ils se demandaient comment ils avaient été capables de vivre sans aussi longtemps.

Tom savait qu'il allait devoir s'expliquer avec Carol. Mais il ne redoutait même pas ses cris et ses larmes. C'était ainsi. C'était dans l'ordre des choses. Comme la plus simple logique. Bill et lui étaient fait l'un pour l'autre.



******


Les deux amants étaient restés toute la nuit sous les étoiles, éternelles et uniques gardienne des souvenirs de leur amour. Au matin, ils s'étaient rendus main dans la mains à l'appartement de Tom. Sur la table, ils avaient trouvé un mot de Carol.

« Tom,

Ne m'en veux pas. Je préfère juste m'en aller avant de t'entendre me dire que tu pars pour toujours. Nos avocats se verront pour le bar, mais je ne compte pas te mettre des bâtons dans les roues. Vends-le ou garde-le. Sois heureux, c'est tout ce que je te souhaite,

Je t'aime. Carol. »

Tom avaient serré le bout de papier dans sa main, la tristesse l'étreignant. Il n'avait jamais voulu que tout se termine comme ça. Bill s'était approché, l'avait serré dans ses bras et avait murmuré à son oreille :

« Tout ira bien Tom. Tu verras. Je te le promets. On va y arriver, toi et moi. Je suis là, je ne pars plus. Jamais. Je t'aime. Tu m'entends, je t'aime. Je t'aime tellement... Pardonne-moi pour... »

Tom avait posé un doigt sur sa bouche puis y avait plaquer ses lèvres.

Oui, tout irait bien.

# Posté le samedi 27 juin 2009 19:13